Dossier : Virtua Fighter: la série TV - Pourquoi l'a-t-on oubliée?

L'histoire de Virtua Fighter Animation, ou Mini est tout à fait singulière pour nous autres Européens. Sorti en 1996 en Europe, quasi inconnu par des joueurs déjà occupés à la bataille des consoles 32 bits, le soft sur Master System s'est doublé dans les pays Américains et sur l'archipel d'une version Game Gear en tout point identique. Mais ce que nous autres, en Europe, nous n'avons absolument pas connu, c'est la série d'animation sobrement intitulée Virtua Fighter qui accompagnait le marketing, non seulement du jeu mais aussi de la saga toute entière. Retour sur quelques éléments de cette époque bien lointaine où Sega côtoyait SNK et Capcom parmi les éditeurs et les concepteurs les plus talentueux, mais aussi les plus populaires.

Dès 1993, Sega avait envahi les salles d'arcade avec ce que l'historiographie du jeu vidéo retiendra comme le premier jeu de baston 3D : Virtua Fighter. D'autres développeurs et éditeurs d'arcade, sentant le vent tourner, lui emboiteront le pas. Tekken et Soul Edge développés par Namco seront notamment de la partie. Cela amènera au bout de quelques années, à une saturation du marché de la baston 3D, au point que les éditeurs historiques que sont Capcom et SNK perdront un marché jusqu'alors acquis à la 2D. Mais tout cela est une autre histoire.

La grande force de Virtua Fighter Mini/Animation est de proposer un mode histoire, reprenant grossièrement la trame scénaristique du manga d'animation. Ainsi, vous commencerez avec Akira pour affronter PaÏ, avant d'aller affronter d'autres adversaires au fur et à mesure du scénario pour finalement aller défier la terrible Dural. Seule différence avec les autres versions de VF disponibles à l'époque : à chaque nouvel affrontement que vous remportez, vous constituez une équipe. L'adversaire que vous venez de vaincre se joint à vous et continue l'histoire à vos côtés. Ainsi, à chaque nouvel affrontement, vous pourrez choisir le membre de votre équipe avec qui vous souhaitez combattre. Cela apporte une touche stratégique et historique bienvenue dans un univers qui, dans la 3D balbutiante de l'époque, se révèle assez terne.

Car il faut avouer que mis à part Tekken premier du nom, les autres jeux de baston 3D de première génération n'ont pas toujours un scénario à faire exploser les neurones. Avec des pochettes présentant des personnages en polygone (et cela durera jusqu'à Virtua Fighter 3), on ne peut pas dire que Sega a toujours soigné le côté esthétique de sa licence. Avec Virtua Fighter Animation, c'est tout le contraire. Si la jaquette européenne est particulièrement étrange par son aspect Comics, le jeu reprend parfaitement la modélisation de l'anime qui lui est dédié. Attention, nous parlons bien des scènes de dialogues qui entrecoupent les combats. Car on reste graphiquement sur de la 8 bits au résultat coloré mais modeste.
 

L'objet du délit.


Rappelons que la Master System se vendait encore à l'époque au Brésil, et que la ludothèque de la MS n'a jamais compté de merveilleux jeux de baston. Vu ses capacités réduites, ce seront plutôt les modèles de consoles 16 bits, et encore plus de 32 bits qui accueilleront les meilleures adaptations de jeux de bastons 2D. Le terrain sur lequel joue Virtua Fighter Animation est donc relativement vierge puisqu'au compteur de la MS on ne trouve guère plus que des Beat'em all comme Black Belt (Ken le Survivant en version originale...) ou même son adaptation de Streets of Rage. En baston, on retiendra Mortal Kombat, un soft de bonne facture pour une huit bits avec des vrais personnages digitalisés et une animation très correcte. En 1993, Sega avait accueilli sur MS une version de Street Fighter II appelée Street Fighter II' ou Dash. Ce titre demeurera probablement le plus beau jeu de baston sur la console.
 

 

Dieu que c'est beau...



Derrière VF Animation, on trouve un studio que les amateurs de 2D 8bits des années 1990 connaissent peut être. Aspect n'est peut être pas un premier choix pour créer un hit planétaire, mais a tout d'un développeur chevronné avec un CV tout à fait raisonnable. A son actif, on trouve deux adaptations correctes de Fatal Fury sur Megadrive, mais aussi le très ludique Sonic Chaos sur MS, tout comme le sympathique Sonic Blast. Nous ne pourrons pas énoncer ici tous les jeux de plate-forme à succès qu'ils développeront sur MS et Game Gear, mais les noms de Legend of Illusion, Sonic and Tails ou Donald Duck parlent d'eux-mêmes. Le studio est habitué à développer des jeux dont les aînés sont déjà soit très attendu soit carrément des succès sur les consoles de dernière génération. Le travail peut paraître ingrat lorsqu'on est chargé de porter un adaptation MS ou GG de Golden Axe ou de Garou Densetsu, mais Aspect s'en charge avec succès à chaque reprise.
 

Ax Battler sur Game Gear



Dans VF Animation, on enchaine les combats très rapidement avec quelques phases de dialogue très minimalistes. L'histoire de la série est vraiment passée à la vitesse grand V. Le scénario est respecté dans son ensemble même si quelques raccourcis sont clairement pris. En fait, l'histoire de de Virtua Fighter Animation ne traite que la première saison de la série, c'est à dire la jeunesse de nos héros. Nous aurons l'occasion d'y revenir. La jouabilité est vraiment très simple avec un bouton pour le pied, un autre pour les poings. L'animation et les coups sont fidèles aux autres versions de VF et les sensations sont bien ressenties. On ne peut pas vraiment en attendre davantage pour une Master System même si certains décors font vraiment peur avec des choix de couleurs plus que douteux. On regrettera malheureusement que tous les personnages de la série ne soient pas jouables. Préparé en 1995, le jeu n'intègre pas les deux personnages supplémentaires que compte VFII : Shun et Lion Rafale. Jeffrey McWild, lui non plus, n'est pas convié. Virtua Fighter Animation/Mini n'est pas une cartouche exceptionnelle, elle reste ce qu'elle était à la base : un jeu promotionnel plutôt bien pensé mais vraiment limité dans tous les domaines.

Comme en Arcade, il est possible de pousser les adversaires hors du ring.


Qu'est-ce donc que cette mystérieuse série Virtua Fighter, distribuée par les studios TMS et ayant mystérieusement disparu des écrans radar à la fois de Sega, mais aussi des fans de manga ? Il s'agit d'un portage ambitieux, diffusé au Japon entre octobre 1995 et l'été 1996 sur TV Tokyo. Deux modestes jeux sortiront donc directement comme adaptations sur MS et Game Gear. Pourquoi pas davantage ? Certainement parce que la série Virtua Fighter était d'abord un sacré support commercial, sans pour autant en ajouter davantage. Comme on l'a déjà signalé auparavant, cet animé à la bonne idée d'influer un peu de vie à une licence qui manque cruellement de vie et d'un certain côté (désolé pour les ultra-fans!) de profondeur de scénario. Il faut dire que si Street Fighter traite du Psycho-Power de ce bon gros Bison, si la famille d'Heichachi a fort à faire avec « ses démons », Virtua Fighter reste très sobre dans son ensemble en n'introduisant comme élément irréel, qu'un robot-clone de métal spécialiste des arts martiaux. L'univers de Virtua Fighter est beaucoup plus sérieux et d'un certain côté, moins réjouissant que celui de ses concurrents directs. Cela tient aussi à la technicité promise dès les prémisses par Maître Sega. Technicité respectée et assumée pad en main, mais qui aura pendant longtemps asséché cette saga, alors que son grand rival Tekken prenait clairement le dessus au niveau scénaristique.

Cette adaptation dirigée par Hideki Tonokatsu (ayant également travaillé sur des séries fameuses comme Lupin ou l'inénarrable Tekkaman) s'inscrit en concurrence directe de ce que réalisent les autres grands éditeurs de l'époque. SNK, à lui seul sort 3 OAV de Fatal Fury en deux ans (1995-1996),un de Art of Fighting en 1994 et un de Samourai Shodown en 1995. Et devons-nous vraiment présenter les réalisations de Capcom ? Street Fighter II The Animated Movie sort en 1996. On enfonce le clou en entre 1995 et 1998 avec deux séries très différentes. Street Fighter Yomigaeru Fujiwara Kyou d'abord, qui est un programme éducatif pour les jeunes nippons façon anime, avec Ryu, Ken et Chun-Li pour professeurs. Admettons qu'on aurait tous voulu prendre des mandales de la part de maitresse Chun-Li à l'époque... Bref. Le plus gros succès de Capcom en série TV reste certainement Street Fighter 2V. Produite dès 1995, elle partage pas mal de points communs avec Virtua Fighter. SF2V comportera 29 épisodes et aura le bonheur d'être doublé en français, à l'exception de trois épisodes. Enfin, Tekken, de son côté, ne vera son premier OAV, ne sortir qu'en 1998 avant la sortie de Tekken 3 sur consoles. Virtua Fighter comporte 35 épisodes en deux saisons distinctes et malheureusement pour nous, il faudra avoir fait japonais, arabe, brésilien, espagnol ou italien en LV2 au lycée pour les deux derniers épisodes de la saga. Jamais, cette adaptation n'a eu le loisir d'aborder sur nos côtes.
 

Diffusé en France sur la câble et la TNT plus de 10 ans après sa création, SF2V n'a pas conquis les fans. Trop de personnages, peu de ressemblances avec le jeu...


Les espagnols, les italiens, ont eu la chance d'avoir des épisodes traduits dans leurs langues. Media Blasters, s’occupe de son côté des versions anglophones. La série est évidemment présente en Amérique du Sud, où le marché de la Master System ne s’arrête qu’en 1997. Là-bas et comme au Japon, Sega fait fort puisqu'il va même jusqu'à éditer une Game Gear aux couleurs de Virtua Fighter : la Kid's Gear. Cela signale aussi que Sega a changé d'option marketing. Désormais, cette console sera vendue du côté des jouets et non plus comme produit de haute-technologie. Cela explique également pourquoi Virtua Fighter Animation/Mini est aussi simpliste : il est destiné à un public plus jeune que celui qui se rend en salles d'arcade. Mais cela ouvre également une vraie parenthèse historique. Qui est omniprésent sur cette console? Le personnage d'Akira Yuki. Akira fut pendant quelques années l'un des fers de lance de la marque, devant même Sonic, dont on attendait désespérément un jeu 3D. Aujourd'hui, c'est bien Akira qui prend place dans Project X Zone et non Sonic ou le défunt Alex Kidd...

En France, à l'heure d'aujourd'hui, il faut se contenter du superbe travail de la team SNK qui a réalisé les fansubs de 24 épisodes. Pour la suite, Youtube et sous-titres en anglais seront de mise.La série sera d'abord très déroutante pour l'habitué de Virtua Fighter (il suffit de voir le forum de Sega-mag pour s’en convaincre !). Elle nous place en premier lieu face à un Akira et à une Paï très jeunes, expatriés en Amérique et arrivants à Chinatown, à Los Angeles... Que font-ils ici ? Akira voyage à la recherche des 8 étoiles du ciel qui lui permettront de mesurer sa force et sa bravoure. Quant à Paï, elle fuit le dojo paternel qui, depuis peu, est devenu une mafia internationale. Bon, question scénario, on peut mieux faire. Chaque épisode est propice à l'enseignement d'un coup en rapport direct avec les jeux Virtua Fighter. Une voix off annonce le coup et le décrit tandis qu'une animation 3D « dernier cri » présente le coup plus en détails. Ce coup met généralement fin au grand combat de l'épisode. Chaque combat ne dure pas plus de trente secondes, ce qui est encore une fois plus réaliste que les épisodes de DBZ à répétitions par exemple. Dans Virtua Fighter Animation, ce principe est respecté puisque le temps de chaque combat est limité à 30 secondes. Mais en pratique, cela est très court et on regrette par exemple lors du premier combat entre Kage-Maru et Akira que cela soit si vite expédié... Très vite, les deux jeunes gens rencontreront Jackie et Sarah qui se joindront à eux. Tout ce joli petit monde aura pour objectif de mettre sa raclée au Koenkan, qui tour à tour s'en prendra à Paï, puis à Sarah afin de la transformer en soldat d'élite. Voyageant à travers le monde, nos combattants en herbe rencontreront tous les grands noms de la saga : Wolf, Lion, Cliff et Kage-Maru qui deviendra le grand rival d'Akira.


Certains épisodes restent assez enfantins tandis que d'autres sont clairement violents, sans jamais qu'une goutte de sang ne vienne entacher l'écran, public enfantin oblige. La première saison pourra sembler assez terne aux vieux briscards de Virtua Fighter, qui ne verront là qu'un ensemble de ficelles déjà utilisées plus que de raison dans d'autres animes. Akira par exemple, semble durant toute la première saison être un clone de Sangoku avec son ventre criant famine à tous les coins de rue, tandis qu'il doit revêtir son kimono pour dégager sa « vraie puissance ». Autant d'effets grandiloquents qui ont de quoi rebuter le chaland. Mais Virtua Fighter cache une vraie richesse : sa deuxième saison. Entre le vingt-quatrième et le trente-cinquième épisode, trois ans ont passé. On découvre un Akira métamorphosé, bien plus proche de ce qui est proposé au joueur dans les épisodes Arcade et Saturn. Mais encore une fois, cela fait mouche puisqu'il en est parfois méconnaissable : sans son habit traditionnel et sans son bandeau, Akira ressemble bien plus à Ken le survivant qu'à Akira ! Les combats de cette deuxième saison sont plus violents et la série gagne en maturité.

La série présente également de nouveaux personnages, personnages inconnus qui n'intégreront jamais l'univers du jeu vidéo. Et c'est là une de ses forces face à la concurrence. Car les personnages qui sont introduits dans l'anime sont carrément crédibles avec l'ensemble du monde Virtua Fighter. On en viendrait presque à regretter que certains n'aient jamais été intégrés tant ils ont de charisme et de potentiel. On peut donc conclure que cette série, contrairement au jeu, n'est pas seulement un pur objet marketing. Le temps l'a faite oublier de la mémoire des joueurs à cause d'une production carrément surchargée au moment de sa sortie. Virtua Fighter pèche certainement sur de nombreux points. Mais l'ambiance est très crédible, l’OST est accrocheur et les personnalités des personnages évoluent dans le bon sens. Contrairement à une saga comme Street Fighter qui s'est trouvée plombée par un très grand nombre d'adaptations, cette série offre un cas unique d'anime de Virtua Fighter et elle permet d'apporter de la fraîcheur dans un univers qui a toujours paru un peu sec à cause d'une technicité exigeante.

Ainsi "Virtua Fighter: la série animée" est une curiosité intéressante qui est en plein dans son époque et qui se veut avant tout un objet culturel résolument concurrentiel. Oubliée rapidement, elle s'en est retournée d'où elle venait : une série commerciale mal-jugée et plombée d'entrée de jeu. Dommage, car elle aurait pu ouvrir une mythologie très intéressante pour la saga. Elle ne passionnera certainement pas les foules et cela explique certainement le désamour qu'on lui porte toujours aujourd'hui. Néanmoins, il est intéressant de noter une évolution très positive entre les round one et round two. Car cette évolution soudaine fait entrer l'anime dans une dimension bien plus mature et la totalité de la seconde saison pourrait en séduire plus d'un. Quant à Virtua Fighter Animation/Mini, il n'est rien de plus qu'un divertissement anodin tant il ne peut rivaliser avec ce qui a déjà existé sur la/les machine(s). Son intérêt est relatif à son ambition : une sorte de Virtua Fighter pour les nuls ! Y'a pas de mal à commencer après tout...

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