Interview : Yuzo Koshiro parle de la Mega Drive

L'an dernier, nous vous avions proposé plusieurs traductions provenant du Famitsu daté du premier novembre, avec notamment celles de (cliquez sur les noms pour les lire) :
Hideki Satô
Masami Ishikawa
Rieko Kodama

Ce numéro étant une excellente source d'informations pour les Mega Drivers que nous sommes, je l'ai repris entre les mains afin de vous proposer une autre traduction, avec du retard certes, mais sans fausses notes (du moins j'espère) de l'interview de Yûzô Koshiro.

Excellente lecture !

Famitsu : Pouvez-vous nous expliquer comment vous en êtes venu à être responsable de la musique sur les jeux Mega Drive ?

Yûzô Koshiro : Alors que je travaillais en tant que free-lance, j'ai reçu une offre pour faire les musiques de The Super Shinobi (Note du Traducteur : The Revenge of Shinobi en occident). Bien qu'il y eût une sound team chez SEGA, ils cherchaient une personne externe capable de composer. Il semble qu'ils avaient entendu parler de moi et m'ont donc contacté.
En fait, j'étais déjà fan de SEGA depuis longtemps, j'en avais même fait entre autres, des Doujinshi (NdT : revue amateur) avec une connaissance.
C'était une sensation étrange que de recevoir une offre de la part d'une marque qui m'était si familière.

Famitsu : Vous étiez free-lance dans la musique dédiée aux jeux vidéo, on peut dire que vous êtes un pionnier dans ce qu'on appelle aujourd'hui le métier de compositeur de musique de jeux n'est-ce pas ?

Yûzô Koshiro : Je ne me suis pas moi-même qualifié de la sorte, je n'avais pas nommé mon travail en pensant à quelque chose de particulier. Lorsque j'ai commencé à aborder la création de musique, il n'y avait pas encore ce métier de compositeur de musique de jeux.
C'était une époque où les fabricants de jeux avaient leur propre staff pour cela.

Famitsu : Ah d'accord.

Yûzô Koshiro : Qui plus est, il était rare qu'une personne ayant pour activité principale la composition de musique s'occupe de musique de jeux.
Dans la plupart des cas, il y avait une personne capable de faire la musique parmi l'équipe de développement, c'est pour cela qu'avant j'en faisait tout en programmant. La raison pour laquelle je suis devenu programmeur est que je voulais pouvoir faire de la musique de jeu, et par un coup de chance, j'ai pu m'y mettre bien plus vite que prévu.
Et rapidement, je me suis vu qualifié de compositeur de musique de jeu.

Famitsu : Et vous avez donc commencé à travailler sur Mega Drive, en toute franchise, quelle a été votre réaction en prenant connaissance des caractéristiques techniques de la machine ?

Yûzô Koshiro : J'avais déjà fait des musiques sur PC-8801(NdT : micro-ordinateur NEC), le son que pouvait sortir cette machine fonctionnait sur le même principe, et du coup je pensais que la Mega Drive pourrait me permettre d'utiliser mes connaissances et techniques apprises jusque-là .

Famitsu : Comparé aux machines concurrentes de l'époque, elle avait un énorme avantage à ce niveau n'est-ce pas ?

Yûzô Koshiro : Il s'agissait aussi d'une machine 16 bits en même temps, les ordinateurs étaient pour la plupart des machines 8 bits.
Il y avait une énorme différence technique entre les machines de salon et celles des salles de jeux à l'époque, et dans le milieu, on souhaitait une machine capable de rattraper ces jeux d'arcade.
Et c'est là que la Mega Drive a fait son apparition réduisant d'un coup l'écart. Sa capacité de traitement des données était largement au-dessus des PC du moment et je me suis dit que c'était une machine incroyable qui venait de sortir.

Famitsu : Et grâce à ce qu'est capable de faire la Mega Drive, y a-t-il eu de nouvelles méthodes afin de composer ?

Yûzô Koshiro : Comme le son quelle pouvait sortir avait une structure similaire aux PC, je n'ai pas eu dans l'idée de créer de nouvelle méthode.
J'explorais plutôt les possibilités d'amélioration des programmes que j'utilisais déjà , pour avoir plus détails et de précision dans la musique.

Famitsu : Comment appréhendiez-vous la création de musique à cette époque ?

Yûzô Koshiro : Aujourd'hui, on menvoie les documents et vidéos par mail, et je peux composer la musique en les regardant. Mais à cette époque, la documentation qu'on avait était limitée avec par exemple juste le scénario, ou encore les illustrations des personnages.
Il m'est arrivé de n'avoir que les illustrations des décors, je devais faire travailler mon imagination pour faire les musiques.

Famitsu : Je voudrais maintenant aborder une série qui parmi vos compositions est des plus célèbre, je parle bien entendu de Street of Rage.
Ces musiques ont pour caractéristiques d'être d'un style de musique de boîte de nuit, comment avez-vous eu l'idée de faire ce genre de mélodie ?

Yûzô Koshiro : Lorsque j'ai commencé à composer de la musique, j'avais conscience que l'arcade représentait le sommet dans le domaine du jeu. J'avais pour motivation de faire des musiques capables de rattraper cela, de dépasser cela. Puis au bout de 3 ans, je ne voulais plus me préoccuper des jeux d'arcade, je voulais faire ma propre musique.
Je tâtonnais dans de nouvelles directions, et c'est à ce moment que SEGA commençait à se donner les moyens de percer à l'étranger.

Famitsu : C'est au moment où le monde entier avait les yeux rivés sur le marché japonais c'est cela ?

Yûzô Koshiro : Exact. Dans ces circonstances, je pensais qu'il fallait impérativement faire des musiques pouvant faire vibrer ce public. C'est en cherchant des idées pour en créer, alors que j'allais parfois à Los Angeles, que j'ai reçu un énorme choc en entendant de la club music. à cette époque, la scène musicale étrangère était largement en avance sur la scène japonaise.
Je me suis dit qu'il devait y avoir moyen d'exploiter cela dans les musiques de jeux, et c'est en plein tâtonnement dans cette direction que j'ai reçu une proposition pour un certain titre.

Famitsu : Et c'est bien entendu Street of Rage !

Yûzô Koshiro : Tout à fait. Je me suis dit qu'il n'y avait pas d'autres jeux pour qui la club music conviendrait aussi bien. J'ai tout de suite accepté la proposition et fait des musiques visant les fans de jeux américains et européens.

Famitsu : Les fans japonais l'ont aussi très bien accueilli et c'est une série qui a continué à faire parler d'elle par la suite. On a pu entendre dire que pour la même série vous avez développé un programme spécifique ?

Yûzô Koshiro : Cela concerne Street of Rage 3. Pour les 2 précédents j'avais composé en utilisant les techniques dont je me servais jusque-là . Pour le 3, j'avais voulu utiliser un programme laissant l'ordinateur composer les phrases.
à cette époque, sur la scène techno, ce système de phrases aléatoires, avec ces compositions qu'un humain ne semblait pas pouvoir imaginer était sous le feu des projecteurs... Je voulais impérativement l'utiliser et j'ai moi-même fait le programme.

Famitsu : Alors qu'il s'agissait du nouvel épisode d'une série populaire, quel fut le résultat de l'utilisation de cet élément expérimental... Ou plutôt quelle a été la réaction des joueurs de l'époque ?

Yûzô Koshiro : Il semble que j'en avais un peu trop fait, l'opinion était partagée. On en disait par exemple que l'écouter de bon matin rendait malade (rire).

Famitsu : Je vois (rire). Et votre façon d'aborder les choses a été vue de quelle manière par SEGA ?

Yûzô Koshiro : Il semble qu'en interne certaines personnes se demandaient si de telles musiques pouvaient convenir, le directeur et producteur ont tranché en disant vouloir les utiliser.
Je ne peux que m'incliner devant leur accord pour intégrer des musiques d'un style encore jamais entendu.

Famitsu : Cette attitude de défi, c'est vraiment du pur SEGA (rire). Parmi tous les jeux sur lesquels vous avez travaillé sur Mega Drive, il y en a un dont vous avez un souvenir particulier ?

Yûzô Koshiro : Si je dois en choisir un... La Légende de Thor. C'est un jeu dont je me suis occupé depuis le stade projet, et lui aussi sa musique est un peu spéciale.
J'ai aussi utilisé le logiciel de composition automatique comme Streets of Rage 3, mais en plus de cela, j'ai voulu relever le défi de réaliser des musiques orchestrales, et j'en garde un souvenir très fort.
Bien entendu, en tant que jeu il est parfaitement équilibré et aujourd'hui encore on peut prendre du plaisir dessus.

Famitsu : Vous avez aussi fait des musiques orchestrales pour Actraiser sur Super Famicom. C'est une question peut-être naïve, mais pour obtenir dans les 2 cas des musiques orchestrales, et afin de convenir à chaque hard, avez-vous du modifier votre façon de composer ?

Yûzô Koshiro : Avec la sortie audio FM de la Mega Drive (qui a pour particularité d'avoir un style métallique), il n'est pas possible de sortir des timbres graves orchestraux en l'état.
Mais en fonction de la façon dont on dispose les notes et en utilisant différentes astuces, il est possible d'obtenir un style orchestral.
Vers la fin de mes recherches, j'avais pu trouver des solutions, et donner forme à mon style, ce fut une très belle expérience.

Famitsu : Merci beaucoup pour ces précieuses histoires.
Pour finir, il va probablement y avoir des œuvres sur lesquelles vous avez travaillé qui seront incluses dans la Mega Drive Mini. Pouvez-vous nous faire part de votre avis la concernant, ou bien un souvenir ?

Yûzô Koshiro : La Mega Drive Mini devrait devenir un objet qui condensera tout le charme que dégageait le SEGA fabricant des années 1980 et 1990. Je souhaite vraiment que ceux qui ont pu y jouer à l'époque bien entendu, mais aussi ceux n'ayant pas eu cette possibilité, se la procurent et s'amusent avec. Et en la revoyant qu'ils se disent « Il n'y en a pas une autre avec un design aussi classe » (rire).
Après tout, il s'agit d'un symbole d'une époque ou SEGA était à son apogée. Concernant la musique, il va probablement y avoir aussi beaucoup de jeux marquants à ce niveau, moi-même je me fais une joie de sa mise en vente.

Traduction/adaptation : VirtuaHunter
Correction/relecture : Shenron

Commentaires

Merci pour cette fabuleuse traduction, j'ai à nouveau passé un bon moment de lecture. C'est donc confirmé, c'est bien lui qui a commis Streets Of Rage 3, plus de doutes.
Effectivement ça explique des choses, ou plutôt ça confirme des choses dont je me doutais, notamment pour SoR 3. Très bel interview. :smile:
La Mega Drive est la console la plus belle et la plus classe de tous les temps.

C'est un truc de fou comment cette console transpire le feeling SEGA et les années 80-90.
rynex, 07 juin 2019 - 12:55
@Virtua Hunter Merci! c'est vrai qu'il ny en a pas de plus belle que laMegaDrive avec le recul.
Aucune n'a un design aussi cool.

Génial de voir que Yuzo Koshiro était un Fan de SEGA avant de bosser pour eux et qu'il ait été surpris d'avoir u
Juste pour information, une autre traduction du même acabit arrive ce mois-ci:cool2: (et encore une autre pas longtemps après).