Interview : Katsuya Terada parle de Virtua Fighter

Après une longue pause dans les traductions des interviews provenant du site anniversaire des 20 ans de Virtua Fighter, en voici enfin une nouvelle !
Cette fois-ci, elle présente Katsuya Terada ; ce monsieur a été en charge du chara-design de Virtua Fighter 2 et a aussi réalisé un manga sur la série.
Si pour ce dernier l'interview ne fait que l'évoquer, me l'ayant procuré pour l'occasion, je vous en parle un peu en bas d'article.
Même si son nom ne vous est pas familier, vous avez sûrement déjà vu certaines de ses superbes œuvres. Que ce soit ou non le cas, je vous propose de jeter un coup d'œil à son travail à travers ses 2 sites ici et .

En plus de découvrir cet artiste, cette interview est aussi l'occasion de profiter d'une anecdote plutôt amusante concernant le prêt de la borne VF1 à ce même monsieur.
Excellente lecture et soyez patients jusqu'à la prochaine traduction (en rapport ou non avec Virtua Fighter d'ailleurs) !

L'interview originale est disponible ici.
Et pour lire ou relire les précédentes traductions, c'est ici :

Profil :
Katsuya Terada (illustrateur et mangaka).
Né à Tamano dans la préfecture d'Okayama.
Après avoir été diplômé du lycée, d'une école spécialisée et d'une école d'art, il s'est mis à travailler comme freelance.
En tant qu'illustrateur, il exerce au Japon et à l'étranger, ses domaines vont entre autres du manga, livre, jeu vidéo, à la scène et au cinéma.
Parmi ses plus grandes œuvres, on trouve entre autres, le manga Sayûkiden, l'étrange voyage vers l'occident (Éditions Delcourt), les films Yatterman et Blood The Last Vampire ainsi que l'exposition " Terada Katsuya 10 Years Retrospective ".
En 2013, au Kyoto Kokusai Manga Museum, s'est tenue une exposition montrant 10 ans de ses travaux.
Au printemps 2014, il est prévu de publier un album d'illustration au Japon et en Amérique (Note du Traducteur : l'interview a eu lieu quelques mois avant cette date).

La première fois que je l'ai vu, j'ai pu ressentir l'arrivée d'une nouvelle ère.
Le sentiment d'un mouvement réel.

 

---Quels sont les détails qui font que vous avez été en charge du character design de Virtua Fighter 2 ?

---Katsuya Terada : J'avais eu au préalable l'occasion de collaborer avec monsieur Kurokawa pour un tout autre travail, alors qu'il était éditeur à l'AM2. Il m'avait invité pour une présentation et m'avait dit " viens y jeter un œil ", et je me souviens que lorsque j'ai vu les personnages bouger dans la machine, je me suis dit " mais c'est dément ! ".
Aujourd'hui on y est tous habitués, mais à ce moment, pouvoir enfin contrôler ces personnages dans cette 3D temps réel qui était jusqu'alors un rêve, était inimaginable, j'ai eu un choc. J'ai pu ressentir l'arrivée d'une nouvelle ère.
En plus de ceci, on m'a dit vouloir me confier un travail, mais les personnages étaient déjà faits et donc je me demandais pour quoi faire. C'est alors qu'on m'a dit qu'il y aura du mapping dans le 2 et ils voulaient donner une direction plus réaliste aux personnages.
Au contraire, moi je trouvais fantastique d'avoir l'impression de voir des marionnettes de Kihachirô Kawamoto bouger avec réalisme (Note du Traducteur : ce monsieur était spécialisé dans les films de marionnettes, on en reparle plus tard).

Du fait que les personnages étaient simplistes, le poids et la douleur des coups reçus donnaient un sentiment de réalisme jaillissant de ces mouvements primitifs, et les rendre plus réalistes était au final inévitable.
Et donc, lorsqu'on m'a dit vouloir faire le 2 plus réaliste, j'ai répondu " mais ce n'est pas la peine non ? ", j'ai moi-même saboté mon embauche (rire) !
Encore aujourd'hui je ressens toujours un peu cela, le choc ressenti la première fois ne pourrait que s'amenuiser en prenant une direction réaliste.
Mais il est vrai que dans les jeux il y a forcement cette progression et évolution, je me rends compte que j'avais dit des choses un peu excessives.
Quoiqu'il en soit, dès le début le jeu possédait un potentiel énorme, et si on pouvait faire ressortir toute cette puissance dans le 2, j'étais prêt à aider en ce sens.

--- Vous avez pris conscience de certaines choses en faisant le character design ?

---Katsuya Terada : Il ne fallait pas que les fans des personnages du 1 disent que c'était complètement différent. C'est cela qu'on m'avait confié comme travail.
Si un joueur choisit son personnage préféré et au final se retrouve avec quelque chose de totalement différent, c'est inacceptable de son point de vue. C'est cet élément qui a retenu mon attention.
Il est facile de simplifier des personnages en partant d'un rendu réel, mais pour le 2 il s'agissait de faire exactement l'inverse.
En me basant sur le 1, je devais imaginer leur look par analogie.
Comme je suis plutôt bon pour cela, j'avais le sentiment qu'on m'avait confié un travail facile à réaliser.

Bien que je m'étais fait prêter la borne,
impossible de la faire rentrer dans l'appartement : retour à l'envoyeur.

 

---Vous avez des souvenirs concernant Virtua Fighter ?

---Katsuya Terada : J'ai eu l'occasion d'en parler à divers endroits, lorsque j'ai eu le travail à faire sur le 2, c'était avant la sortie du 1 dans les game centers, et il était question de me faire prêter la borne.
J'avais dit la vouloir à tout prix, et un beau jour, un petit camion est venu m'en livrer une dans mon appartement tout délabré. Mais l'escalier de l'entrée était trop étroit et il ne fut pas possible de la passer, et j'ai dû la renvoyer comme cela. Je pense que c'est mon principal souvenir.

--- Du coup, vous n'avez donc pas pu emprunter la borne.

---Katsuya Terada : J'étais extrêmement déçu, j'en pleurais, et c'est là que monsieur Kurokawa m'a passé un coup de fil pour me dire qu'il me l'apportait en la démontant cette fois.
Et par la suite, je commençais mes journées en branchant la machine. Mais la tension électrique domestique était très faible et il fallait environ 1h pour que la machine soit parfaitement en route (rire).
Il faut dire que personne ne devait avoir ce genre de machine chez lui à cette époque. J'y ai pas mal joué, mais comme je n'avais pas besoin d'utiliser mon propre argent je ne m'améliorais pas (rire). Si le jeu était bien évidemment très amusant, je crois que cette situation d'avoir la borne de Virtua Fighter dans cet appartement en bois, tel un château branlant était tout aussi marrant.

---Parmi les personnages que vous avez dessinés, il y en que vous aimez en particulier ?

---Katsuya Terada : je n'ai créé aucun personnage en partant de zéro, pas même Shun et Lion, et pourtant j'ai des souvenirs pour chacun. J'ai fait le manga Virtua Fighter 2 Ten Stories, et on m'a laissé libre d'imaginer l'histoire de chaque personnage, et tout ce temps passé parmi eux fait que je les aime tous les 10.
Ne m'étant pas occupé des épisodes suivants, l'attachement que je porte aux personnages des 2 premiers est complètement différent des autres.

---Vous avez un souhait pour Virtua Fighter ?

---Katsuya Terada : J'aimerais beaucoup voir dans les jeux de combats en 3D la peau se déformer sous les coups, les muscles s'enfoncer, les os s'entrechoquer. Si on considère cela comme l'essence même des combats, alors je souhaite que la technologie des jeux de baston aille en ce sens. C'est un peu exagéré de dire ça, mais même avec des personnages ressemblant à des bâtons ce serait excitant de voir cela, il n'y a pas encore de jeu qui est allé jusque-là je pense. Bon, après je ne sais pas s'il y a des personnes qui travaillent dans ce but (rire).
Le message que j'ai pu ressentir au début avec Virtua Fighter c'est le fait qu'il est possible de ressentir la douleur, le poids des coups, et je souhaite que la série continue vers cet objectif.
La raison pour laquelle je dessine est que j'ai pour principe de vouloir faire des choses que je n'ai jamais vues, et je pense que l'entertainment poursuit le même objectif.
Je suis toujours en attente d'un jeu me surprenant au point de m'en faire tomber à la renverse, et c'est ce que j'attends de Virtua Fighter.

Message pour les 20 ans de Virtua Fighter :

Le choc reçu en voyant le premier épisode était tel que, encore aujourd'hui, je m'en souviens. Virtua Fighter est le point de départ des jeux de combat en 3D, j'aimerais voir comment cette fierté pourrait être perpétuée dans un nouvel épisode, c'est cela que je souhaite le plus.
Il y a de moins en moins de joueurs dans les game centers, et de moins en moins de joueurs sur console de salon, et afin de faire revenir les gens dans le monde du jeu, il faudrait un truc exceptionnel dans un nouveau Virtua Fighter, je pense que ce serait fantastique.
Dans mon propre travail, la mission qui m'avait été confiée avec Virtua Fighter marque un second point de départ dans ma carrière grâce à la reconnaissance que cela m'a valu. J'en suis profondément reconnaissant, ce fut un travail précieux. Et je souhaite donc voir cette série perdurer pour toujours.

Bonus stage

Durant cette interview vous avez pu lire que Monsieur Terada a réalisé le manga Virtua Fighter Ten Stories. Vous ne connaissez pas forcément, je vais donc en profiter pour vous le présenter brièvement.
Déjà , il ne s'agit pas du format manga classique qui tient dans la main, le livre est au contraire assez grand : 26,8 cm x 19 cm pour un peu moins de 150 pages.
Ensuite, il est intégralement en couleur !
Il a été publié par Ascii le 21 mars 1997 uniquement au Japon.

Chaque personnage du 2 a son histoire sur 7 pages ;oui c'est peu, vraiment peu, alors n'imaginez pas quelque chose de très développé, ce n'est pas le but je pense. Parfois il n'y a même pas de dialogues, c'est dire.
Ces histoires ne racontent pas en profondeur les aventures d'Akira and co., non, juste une tranche de vie (en même temps sur si peu de pages...).
Il y a aussi un prologue et un épilogue, le reste c'est des illustrations.
L'intérêt du bouquin n'est pas dans son scenario. Honnêtement ce n'est pas très intéressant, voire presque sans queue ni tête pour une bonne partie.
Mais l'intérêt réside ailleurs. Katsuya Terada a un coup de crayon assez exceptionnel, et certaines pages sont absolument sublimes.
D'ailleurs je considère plus ce livre comme un art book, son aspect manga est totalement secondaire (et pas vraiment réussi) de mon point de vue.
Je vous laisse quelques photos pour vous faire une idée.

Bonus stage 2

Katsuya Terada a évoqué en début d'interview le réalisateur et animateur Kihachirô Kawamoto dont j'ai visionné plusieurs films (et il m'en reste encore à voir), et je vous propose celui qui pour le moment m'a le plus plu et qui est de plus très accessible.
Musume Dôjôji est l'adaptation de la pièce de Kabuki du même nom (elle-même adaptation de la pièce de Nô s'intitulant simplement Dôjôji) et nous parle de jalousie. Je ne vous dis rien de plus.
La réalisation est vraiment très intéressante avec ses marionnettes intégrées dans les dessins ou encore l'éclairage assez travaillé, je suis tombé sous le charme.
Regardez et appréciez, ce n'est pas très long donc pas d'excuses (on parlait de Virtua Fighter à la base quand même ^^).

N'hésitez pas à découvrir ses autres travaux !

Vidéos

Commentaires

Il y en a une autre assez cool toujours sur le même site, et elle donne un point de vu "différent" vu d'ailleurs.
Vous comprendrez quand je m'y pencherai:mrgreen:
rynex, 13 aoû 2018 - 6:28
Merci c'était génial comme interview..! J'adore ses illustration et ce qu'il espère pour l'évolution de VF,peau muscles etc.. c'est exactement ce que je souhaite aussi pour que VF renouvelle le choc technique qu'il amenait à chaque fois.:love:
rynex, 15 aoû 2018 - 5:12
Merci! ça a beaucoup intéressé le mec de Virtua Fighter.com un site dédié fait par des fans. Le meilleur site de jeu de Baston et le plus complet.
Il va essayer de le traduire et de l'éditer si tout se passe bien.
Et ça lui a permis de découvrir SEGA mag.:content2: