Test : Desert Breaker (Arcade)

Tout le monde a en tête des jeux emblématiques du monde de l’arcade qui sont devenus des icônes de leur genre, et ont lancé une ribambelle de titres qui s’en sont inspirés. Street Fighter II pour les jeux de combat, Double Dragon ou Final Fight pour les beat them all, et bien d’autres. Commando fait partie de cette longue liste avec notamment des titres qui se sont démarqués comme Mercs, symboles de shoot’em up verticaux type guérilla à la Rambo.

Desert Breaker fait donc partie de ces jeux qui s’inspirent très largement de ce dernier, une sorte de réponse de Sega face au hit de Capcom sorti en 1990. C’est donc en 1992 que le jeu que nous allons tester aujourd’hui sort sur le system 18 de la marque, le tout sous la supervision de l’AM1. Autant dire qu’il y avait matière à espérer un excellent jeu…

J’imagine que la très grande majorité d’entre vous n’ont même jamais entendu parler de Desert Breaker, le jeu n’ayant jamais été adapté sur console et n’ayant pas connu le moindre succès. Alors, jeu injustement boudé ? Perle cachée du catalogue Sega qui mériterait son retour sur nos consoles actuelles ? Ou titre qui mérite de rester dans l’oubli ? Verdict plus bas…

Avant tout, quelques mots sur les conditions du test. J’ai fait le jeu sur une borne « maison » tournant sur émulateur Pandora. On se rapproche donc très fortement de la qualité d’origine même si bien entendu la version originale sur un écran arcade dédié sera autrement plus aboutie visuellement. Ci-dessous la photo de la borne de test. Ça vous donne une petite idée des conditions dans lesquelles j’ai joué au jeu.


Le briseur de désert ???

Desert Breaker, voilà un titre bien énigmatique qui ne veut pas dire grand-chose quand on le traduit.  Il plante toutefois le décors et peut-être également situer ce titre dans l’époque où il a été développé.

La guerre du Golfe vient de se terminer et de nombreux jeux s’appuient sur le contexte de ce conflit en Irak, notamment pour les jeux de guerre, pour élaborer des scénarios plus ou moins similaires.

Sans toutefois assumer totalement son inspiration, le jeu débute sur une intro avec des avions de chasse qui parcourent l’écran et les infos selon lesquelles nous allons devoir régler un conflit armée contre un ennemi qui ne faisait plus parler de lui depuis plus de 20 ans. Le 1er niveau montre même des barrières de sécurité avec une écriture arabisante et un portrait qui pourrait ressembler à s’y méprendre à Saddam Hussein. Toutefois, les développeurs n’iront pas plus loin et le scénario restera totalement obscur, pour ne pas dire inexistant.

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Une fois que vous avez appuyé sur le bouton Start, le jeu vous propose de choisir votre héros parmi trois protagonistes distincts. À première vue on pourrait légitimement penser que le premier est le personnage équilibré, le second lent mais plus puissant, et le troisième agile mais moins fort. Un peu comme Final Fight ou la majorité des jeux de l’époque.

Pourtant il n’en est rien et nous touchons déjà un des premiers défauts du titre. Tous les héros proposés ont exactement le même gameplay et rien ne semble les différencier si ce n’est le design du sprite et sa couleur. Dommage …

Le jeu qui va briser Mercs ???

Les premières minutes du jeu, on se demande si on n’est pas en train de jouer à Mercs tant graphiquement et esthétiquement les deux titres se ressemblent. On reste sur un shoot à scrolling vertical avec des moments où on peut évoluer à l’horizontale. Notre protagoniste est vu de 3/4 haut avec sa mitrailleuse et il se retrouve rapidement encerclé par des soldats ennemis tirant dans tous les sens. Le ton est donné, ça va chauffer.

Malgré cette première impression de déjà vu, Desert Breaker apporte rapidement son lot d’idées intéressantes pour se dissocier de son homologue.

Première idée très sympa et que je n’avais pas vu ailleurs, c’est la possibilité de choisir une zone de soutien aérien. En gros, le jeu vous montre la map simplifiée du niveau que vous allez devoir traverser (façon carte topographique) et vous demande de choisir une zone dans laquelle des avions bombardiers alliés vont venir pilonner les lignes ennemis. Si la première fois on choisit un peu au hasard, lors de runs suivant cela permettra de sélectionner avec stratégie la zone de carte la plus difficile afin d’éradiquer rapidement vos opposants. Sympa…

Le jeu vous propose également rapidement des véhicules à utiliser, en gros un véhicule par niveau. Le 1er est un robot bipède qui donne des coups d’entre-jambes. Je vous jure, j’avais déjà vu cette animation dans une vidéo parodique de jeu vidéo, mais je ne savais pas que cela venait de ce jeu-là. On a littéralement l’impression que votre machine donne des coups de b...te aux soldats. Pas compris le concept mais bon…

Dans le 2ème niveau vous aurez une partie en jet ski, et dans le dernier stage vous pourrez contrôler une sorte d’aéroglisseur. La maniabilité de ces appareils est franchement perfectible mais j’y reviendrai dans le chapitre suivant.

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Autre bonne idée, le jeu propose un gameplay légèrement plus riche que Mercs. Si le bouton A sert à tirer et le bouton C à envoyer une bombe, explosif d’ailleurs qui dispose d’une jauge en haut de l’écran qui se remplit en prenant des items sur le sol (plus la jauge est remplie, plus l’explosion sera forte), vous aurez aussi la possibilité d’exécuter un dash en appuyant sur B. Cette esquive rapide vous donne quelques millièmes de secondes d’invincibilité, feature forcément intéressante dans un shoot. Enfin en appuyant sur A et B vous pourrez exécuter un coup spécial au corps à corps permettant de tuer les ennemis vous encerclant de près. Le défaut de ce dernier coup c’est qu’il est vraiment d’une portée ridicule, le rendant vraiment peu utile dans le feu de l’action. Cela a tout de même le mérite d’exister.

Pour le reste, on fait dans le classique avec un lot d’armes pas forcément très originales. On a la mitrailleuse (arme de base), le lance-flamme, le lance-acide (idem que lance-flamme mais les ennemis se décomposent au lieu de brûler), le blaster et le lance « shurikens » qui tire en éventail devant vous.

Vous pouvez ramasser des upgrades d’arme pour booster sa puissance (jusqu’à 4), des aliments pour vous soigner, votre perso ayant une barre de vie en bas à gauche, et enfin des bonus de points pour gagner quelques vies et faire du scoring.

Mises à part les quelques nouveautés que je viens de vous présenter, en jouant à Desert Breaker vous restez en terrain connu, ne cherchez pas de subtilités ou de révolutions de gameplay. Heureusement vous pourrez profiter du titre avec un ami.

Un désert qui porte bien son nom….


Avant de vous parler du cœur du jeu et de tout ce qui ne va pas, faisons un petit point technique.

Le system 18 utilisé pour Desert Breaker a finalement été peu utilisé depuis sa sortie en 1989 mais il existe quelques titres réussis techniquement comme Moonwalker, Alien Storm ou Shadow Dancer, tous sortis des années plus tôt.

Eh bien ici, clairement le jeu n’est pas des plus folichons. Mercs, sorti en 1990, soit deux années avant Desert Breaker, est largement plus beau. Que ce soit visuellement, les différentes animations ou effets du jeu, tout est dépassé dans cette production de Sega. Même les musiques et bruitages ne sont pas à la hauteur de notre constructeur favori.

Non franchement, Desert Breaker semble être un jeu sorti dans les années 89 tout au plus.

Les décors que vous allez traverser sont souvent les mêmes avec un dégradé de couleur fade, peu de relief et de vie dans les environnements. Certes on joue dans un conflit se situant dans un désert ou des milieux plutôt arides mais tout de même. Malheureusement ce ne sont pas les très rares effets spéciaux du jeu qui vont nous faire changer d’avis. Par exemple le premier boss, un gros hélicoptère. Durant ce combat votre personnage se retrouve sur un bout de terrain qui tombe dans un canyon (du moins j’imagine que c’est ce qui se passe), bah là vous avez le droit à un défilement des parois en roche du décors à la façon Space Harrier, mais en plus grossier.

Autre seul effet visuel du jeu, lors du troisième niveau où on se retrouve dans un avion-cargo. A deux ou trois reprises l’avion effectue un virage et on voit le décor faire une sorte de rotation et les différents éléments du décors bouger. Pas extraordinaire non plus…Il ne reste que les animations de mort des ennemis qui peuvent être sympathiques, notamment lorsque vous utilisez le lance-flamme ou lance-acide.

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C’est donc maintenant que nous allons rentrer au cœur de ce qui est pour moi le plus gros problème du jeu : je suis certain qu’il n’est pas fini !!!

Je m’explique…

Tout, du début à la fin, laisse un arrière-goût d’inachevé, comme si les développeurs bossaient sur le projet et que d’un coup Sega leur dit « bon c’est bon les gars, on a autre chose à faire, vous laissez tomber. Sortez le jeu en l’état, on s’en fout ».

Déjà le jeu ne compte que 3 niveaux. On a beau être sur un jeu arcade, c’est juste ridicule. Le pire étant que les crédits de fin arrivent après le 3ème boss qui est un gros tank. Ça n’a aucun sens et rien ne pouvait nous laisser penser que c’était le dernier boss, ou le dernier niveau. Pas de texte de fin, juste des images des ennemis rencontrés avec le staff des développeurs. Vraiment, on a l’impression qu’ils ont bouclé le jeu à l’arrache.

Les autres éléments qui me font penser à un jeu non fini c’est la multitude d’incohérences dans le gameplay et les bugs par dizaine.

Très régulièrement vous allez vous retrouver coincé par un élément du décor parce qu’on ne comprend pas que c’est un muret, un rocher ou ne je sais quoi. Comme si les graphistes n’avaient pas fini le boulot et oublié de mettre du relief. L’exemple le plus incroyable est le niveau 3 avec l’avion. Vous débutez à pied sur le tarmac d’une piste de décollage. Vous avez l’avion qui accélère et vous devez détruire ses défenses. Eh bien là votre perso par magie marche sur l’avion comme si c’était une feuille de papier collé au sol. Ça n’a absolument aucun sens.

Parlons également des hitbox complètement aux fraises. Autant sur les ennemis humains vos tirs sont assez précis, autant sur tous les ennemis mécaniques pourtant bien plus gros, vos tirs passent littéralement au travers sans les toucher. On se dit alors souvent qu’on ne touche pas le bon « point faible » mais un coup sur deux, on les touche quand même.

Citons également les bombes que vous pouvez envoyer. Pour une raison que j’ignore certaines fois ça ne faisait aucun dégât, comme si elles n’avaient aucun effet. D’ailleurs, même à la puissance maximale votre pouvoir de bombe n’impacte quasiment pas les ennemis mécaniques, seulement les humains. Comme si les développeurs avaient oublié de prendre en compte les dégâts sur les méchas.

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Vous comprendrez rapidement dans le jeu que tout ce foutoir rend le titre trop difficile, voire impossible à finir sans les crédits infinis. Les tirs ennemis étant sans pitié et beaucoup trop nombreux (cela aurait mérité un réel effort de conception. Pour un shoot c’est essentiel), alors que les vôtres ne touchent souvent jamais vos cibles comme il le faudrait.

J’en finis presque avec le dash censé nous rendre invincible mais qui la majorité du temps nous fait encaisser des dégâts malgré tout.

Enfin, parlons des véhicules à utiliser qui ont un gameplay poussif au point de se demander encore si les développeurs n’ont pas oublié de le peaufiner. Le jet ski réagit très mal, ses tirs ne servent à rien, et ne parlons pas de l’aéroglisseur totalement inutile.

Non, je vous le dis, quand on finit Desert Breaker on a ce sentiment persistant d’un jeu sorti pour ne pas le jeter à la poubelle et tenter de rentabiliser un tant soit peu l’investissement.

C’est bien dommage parce qu’il avait du potentiel, j’en suis certain.

Desert Breaker ne commençait pas trop mal avec quelques idées intéressantes de gameplay comme le soutien aérien, le dash ou la possibilité de choisir des persos différents mais le titre s’écrase bien vite face à une réalité sans pitié : le jeu ne semble pas fini.

Entre sa technique datée d’un titre moins beau que Mercs sorti deux ans plus tôt, ses trois pauvres niveaux, ses bugs de décors multiples, sa hitbox qui déconne, ses trois personnages jouables qui sont identiques, et les véhicules utilisés qui sont très peu utiles (voire maniables), on frôle de peu le carton rouge et l’exclusion définitive. Il restera donc comme une curiosité, un jeu que peu de monde connaît. Un titre que vous pourrez ressortir dans une soirée entre amis pour faire une partie à deux joueurs d’une vingtaine de minutes et dire « tu vois, tu le connais pas celui-là. Bah moi je l’ai... ».

Verdict

3

Points forts

  • Jouable à deux
  • Quelques coupes en plus (dash et coup spécial)
  • Quelques véhicules à utiliser
  • Le choix de la zone de la carte pour le soutien aérien

Points faibles

  • Hitbox aux fraises pour les ennemis mécaniques
  • Mauvaise gestion de la difficulté
  • Graphiquement très moyen
  • Uniquement 3 niveaux
  • Les trois persos jouables ont le même gameplay
  • L'impression de jouer à un jeu pas fini

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