Test : Total War Shogun 2 Complete Edition (Windows)
MAJ 14/10/2026 : Test mis à jour après la découverte que le jeu original était délisté des stores à la sortie de ce remaster, et de l'usage d'IA générative n'importe comment.
Pour faire patienter les adeptes des Total War historiques qui rongent leur frein en attendant la trop lointaine sortie de Medieval III, Creative Assembly a décidé de donner un coup de neuf à deux de ses jeux les plus populaires : Rome II et Shogun 2. Si le premier aura bientôt droit à un gros patch, déjà disponible partiellement en beta, le second se voit gratifié d’une Complete Edition quinze années après sa sortie. Édition qui, pour une quarantaine d’euros, promet d’apporter un peu de modernité à une formule ayant pris la poussière, en plus de réunir le jeu et tous ses DLC.
Le retour du Jidaigeki
Pour les deux trois au fond qui n’auraient pas posé leurs mains sur le jeu au cours de ces quinze dernières années, Total War: Shogun 2 propose au joueur de prendre la tête d’un clan du Japon féodal au XVIe siècle à l’époque Sengoku. Période mouvementée pour l'archipel nippon qui fut plongé en pleine guerre civile pendant un bon siècle. C’est par exemple à cette époque que se déroule l’intrigue de Ran, le film d’Akira Kurosawa. Si je cite ce film c’est parce que c’est en le visionnant que les petits gars de Creative Assembly ont eu envie de développer Shogun: Total War, premier jeu de la longue série des Total War. Il faut dire que les armures colorées des samouraïs avec leur petit drapeau dans le dos (on me glisse dans l'oreillette qu’on dit Sashimono dans la langue d’Akira Toriyama) rendent les batailles singulièrement esthétiques.
La grande force de Shogun 2 était de retranscrire particulièrement bien cette ambiance. À sa sortie, le jeu avait marqué les esprits grâce à sa direction artistique et sa musique. Lors d’une campagne, à l’instar des autres jeux de la licence, on y alternait des phases de stratégie au tour par tour sur la carte du Japon et des phases de bataille en temps réel. Le jeu parvenait à faire la synthèse des mécaniques des opus précédents tout en proposant quelque chose de solide techniquement, loin de la version ultra buggée d’Empire: Total War sortie deux ans plus tôt par exemple. On pouvait lui reprocher un manque de diversité dans ses unités, ce qui est inéluctable quand le jeu est à l’échelle d’un pays et non d’un continent, mais ce roster limité avait pour avantage de faciliter la lecture du champ de bataille et l’équilibrage des combats avec l’éternel shifumi épée/lance/arc/cavalerie si cher à la série.
Des samouraïs à toutes les sauces
En plus du jeu de base, cette Complete Edition comporte donc l’ensemble des DLC sortis. Tous ? Pas vraiment, pour des histoires de classification il manquera le Blood Pack qui venait ajouter démembrements et gerbes de sang lors des batailles. Mais d’après les développeurs, il sera disponible gratuitement pour cette version ; il faudra juste ne pas oublier de l’ajouter manuellement sur Steam. En dehors de ce contenu pour les amateurs d’hémoglobine, Total War: Shogun 2 a donc eu droit à une tripotée de DLC mineurs (ajoutant des clans et des unités jouables) et deux extensions proposant chacune une nouvelle campagne.
La première, L'Essor des Samouraïs, remontait le temps pour situer l’action au XIIe siècle lors de la guerre de Genpei qui se conclut par l’instauration du premier Shogunat. Si cette campagne rafraichissait la formule, elle manquait trop de profondeur et de diversité pour réellement concurrencer la campagne du jeu de base. La seconde extension, La Fin des Samouraïs, proposait de jouer la restauration de Meiji au XIXe siècle. Période qui voit s’opposer les partisans du Shogun et ceux de l’Empereur dans une guerre qui oppose, et là on peut le dire au premier degré, tradition et modernité. Cette extension était suffisamment conséquente pour à l’époque être proposée en stand-alone. Et ça se comprend, car pour le coup il s’agit quasiment d’un autre jeu, avec des batailles ressemblant plus à celles d’un d’un Napoleon: Total War qu’à celles du jeu de base.
Sengoku superbe et saillant
Mataboo, le studio polonais à l’œuvre sur cette édition, a donc profité de l’occasion pour donner un coup de polish à tout ça. Nouveaux modèles 3D, nouvelles textures, nouveaux effets… le jeu est techniquement plus beau. Sans pour autant atteindre les standards des derniers opus de la série, ce qui lui permet de continuer à parfaitement tourner sur des configurations modestes, détail signifiant alors que nous sommes en pleine crise du hardware. Mais ce qu’on gagne en précision, on le perd peut-être en direction artistique. Chacun se fera son avis, mais personnellement je n’ai pas été emballé par certains partis-pris sur la carte de campagne, que je trouve parfois moins lisible et moins homogène artistiquement. Ça ne gâchera néanmoins pas l’expérience pour un nouveau joueur, et ça ne sautera pas forcément aux yeux des anciens joueurs n’ayant pas relancé le titre original depuis un certain temps.
Les illustrations 2D des bâtiments, unités et agents ont été upscalées visiblement à l’aide de l’IA. Si ce n’est pas flagrant en partie (ça m’a échappé lors de mon test initial, oopsie) cela devient assez évident lorsqu’on parcourt l’encyclopédie ingame qui affiche en grand format ces illustrations. Sur certaines d’entre elles le résultat est immonde, et comme à chaque fois qu’un cas comme celui-ci se présente, on se demande comment personne n’a vérifié ça. Ou, pire, a pu le valider.
On a également droit à de nouvelles animations en 2D qui viennent remplacer des vidéos en 3D qui n’ont pas spécialement bien vieilli. Ces nouvelles cinématiques profitent du passage à la 2D pour s’approcher de l'esthétique d'estampes japonaises qu’on retrouve ailleurs dans le jeu. Elles apportent un peu plus de cohérence et sont clairement moins datées. On les retrouve en introduction ou en conclusion de la campagne, ainsi que lors des actions d’agents. Assez bizarrement elles ne concernent pas les petites vidéos qui accompagnent la création d’un nouveau type d’unité dans la campagne, qui elles restent en 3D. L’ajout est en réalité assez anecdotique. Une fois passée la curiosité de la découverte, on finit par passer toutes ces cinématiques. Mais on peut noter, pour les joueurs qui en seraient nostalgiques, qu’il est possible de choisir les anciennes vidéos 3D dans les paramètres du jeu.
Le Chambara du choix
La modernisation du titre ne se limite pas à l’aspect visuel mais concerne également le gameplay, en plus d’une longue liste de corrections de bugs encore présents dans le jeu original. Si aucune mécanique de jeu n’a été touchée, cette version offre de nombreuses options issues d’épisodes de la série plus récents pour faciliter les contrôles et la lecture d’informations. En bataille ça passe notamment par plus de raccourcis clavier permettant de faciliter les déplacements de ses groupes d’unités et l’intégration de la vue tactique, une vue zénithale qui offre la lecture la plus claire possible du champ de bataille. Vue, par ailleurs, assez personnalisable avec son lot de filtres.
Si ces ajouts rendent indéniablement les batailles plus agréables, les ajouts qui concernent la carte de campagne sont beaucoup plus négligeables. On a droit à des filtres qui viennent colorer la carte mais qui sont assez inutiles, car sans possibilité de réellement prendre de la hauteur pour avoir une vue d’ensemble ils deviennent assez fastidieux à utiliser dès lors que notre territoire commence à sérieusement s’étendre, ce qui a tendance à arriver rapidement dans un Total War. On notera également l’apparition d’un nouveau bouton sur l’écran de diplomatie, permettant de rapidement parcourir les accords réalistement réalisables avec les autres clans. La diplomatie dans ce jeu étant assez légère, cette nouveauté pourra vous faire gagner un peu de temps mais ça ne change pas l’expérience globale.
Au démarrage d’une campagne sur le jeu de base, lors du paramétrage de celle-ci, il est maintenant possible de régler la difficulté de la division du royaume. Cette mécanique pouvait être assez cruelle pour les nouveaux joueurs. Pour résumer, une fois notre clan devenu assez réputé (plutôt vers la fin de la campagne donc), l’intégralité des autres clans de la partie, y compris nos alliés les plus fidèles, nous déclarent la guerre pour défendre le Shogunat que l’on convoitise. Si on n’est pas correctement préparé lorsque cela se produit, ça peut rapidement devenir un joyeux bordel et tout notre empire peut s'effondrer en quelques tours. Il est dorénavant possible de retarder le déclenchement de cet événement, voire de le désactiver.
Avatar: The Way of Ladder
Côté multijoueur, on retrouve les mêmes modes de jeu, et on peut espérer qu’avec cette Complete Edition les serveurs seront en ligne encore longtemps. Il est important de noter que le jeu ne sera pas compatible avec le titre original. Si vous voulez faire des batailles ou vous lancer dans une campagne en coop avec un ami, il vous faudra avoir tous les deux cette version du jeu. J’en profite pour rappeler l’existence du mode Conquête de l’Avatar, qui n’a malheureusement pas eu de véritable équivalent dans les jeux suivants : ce mode nous permettait de créer notre général, comme on créerait un Sims pour participer à des batailles classées en gagnant de l'expérience permettant de débloquer des capacités, passives ou actives, pour notre général ou pour certains de nos bataillons qu’on garde d’une bataille à une autre.
En termes d’équilibrage c’était claqué, mais ce mode offrait une vraie raison de revenir lancer des batailles, et on finissait par s’y attacher, à nos vétérans qu’on avait personnalisés. La sortie de cette édition permettra peut-être au mode d’avoir une seconde vie si jamais les joueurs sont au rendez-vous.
En comparant avec les derniers jeux de la série, celui-ci peut sembler un peu limité en campagne. Notamment sur la diplomatie, la gestion des villes ou les déplacements d’armées. Mais quinze ans après sa sortie, Total War : Shogun 2 reste un épisode solide et accessible.
Les gros joueurs de Total War: Shogun 2 hésiteront peut-être à passer la caisse, car nombre des nouveautés promises avec cette Complete Edition étaient déjà accessibles grâce aux mods sur le jeu de base, même si en possédant déjà le jeu original sur Steam cette version est temporairement à prix réduit. Pour eux, les nouveaux contrôles en bataille seront sans doute l’argument de vente le plus important, tant ils apportent un réel confort. Mais tout ça aurait pu n’être qu’un gros patch. Pour les autres, que ce soit les nouveaux venus ou les joueurs n’ayant pas acheté tous les DLC à l’époque, la question du choix de l’édition ne se posera pas longtemps car Creative Assembly a décidé de retirer le jeu original du magasin de Steam, et de ne plus le proposer qu'en "cadeau" avec ce remaster (et de ne pas le vendre du tout sur Gog ou Epic Games). Les choix douteux sur certaines textures et illustrations rendront la pilule compliquée à avaler à 40€ pour un jeu de 2011.
Verdict
Points forts
- Les qualités du jeu de 2011 toujours présentes
- L'intégralité du contenu des DLC et des extensions dans une même édition
- Les batailles plus agréables grâce aux nouveaux contrôles
- Le paramétrage de la Division du Royaume qui rend la campagne plus accessible pour les débutants
- Une mise à jour graphique et technique bienvenue
Points faibles
- Un prix de lancement élevé
- L’édition originale retirée de Steam
- Des illustrations upscalées n’importe comment à l’aide d’IA
- Les nouvelles textures de la carte de campagne
- Des mécaniques de jeu en campagne qui peuvent sembler simplistes en comparaison des derniers jeux de la série