Test : Like a Dragon : Infinite Wealth (PlayStation, Xbox, PC)

Test réalisé sur Xbox Series X, avec environ 75h de jeu.

Le Ryu Ga Gotoku Studio ne nous laisse pas le temps de souffler ; à peine sortis de Like a Dragon Gaiden, qui racontait les évènements de Yakuza : Like a Dragon du point de vue de Kiryu (pardon, Joryu), voici donc le retour d’Ichiban Kasuga, qui va le sortir de son quartier d’Ijincho à Yokohama pour l’emmener vers le soleil d’Hawaï.

On ne souligne pas assez le caractère unique de la saga Ryu Ga Gotoku dans le paysage vidéoludique. Quelle autre série suit d’aussi près la vie de son protagoniste, quasiment d’année en année, depuis presque 20 ans, en collant au plus près aux évolutions architecturales, économiques, politiques, de son environnement ? Kamurocho est devenu pour les joueurs les plus assidus de la saga un environnement familier, au point de remarquer chaque disparition de magasin, chaque changement d’enseigne, ou au contraire de se réjouir de retrouver infailliblement ce bon vieux Café Alps d'un volet à l'autre. Kamurocho change, mais pas Kazuma Kiryu. Il est un monolithe, indéfectible, imperturbable, le compas moral d’un milieu du crime organisé qui ne prend même plus la peine de feindre la respectabilté. Le gouvernement japonais, qui jusqu’à récemment s’accommodait de ce “mal nécessaire”, a décidé qu’il n’en avait plus besoin, au point de passer des législations qui ont mené - attention, spoil de Yakuza : Like a Dragon ! - à la dissolution du clan Tojo et de l’alliance Omi. Kiryu n’est plus que l’ombre de lui-même, contraint à la clandestinité au point de ne plus pouvoir utiliser son véritable nom.

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Ce nouveau monde, Ichiban Kasuga a décidé de le prendre à bras le corps. Employé de l’agence pour l’emploi locale, il s’est donné pour mission de réinsérer les anciens yakuzas dans la société, ce qui est extrêmement difficile à cause de clauses (réelles) qui empêchent les repentis d’ouvrir un compte en banque ou de louer un logement en leur nom propre pendant cinq ans. Adachi a ouvert une agence de sécurité, Nanba travaille dans une entreprise de matériel médical, Saeko gère son club d’hôtesses. Jusqu’au jour où une Vtubeuse ultra-populaire diffuse une vidéo diffamatoire sur Ichiban, qui met fin par ricochet aux activités professionnelles de ses deux compères masculins. Peu après, il apprend que sa mère, qu’il n’a jamais connue, se trouve à Hawaï. N’ayant - comme c’est commode - rien de mieux à faire, il décide de faire le voyage pour la retrouver, et lui ramener les cendres de son père.

Ainsi débute Like a Dragon Infinite Wealth, en rise & fall digne d’un biopic ciné, et qui dure à peine moins longtemps. Mais on commence à être habitués avec la série, elle prend son temps pour poser ses enjeux, pour nous raconter ses personnages, surtout depuis Like a Dragon qui réussissait le pari de nous introduire à une toute nouvelle équipe, ce qui sera à nouveau le cas ici. En effet, Ichiban va rencontrer plusieurs personnes à Hawaï, et se créer une bande de compagnons d’infortune dont, tiens donc, Kiryu, qui cherche aussi sa mère (celle d’Ichiban, pas celle de Kiryu, suivez un peu).

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Et on peut même nager !!!


Le syndrôme de Paris Honolulu

Premier choc : que c’est beau ! Adieu les rues grisâtres d’Ijincho, les parkings sans âme, les immeubles vétustes, bonjour l’océan, les palmiers, les étals de fruit et légumes de toutes les couleurs, les bars à jus, les boutiques de souvenirs. Honolulu est vibrante, lumineuse, et immense : la map est à peu près aussi grande que Kamurocho et Ijincho réunies, et il faut bien des moyens de transport alternatifs pour la traverser : après le skate-board de Lost Judgment, c’est donc l’arrivée du segway (pratique, mais dont les recharges sont coûteuses) et du tramway (pittoresque, mais moins flexible). Mais on peut tout aussi bien se promener à pieds : Ichiban a une bonne foulée et de toutes façons il y a toujours quelque chose à faire. Saluer les passants pour les ajouter à notre liste d’amis, ramasser une malette, un détritus, une herbe médicinale, ou faire du lèche-vitrine. On n’a jamais autant scrollé dans la liste des boutiques dans un Yakuza. Certes, il y a quelques doublons, et on ne peut pas entrer dans tous les magasins, mais peu importe. L’impression de gigantisme est bien réelle pour les habitués de la série, et le souci du détail toujours présent. On s’émerveille en même temps qu’Ichiban des vêtements, de la nourriture, des particularismes locaux. Et puis bien sûr, il y a la bagarre.

Les rues d'Honolulu ne sont pas sûres : la ville est le terrain d’une guerre des gangs, et tous les autochtones ne sont pas bien intentionnés. La plupart des combats en ville peuvent être évités en contounant les individus suspects, mais on est dans un JRPG, et il faut bien en passer par là pour monter son expérience et gagner un peu d’argent. Le système de combat est largement identique à celui de l’épisode précédent, avec des combats au tour par tour, une gestion des dégâts élémentaires et des types d’attaques (coup, lames, ou à distance), et le retour des invocations loufoques. Les ennemis se comportent toujours un peu de la même manière, et si votre niveau est suffisamment élevé, les combats sont assez simples. Un mot sur le gameplay de Kiryu : sa capacité spéciale, la "Résurgence du Dragon", n'est pas aussi craquée que ce qu'on pouvait craindre dans la démo. Ouf.

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Le nouveau job de Desperado est très cool

Mais le jeu apporte quand même quelques nouveautés, comme la possibilité de légèrement se déplacer pour se rapprocher d’un allié en vue d’une attaque combo, ou de gagner un bonus de dégâts en attaquant l’ennemi. Une parade faite au bon moment permet également de réduire les dégâts subis, et d’éviter de se faire projeter en arrière. L’accent est clairement mis sur la coopération avec nos partenaires, qui peuvent enchaîner une attaque lorsqu’on leur envoie un ennemi, enchaîner par un coup sur un ennemi à terre, ou lancer une action spéciale en duo avec Ichiban ou Kiryu. 

Le positionnement est donc essentiel, et l’enchaînement rapide d’attaques fait presque oublier qu’on est dans un système de combat au tour par tour. Pour débloquer les attaques combo, il faut augmenter le niveau d’amitié avec nos coéquipiers ; pour cela il faut combattre ensemble, mais surtout discuter avec eux dans la rue (les spots de discussion sont maintenant indiqués sur la carte), dans les restaurants en commandant certains plats, ou en les emmenant au karaoké, au cabaret ou jouer au poker, par exemple. L’occasion de mieux les connaître autour d’un verre de l’amitié, et de débloquer de nouveaux emplacement d’aptitudes. 

Car c’est une autre nouveauté : on peut désormais choisir quelles aptitudes des jobs déjà exercés on veut garder, la seule condition étant de les avoir déjà débloquées en montant de niveau. Cela permet de palier à des petits manques de certains jobs (comme ajouter un sort de soin à un cogneur, par exemple), ce qui rend un peu moins importante la composition de votre équipe. D’ailleurs les nouveaux jobs sont plutôt cool, avec beaucoup de coups spéciaux marrants, et des invocations hilarantes. On échappe aussi aux séances de grind infernal de Yakuza : Like a Dragon, et un seul passage dans les donjons dédiés est suffisant pour aborder les derniers combats sereinement. D’ailleurs, il est désormais possible de gagner quasiment instantanément les combats contre les ennemis qui ont dix niveaux que moins que nous, au prix d’un léger malus d’expérience. Ce n’est pas aussi direct que dans le Mementos de Persona 5, mais on prend quand même.

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Les balades en ville sont l'occasion de papoter avec nos potes

Attrape-touriste

Evidemment, Infinite Wealth propose son lot de mini-jeux plus ou moins complexes : on retrouve tous les classiques de la série, évidemment, avec les jeux de casino occidentaux ou orientaux, le mahjong, le shogi, les fléchettes, les machines à pince, mais aussi trois nouveaux jeux d’arcade : Spike Out (qui a vieilli mais dont on voit l'évidente influence sur la série), Sega Bass Fishing, et Virtua Fighter 3tb. Les anciens jeux ne font étrangement pas leur retour, tant pis, on a déjà énormément à faire de toutes façons. Parce qu’à tout ça il faut ajouter Miss Match, un jeu de drague hilarant (et un peu cringe), Crazy Delivery, qui comme son nom l’indique nous demande de livrer de la nourriture façon Crazy Taxi, et qui est bien plus évolué que le ramassage de canettes de YLAD, mais aussi deux gros morceaux.

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Un des lieux de perdition du jeu


Le premier, c’est la Ligue Sujimon. On se rappelle du Sujidex, qui demandait de consigner dans un registre tous les ennemis rencontrées dans YLAD. Désormais, il est possible de les capturer après un combat (en leur offrant un cadeau, on leur a suffisamment tapé dessus avant), et de les faire s’affronter. Il faut les entraîner, les améliorer, les faire évoluer, s’en faire des amis, et se constituer un roster de qualité pour espérer devenir le champion de la ligue Sujimon, et c’est un travail de titan car il y en a plus de 150 à collecter, certains ne pouvant être obtenus que dans un gacha. C’est déjà énorme, potentiellement terriblement addictif, et ce n’est même pas le plus gros morceau du jeu.

Cet honneur revient à Dondoko Island, qui nous demande de remettre sur pied un club de vacances décati et envahi par les ordures. On se retrouve donc face à une sorte d’Animal Crossing où on collecte des matières premières pour construire des bâtiments et des équipements pour les touristes, à attraper des insectes et pêcher des poissons, tout en aménageant notre maison pour regagner des points de vie en prévision des combats. Chaque client a des attentes particulières en termes d’habitat, d’ambiance sur l’île, et de souvenirs à lui offrir. Oh, et il y a en plus une île sur laquelle on peut faire travailler nos Sujimon pour cultiver des légumes, obtenir des matériaux, ou faire de la thune. Et plus leur niveau est elévé, plus ils sont efficaces. Il y a des dizaines d’objets et de bâtiments à fabriquer, et même si ce n’est que du recyclage d’assets un peu feignant (on se demande comment a été faite la sélection des objets), c’est ZINZIN. Dondoko Island est le meilleur moyen de se faire de l’argent jusqu’à un certain point où ça demande trop d’investissement pour ce que ça rapporte, mais quand même : ça pourrait presque être un jeu vendu à part. Comme l'est le NG+ d'ailleurs, disponible uniquement dans un pack séparé, histoire de bien profiter des fans absolus de la série. 

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Une belle équipe de winners


Et évidemment, on retrouve les habituelles quêtes annexes, avec un twist lorsque le groupe se trouve séparé et qu’une partie revient à Ijincho. On a une cinquantaine de quêtes “classiques”, souvent plus imaginatives que les sempiternels “va chercher ça, puis tabasse un groupe de délinquants”, et je m’étonnerai toujours de leur capacité à être parfois drôles, parfois touchantes, et souvent les deux à la fois. Dans combien d’autres jeux peut-on être ému par une quête qui implique des hommes d’âge mur portant des couches-culottes ?

Chaque nouvelle découverte d’activité plus ou moins annexe laisse pantois, et je me suis retrouvée plusieurs fois à dire à haute voix “MAIS C’EST DEBILE !”, parce que oui, ça n’a aucun sens d’un point de vue économique de mettre autant de choses dans un seul jeu, même pour une série qui nous as habitués à des jeux dans le jeu souvent élaborés (coucou le cabaret, coucou le Pocket Circuit). Like a Dragon Infinite Wealth est généreux à en crever, et le pire c’est que tout est cool, au moins jusqu’à un certain point. 

Techniquement, on est au top de ce que la série a pu nous proposer jusqu’ici. Honolulu est splendide, on a enfin de la pluie avec le Dragon Engine (les gens se mettent alors à courir c’est trop chouette), et les modèles des protagonistes sont incroyables. J’ai assez exprimé mes regrets de l’abandon progressif des cinématiques précalculées dans mes précédents tests pour reconnaître qu’ici, la différence avec les séquences en temps réel, bien que visibles, sont bien plus ténues, et ce n’est pas un vain compliment tant celles-ci sont exceptionnelles. Les modélisations des visages sont incroyables, et le soin porté notamment aux expressions faciales de Kasuga est impressionnant. Une petite moue, une lueur qui change dans le regard, tout concourt à faire passer ses (nombreuses !) émotions, sans qu’on n’ait jamais de sensation d’uncanny valley, ou de voir du surjeu. Alors oui, les ennemis ne sont pas aussi bien faits, ou certaines textures pourraient être plus détaillées, et le jeu pourrait être encore plus beau. Mais en a-t-il besoin ? Like a Dragon Infinite Wealth est l’exemple parfait d’un bon usage de ses ressources - en dehors de quelques chutes de framerate, malheureusement. Le paquet a été mis là où ça compte vraiment : l’immersion et l’émotion. Le reste n’est que chipotage.

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Moi devant vos commentaires

Human after all

Parce que c’est bien ce qu’on va chercher quand on joue à un Yakuza : des émotions. Et Like a Dragon Infinite Wealth réussit son contrat, ne serait-ce que dans son introduction magistrale qui concentre en quelques séquences toute l'humanité qui traverse la série, et à quel point Ichiban est un personnage formidable. Il rassemble naturellement les autres autour de lui, ce qu’il adore, puisque chaque nouvelle rencontre est une opportunité de se faire un nouvel ami. Kiryu, au contraire, reçoit l’aide des autres à son corps défendant, et il est extrêmement intéressant de le voir dans une situation de vulnérabilité physique et émotionnelle totalement inhabituelle pour lui, de le voir s’ouvrir aux autres, évoquer ses regrets et ses remords. Son arc est une véritable lettre d'amour au personnage. Le casting est impeccable, et les discussions de nos petits groupes sont parfaitement naturelles, des dialogues aux intonations de voix, aux silences, en passant par la gestuelle des personnages. Les sous-titres français sont plutôt de qualité, malgré une ou deux fautes d’orthographe et une ou deux phrases qui trahissent une “localisation excel”, sans forcément avoir le contexte de la scène.

La série Yakuza n’a jamais été tendre avec les institutions. Les politiques, le milieu des affaires, les policiers, ont toujours été majoritairement au mieux veules, au pire corrompus au dernier degré. Honolulu est peut-être magnifique, mais gangrénée par la cupidité des puissants, les inégalités, la pauvreté, la pollution. Le constat est encore plus sévère avec le Japon et ses gouvernements successifs (avec le même parti au pouvoir quasiment sans interruption depuis la seconde guerre mondiale) : des hypocrites, qui traitent la question du nucléaire comme celle des yakuzas, en voulant en tirer le maximum de profits sans jamais en assumer les conséquences, aux rênes d'une société qui semble incapable d’introspection et d’empathie, et donc d’aller de l’avant. Le contraire de Kiryu, dont l’évolution est fulgurante depuis Yakuza 6, et dont les relations avec les autres le rendent meilleur, et de Kasuga, qui est le mieux placé pour savoir que tout le monde a droit à une seconde chance, et donne tout ce qu’il a pour changer les choses à son échelle. Like a Dragon Infinite Wealth est un titre introspectif, à un niveau parfois méta, et s’il est vraiment dommage que l’intrigue principale, qui prend déjà bien son temps pour démarrer vraiment, peine à poser des enjeux forts avant la fin du jeu (ce qui avait un peu tempéré mon enthousiasme à ce moment), son épilogue, qui pourra en décevoir certains, est pourtant d’une force et d’une sensibilité uniques. 

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Like a Dragon : Infinite Wealth n'est pas exempt de défauts, mais il est néanmoins un tour de force, un jeu-somme non seulement de par la richesse du contenu qu’il propose, jusqu’à l’excès parfois, mais aussi et surtout parce qu’il réussit à renouveler ses thématiques tout en gardant son identité, et à faire l'exégèse de la saga. On peut sourire du fait que dans une série nommée Yakuza en occident, on n’a finalement que très peu incarné effectivement un yakuza ; mais Infinite Wealth est la confirmation, s’il en était besoin, que les yakuzas sont effectivement le sujet de la série, car ils sont le reflet du Japon contemporain. Une analyse socio-politique dans un parc d’attraction avec des patates de forain, c’est ce que nous offre Ryu Ga Gotoku depuis presque vingt ans, et le plus beau, c’est que ça marche du tonnerre. Chapeau.

Verdict

10

Points forts

  • Le contenu astronomique
  • Et en plus presque tout est super intéressant !
  • Le système de combats amélioré
  • La qualité visuelle du jeu
  • Les acteurs et les modélisations, incroyables
  • Une intelligence et une sensibilité folles

Points faibles

  • Dondoko Island est plutôt déceptif
  • Des combats toujours aussi peu stratégiques
  • Un récit qui a du mal à se mettre en place
  • Quelques faiblesses techniques
  • Le NG+ en DLC
  • Difficile de faire beaucoup mieux pour le suivant

Commentaires

 

Archives commentaires

Je pense que l'intrigue principale de Yakuza 0 est meilleure, et le jeu de cabaret est intestable. Mais IW a une autre portée et fait autre chose. Ça se discute.
oli93, 30 jan 2024 - 8:59
Très bon test je voudrais savoir est ce qu'il est dur ?
parce que moi le 7 j'ai vraiment lutté pour le finir je l'ai trouvé très difficile et n'ayant pas l'habitude des RPG
Non, pas du tout. Dans le 7 il y a deux murs de difficulté qui demandent de grinder, pas ici. En plus le jeu te dit quel niveau avoir avant les gros affrontements.
J'ai envie de lire ton test mais je ne veux rien lire concernant ce jeu avant de le faire moi-même 🤓
Déjà le 7 était génial, un de mes meilleurs souvenirs de ces dernières années, je sais que ce 8 va être un pied total !!!
Je viens juste de le commencer, et première chose que je fais, je me rends au salon de mahjong! Ce jeu s'annonce monstrueux, je vais bien prendre mon temps pour le poncer en long et en large.

Je lirai le test bien entendu, mais pas tout de suite, moi aussi je veux tout découvrir moi-même (ça fait des mois que j'esquive toutes les news). On se revoit dans 150 heures!