Test : Lost Judgment (Xbox Series, Xbox One, PS5, PS4)

Annoncé en grandes pompes l’été dernier, Lost Judgement est le premier jeu du Ryu Ga Gotoku Studio à sortir simultanément sur tous les territoires, ce qui en dit long sur les ambitions de SEGA au sujet de la série Yakuza et de ses spin-offs : doublés en anglais, et sous-titrés en plusieurs langues, les jeux doivent maintenant compter dans le paysage vidéoludique, au même titre que les AAA bien plus friqués des autres éditeurs.

Car on le sait, le RGG Studio est passé maître dans l’art du recyclage, et ce Lost Judgment ne fait pas exception. Les aventures de l’ex-avocat Takayuki Yagami et de son assistant, l’ancien yakuza Kaito, vont cette fois-ci l’emmener à Ijincho, le quartier de Yokohama que nous avions découvert dans Yakuza : Like a Dragon. En effet, c’est ici que Sugiura et Tsukumo, qui ont été introduits dans le premier volet, ont établi leur propre agence de détective. Yagami est sollicité pour apporter son expertise dans une affaire de harcèlement scolaire dans un lycée privé. Au même moment, Akihiro Ehara, qui est jugé pour une agression sexuelle commise plusieurs semaines auparavant, dévoile l’identité d’un cadavre découvert quelques jours plus tôt, mais dont la mort est bien antérieure à son procès : il s’agit de Hiro Mikoshiba, qui était professeur stagiaire dans le même lycée qui a embauché Yagami. 

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Genki desu ka, fellow kids ?
 

Lost Judgment reprend dans les grandes lignes le fonctionnement du premier volet, et des Yakuza de Kazuma Kiryu. On se déplace en ville en quêtes d’informations, et l’intrigue se dévoile au cours de longs dialogues, parfois après une petite phase d’enquête. En effet, si Yagami ne rechigne jamais à se battre, il utilise également ses compétences de détective : filature, écoutes, détection de mouchard, espionnage par drone, crochetage de serrure… Ceux qui ont joué au premier Judgment ne seront pas dépaysés, et on a droit à de nouveaux joujoux, comme un détecteur de micro, et même un fidèle doggo qui suit les indices grâce à sa truffe. Yagami s’est également découvert un certain talent pour le parkour, et on sera parfois amené à escalader des façades, en gérant une jauge d’adhérence heureusement bien généreuse.

Les phases de filature et de crochetage du premier Judgment étaient fréquentes, et assez rébarbatives, et heureusement ici, elles le sont un peu moins. La variété des activités de détective est bienvenue, même si elles ne volent jamais haut en termes de gameplay. Les nouvelles phases d’infiltration, par exemple, ne laissent aucune marge de manœuvre, et n’ont donc pas grand intérêt. Heureusement elles ne sont pas très nombreuses. Et dieu merci, on échappe au job de crochetage de serrure en série, qui n’existait que pour rallonger artificiellement la durée de vie.

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Il y a d’ailleurs assez peu de quêtes secondaires : avec une quarantaine de requêtes seulement pour les agences Yagami et Yokohama 99, on est dans la fourchette basse de la série (au sens large). Il y a une bonne raison à cela : le gros du contenu annexe, et des nouveautés, se situe au lycée : une fois engagé comme consultant externe du Club des Mystères, ce qui justifie sa présence au lycée pour son enquête, Yagami va devoir se frotter à plusieurs intrigues dans les autres clubs, chacune étant l’occasion d’apporter un nouvel éclairage sur les relations parfois conflictuelles entre lycéens et leurs états d'âme, et de s’adonner à des mini-jeux. Combats de robots, boxe, e-sport (avec des combats sur VF5FS), danse façon Dance Dance Revolution… Il y en a pour tous les goûts, et si le fun procuré est assez inégal, les activités les moins intéressantes ont le bon goût d’être aussi les plus courtes. Les courses de skateboard et de motos remplacent de façon avantageuse les courses de kart toutes molles de YLAD, la boxe est étonnamment sympa à jouer, et les combats de robot sont assez intéressants, malgré une IA adverse qui ne tient pas la route.

La progression de l’intrigue globale du Club des Mystères dépend directement de celles des autres clubs, puisqu’elle est conditionnée au niveau de votre cran, de votre charisme, ou de votre capacité à travailler en équipe, qui n’augmentent qu’avec certaines activités. Entre la quête principale et les clubs, qui composent une part importante des intrigues secondaires, vous allez donc passer beaucoup de temps au lycée. 

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L’exploration de Kamurocho et de Ijincho n’est cependant pas mise de côté : si vous avez joué à YLAD, vous ne serez pas dépaysé, et peut-être un peu surpris de voir que quelques rues ne sont plus accessibles. Pas de quoi taper un scandale - on n’arrive pas au niveau de Yakuza 6, d’autant plus que l’intrigue se déroulant autant à Kamurocho qu’à Ijincho, le terrain de jeu est vraiment vaste. Trop vaste ? Non, car le studio a eu la bonne idée de ne pas cantonner le skate à un mini-jeu : il est un moyen de transport à part entière, qui permet de traverser rapidement la ville sans se fader les trajets en taxi. Souci du détail, il est TRÈS difficile de rouler droit quand on est bourré, et il est interdit de rouler sur les trottoirs. C’est vraiment le meilleur ajout au jeu en termes de qualité de vie.

Ah, ces accrocs aux écrans... de mon temps on s'amusait avec un bout de bois !
 

En revanche, le déclenchement des quêtes annexes hors lycée et requêtes directes, est un peu fastidieux. Elles ne s’affichent plus directement sur la map, il faut fureter en quête de mots clés à rentrer dans un “radar de buzz” sur Chatter (le Facebook du jeu), afin de trouver ce qui agite les habitants de Ijincho et Kamurocho. Au rayon des nouveautés rigolotes mais pas forcément bien implémentées, on trouve le chien détective, qui ne sert pas souvent, et qu’on se contente de suivre lorsqu’il a flairé un indice. Mouais. En revanche, on peut faire ami-ami avec les chats du quartier pour obtenir des livres d’aptitude, et ça c’est cool (team chat ici, hé ouais). Au chapitre des petites features qui avaient leur charme et qui ont disparu, il n’est maintenant plus question de nouer des relations avec les commerçants et les habitants du quartier. Yagami est souvent dans une ville qui n’est pas la sienne, on n’a donc pas trop l’occasion de mettre en avant son côté social, même si les interactions avec les élèves du lycée sont intéressantes.

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Puisqu’on parle aptitudes, causons baston : on retrouve les styles du tigre (tout en force, pour les 1 contre 1) et de la grue (pour les combats de groupe), et un petit nouveau : le serpent sert en principe contre les ennemis armés, mais en pratique il est assez polyvalent, et efficace dans beaucoup de situations. Avantage quand même au style de la grue, dont l’esquive est très pratique, notamment contre les boss, d’autant plus qu’elle permet, une fois la bonne capacité achetée, de devenir plus rapide. En revanche, les actions EX ne sont vraiment pas très nombreuses, et peu sont inédites dans la série. Les combats finissent par être un peu répétitifs, mais heureusement au bout d’un moment les ennemis ont pas mal de répondant, même en difficulté Normale.

Du côté des mini-jeux en ville, on retrouve les classiques salles d’arcade, avec un large choix de bornes, mais aucun titre inédit : Motor Raid est de retour, et on peut aussi s’adonner à Super Hang On, Space Harrier, Fighting Vipers, Fantasy Zone, Sonic the Fighters et Virtua Fighter 5 Final Showdown. Kamuro of the Dead, renommé Hama of the Dead, fait son retour, comme la salle VR. Avec un twist, puisqu’on affronte maintenant un concurrent contrôlé par l’IA, ce qui malheureusement sert surtout à ralentir l’action. On a droit en plus à Aircelios, une sorte de Robotron en plus élaboré, plutôt sympa à jouer et assez joli. L’action du jeu se situant après celle de Yakuza Like a Dragon, le Don Quijote a disparu (oooh), mais les restaurants de Gyudon ont maintenant l’enseigne Yoshinoya, ce qui fera plaisir à ceux qui sont déjà allés au Japon.

On a donc beaucoup à faire, et pourtant tout nous pousse à faire avancer l’intrigue principale. Tout comme dans le premier épisode (dont l’intrigue avait pour toile de fond le vieillissement de la population), c’est un phénomène de société qui touche particulièrement les Japonais qui est au cœur de l’intrigue de Lost Judgment : le harcèlement scolaire, ou ijime, qui est ici présenté sous plusieurs formes, et selon le point de vue des personnes harcelées, des harceleurs, mais aussi du personnel éducatif, et de l’entourage des jeunes victimes. 

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Changer le monde une personne à la fois
 

Comme souvent dans la série, les faits divers ont des implications bien plus larges que ce qu’il paraît au premier abord, et tous les acteurs en prennent pour leur grade : éducateurs, institution scolaire, police, justice, politiques, personne n’est épargné, mais l’histoire n’est jamais aussi prenante et aussi poignante que lorsqu’elle revient à hauteur de ses personnages, de leur souffrance, de leur soif de justice, et de leurs doutes quant à la meilleure façon de l’exercer. On regrette d’autant plus les errements scénaristiques qui interviennent lors du 3è quart du jeu, qui délayent un peu l’intrigue, avant heureusement qu’on revienne sur de bons rails dans la dernière ligne droite.

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Bien que la mise en scène des cinématiques est souvent assez convenue, quelques scènes sortent vraiment du lot et réussissent à provoquer une véritable émotion. La plupart des protagonistes et antagonistes sont dépeints d’une façon réellement nuancée, bien aidés par une modélisation et un doublage (japonais, pas testé en anglais) le plus souvent aux petits oignons, même si je trouve toujours que l’usage du moteur du jeu en temps réel limite parfois les ambitions en termes de réalisation. En revanche la traduction française est de bonne facture. J’ai été un peu perdue lors de certaines discussions qui semblaient avoir du mal à retranscrire l’art japonais de l’euphémisme et du non-dit, mais la majorité des dialogues sont naturels et bien écrits, ce qui rend notre petite bande d’autant plus attachante. Mention spéciale à la façon dont un meme bien connu avec Steve Buscemi fait une apparition !

Le problème du coup, c’est qu’on est tellement impliqué dans l’histoire, qu’on risque de se retrouver à la bourre dans les quêtes secondaires. Je ne saurais que trop vous conseiller de prendre votre temps, et d’alterner missions annexes (surtout celles du lycée) et histoire principale, pour éviter de découvrir trop tard certains mécanismes. Ça ne devrait pas être un problème, tant c’est un plaisir de flâner dans Yokohama et Kamurocho, qui n’ont jamais été aussi belles que dans Lost Judgment. Le jeu tourne à 30FPS sur la génération précédente, et il faudra opter pour le mode Performance pour avoir du 60 FPS sur Xbox Series S ou X ou sur PS5, mais le compromis au niveau de la résolution (1440p au lieu de 2160p sur Xbox Series X) est virtuellement invisible, il n’y a donc aucune raison valable de se passer d’un framerate élevé et stable.

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Malgré une intrigue qui met du temps à démarrer et qui patine un peu vers la fin (avant de brillamment se reprendre), et un manque certain de nouveautés pour ceux qui auront à la fois joué au premier épisode et à YALD, Lost Judgment est une nouvelle réussite du Ryu Ga Gotoku studio. Plus riche, plus varié, et débarrassé d’une partie du gras du premier épisode, il réussit à se distinguer encore un peu de la série Yakuza par ses mécaniques bien sûr, mais aussi par son ton et ses thématiques. Encore un petit effort, et les scénaristes réussiront à renoncer aux scories de la série mère, pour achever de donner à Judgment une identité totalement singulière. Mais encore faut-il qu’un troisième épisode se fasse...

Verdict

8

Points forts

  • Le gameplay enrichi
  • La tonne d’activités annexes
  • Des thématiques pas faciles, et plutôt bien traitées
  • Des thématiques pas faciles, et plutôt bien traitées
  • Les activités d’enquêtes moins rébarbatives
  • Les déplacements en skate, quelle bonne idée !

Points faibles

  • Certains enjeux superflus qui diluent l’intrigue
  • Le gameplay de détective ne casse pas trois pattes à un canard
  • Pas de grosse nouveauté pour les habitués du studio
  • Activités du lycée très inégales
  • Manque de folie dans les combats
  • La modélisation des chats, super flippants

Commentaires

Sur le fond donc, c'est excellent surtout avec la partie maltraitance à l’école inédite.
Par contre dommage pour la partie détective... Déjà pour le premier je m'en plaignais :(
Reste que, lorsque je vais me plonger dedans je suis certain de l'adorer !