Test : Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased His Name (PS, Xbox, PC)

Test réalisé sur Xbox Series X.

Même si l'épilogue de Yakuza 6 laissait une porte entrouverte, après un Yakuza : Like a Dragon qui introduisait un nouveau protagoniste et un nouveau gameplay, on ne pensait plus endosser le costume du Dragon de Dojima. Mais la nature a horreur du vide, et le Ryu Ga Gotoku Studio aussi : il leur fallait absolument éclaircir certaines zones d'ombres de l'aventure de Kasuga Ichiban. Mais était-ce vraiment nécessaire ? Attention, on va spoiler Yakuza 6 (et un peu le 7 aussi).

Dans Yakuza 6, la saga de Kiryu s'achevait de façon douce amère. Kiryu acceptait de ne pas dévoiler les malversation de l'organisation Daidoji en échange d'un service : le faire passer pour mort, afin que son existence même ne soit plus une menace pour son entourage, et notamment pour les enfants de l'orphelinat Sunflower. Pourtant, on a pu le revoir, et même l'affronter, dans Yakuza : Like a Dragon. Pourquoi ? Comment ? N'était-ce pas un peu facile, comme procédé, de faire revenir le héros emblématique de la saga ? En tous cas, cet épisode "Gaiden" a pour objectif de nous raconter le parcours de Kiryu depuis la fin du 6, et surtout comment il en vient à croiser la route de la sympathique bande d'Ijincho.

On retrouve donc un Kiryu loin du monde, cloitré dans un temple, qui accepte de petites missions "d'agent" pour Daidoji, un peu par courtoisie envers l'organisation envers qui il se sent redevable, un peu sous la contrainte. Lors d'une mission d'escorte de cargaison qui aurait du être une formalité, son chaperon, Hanawa, est kidnappé. Kiryu, qui se fait dorénavant appeler Joryu (habile), va essayer de le sauver, et se faisant va être impliqué dans une machination qui, évidemment, va le rappeler à son passé.

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La formule de Like a Dragon Gaiden ne surprendra pas les habitués de la série, qui retrouveront vite leurs marques : on explore la ville (ici, Osaka et son quartier de Sotenbori), on tape sur les bandes de malfrat qui nous cherchent des noises dans la rue, et de temps en temps, entre deux mini-jeux et quêtes annexes, on fait avancer le scénario à renforts de cinématiques et de bagarres. Cela dit, ceux qui soufflent déjà à l'idée de ne pas avoir besoin de toucher à la manette avant deux heures de jeu peuvent se réjouir : le début du jeu nous demande très vite de casser des bouches, et on est très vite libre d'explorer - brièvement - Ijincho, puis Sotenbori. 

Comme son titre l'indique, Like a Dragon Gaiden est un "hors-série", qui n'a pas vocation à vous occuper entre 50 et 80h comme un épisode classique. Comptez une vingtaine d'heures pour le terminer en ayant un peu picoré dans les activités qui s'offrent à vous (et par "picoré" j'entends "passé bien trop de temps sur les mini-jeux alors que vous aviez un test à rendre"). Prbablement dix ou quinze de plus pour estimer avoir fait le tour du jeu. C'est donc bien plus que The Kaito Files, le DLC de Lost Judgment qui était bien trop court pour son prix.

Pour vous faire gagner du temps, les quêtes annexes, courtes ou longues, et la liste de complétion sont centralisées chez Akame : pendant féminin du Fleuriste de Kamurocho, elle apporte son aide aux SDF du quartier, qui forment son réseau d'informateurs. Ce sont donc à ses requêtes que vous devrez accéder. Certaines sont de simples quêtes FedEx, directement indiquées sur la map, d'autres sont plus élaborées et doivent être déclenchées auprès d'Akame. Celles que j'ai pu faire au moment où j'écris ces lignes sont assez moyennes, ni très drôles ni très bien écrites.Toutes rapportent de l'argent et/ou des points qui peuvent être échangés contre des objets dans la boutique de votre planque, ou contre des améliorations de vos aptitudes. C'est un peu déroutant au début, et à vrai dire un peu frustrant de devoir dépenser de l'argent pour ça, car on n'en brasse pas des quantités invraisemblables comme dans Yakuza 0, mais on débloque relativement rapidement un moyen de s'enrichir.

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Désolés Kiryu, mais Takeshi est dans un autre château !

Ce moyen, c'est bien évidemment Le Château, lieu de stupre et de débauche où on peut jouer aux cartes Hanafuda, au Black Jack ou au Poker, draguer des hôtesses (j'y reviendrai) et surtout participer aux matchs du colisée. Leur fonctionnement est classique : on affronte un ou plusieurs adversaires de niveau croissant, afin d'obtenir une récompense. En grimpant les échelons du colisée, et en répondant aux requêtes d'Akame, vous grimperez dans la hiérarchie et débloquerez de nouveaux combats, et de nouvelles zones dans les casinos.

Mais l'aspect vraiment original du colisée de Like a Dragon Gaiden, ce sont les combats en équipe : vous pouvez recruter des combattants pour vous accompagner sur le ring dans des foires d'empoigne à 10 contre 10, voire plus, chacun de vos coéquipiers ayant une affinité (offensive, défensive, ou support par exemple), et une compétence spéciale : certains vont sortir une attaque spéciale, d'autres un sort de soin, etc. Ils sont autonomes une fois dans l'arène, mais il faut malgré tout décider de leur positionnement, en première ou en deuxième ligne, pour exploiter au mieux leurs capacités. Certains sont également insensibles à certains types de dégâts élémentaires, et sont donc à privilégier dans certais combats thématiques. Enfin, à condition d'avoir le choix, car les recruter coûte cher. En les faisant combattre on monte leur niveau de puissance et leur amitié, qui débloque de nouvelles actions. Pour ça, rien de tel qu'un petit cadeau ou une petite tournée de champagne dans le salon des combattants ! 

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Mais le plus beau, c'est qu'on peut incarner n'importe lequel de ces combattants, non seulement en combat de groupe, mais aussi en solo. Evidemment ils sont beaucoup moins polyvalents que Kiryu au combat, mais ça reste sympa de tester de nouveaux styles, et d'incarner des PNJ qu'on a croisés dans la saga au fil du temps. Malheureusement, la difficulté des combats augmente plus vite que l'expérience de nos troupes, on n'échappe donc pas une dose de farming pour les faire progresser.

Kiryu, lui, ne s'est pas tourné les pouces pendant 3 ans, et en plus de son style de combat signature, "Dragon de Dojima", il en maîtrise un nouveau, "Agent" : moins brutal mais plus rapide, il utilise surtout des gadgets pratiques pour gérer les groupes d'ennemis : l'araignée, qui lui permet de lancer des filins pour faire valser les ennemis ou ramasser des objets, la guêpe, une armée de drones aussi bien offensifs que défensifs, la luciole, une cigarette explosive, et le serpent, des chaussures équipées de réacteurs qui permettent de fendre la foule. L'araignée est particulièrement satisfaisante à utiliser, surtout une fois qu'on l'a un peu upgradée, et on apprécie le dynamisme et les chouettes animations du style Agent. Le style Dragon est davantage adapté au 1 contre 1, surtout grâce aux attaques chargées qui nous octroient de l'armor (mais ne nous épargnent pas les dégâts). En revanche, même si on a une poignée de nouvelles Heat Actions, on en retrouve beaucoup issues de Yakuza 6, et il y en a bien moins que dans les épisodes les plus fournis. C'est vraiment dommage car ce sont elles qui font le sel des combats dans Yakuza. Ah, faire manger des clous à un ennemi... J'ai l'impression également que papy Kiryu a un peu plus de mal à faire face aux adversaires, et il est difficile de terminer un combat sans se faire toucher. Les rhumatismes, sans doute.

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Malaise TV

C'est bien beau toute cette violence, mais on sait que vous allez passer 50% du temps à faire tout, sauf faire progresser l'intrigue. Au chapitre des activités extra-scolaires, on retrouve les classiques de Yakuza, et de Sotenbori en particulier, avec le practice de golf, le mahjong, le shogi, les différents jeux d'argent, une Master System avec une douzaine de jeux, et évidemment les salles d'arcade. Avec Sonic the Fighters, Fighting Vipers 2, Virtua Fighter 2, Motor Raid, et l'inédit Sega Racing Classic 2 (aka Daytona USA 2), on a largement de quoi faire, même si ceux qui attendaient Like a Dragon Gaiden pour ce dernier seront désolés d'apprendre qu'il n'est pas disponible dès l'écran-titre. 

Le Pocket Circuit de Yakuza 0 fait un retour en fanfare avec de nouvelles courses et de nouvelles difficultés, comme des zones de la piste enherbées. Le réglage de la voiture est encore plus pointu, et ce même avant d'arriver aux courses Master. 

Enfin, on retrouve évidemment les clubs d'hôtesses. Et là... Vous vous souvenez du léger malaise du vidéo chat de Yakuza 6, atténué seulement par le côté mignon de Kiryu qui tapait ses messages à deux doigts ? Vous sentez toujours un frisson d'angoisse en repensant aux séances photo de Yakuza Kiwami 2 ? Ah ! Voici venu le moment de la FMV en plein écran et en HD avec les hôtesses de Like a Dragon Gaiden, leur décor cheapo-discount (les petites bouteilles de Cristalline sans étiquette me hanteront à jamais), leur regard aveuglé par les lumières du plateau, et leurs robes trop serrées. On sent que chaque comédienne a tourné ses répliques en une après-midi, c'est un peu gênant. Rien de nouveau par contre côté gameplay, on se contente de choisir des sujets de conversation et la bonne réponse pour pécho. 

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La lassitude du Dragon

Mais l'histoire dans tout ça ? Le gros point fort de Like a Dragon Gaiden, c'est sa façon de mettre Kiryu dans une position inhabituelle : victime de sa naïveté, de sa foi en la valeur de la parole donnée, il se retrouve utilisé, menacé, méprisé même par ceux avec qui il pensait avoir passé un marché équitable. On découvre un Kiryu en position de faiblesse, fatigué, résigné par moments, assez loin de la force de la nature qu'on a appris à connaître pendant sept épisodes. C'est un peu ce qui sauve l'histoire de Like a Dragon Gaiden, qui paraît décousue, et franchement peu crédible, pendant la première moitié du jeu : on se fait balader par tout le monde, sans trop savoir pourquoi, et c'est frustrant pour Kiryu comme pour le joueur.

La seconde moitié de l'intrigue rattrape le coup, en poursuivant les thématiques déjà abordées en creux dans les précédents épisodes de Yakuza, et plus frontalement dans Yakuza Like a Dragon, et la fin n'a pas à rougir face à celle des meilleurs épisodes de la saga. Jusqu'à un épilogue qui démontre le talent des scénaristes pour nous cueillir émotionellement dans un jeu où on peut se balader en shorts, tongs et avec un masque à plumes roses. Carton jaune foncé en revanche aux textes en français : si c'est potable la plupart du temps, on a droit quand même à des fautes d'accord, quelques traductions littérales qui semblent tout droit sorties de Google Trad (avec un magnifique "SUIVANT" à la toute fin du jeu, j'imagine à la place de "A SUIVRE"), et un niveau de langage que je soupçonne ne pas être toujours raccord avec les intentions originales. On est loin du travail opéré sur les Judgment.

Techniquement on salue le retour du Dragon Engine, qui nous offre de la 4K HDR sur les consoles récentes. Si je n'arrêterai jamais de me plaindre de la disparition des cinématiques "à l'ancienne", et qui ont trouvé leur apogée dans Yakuza 0, force est de constarer que dans les moment importants, le rendu des visages et des corps impressionne toujours. On ne peut pas en dire autant des dialogues plus courants, dont la mise en scène est toujours aussi statique, qui ne sont pas intégralement doublés, et où la modélisation des personnages commence un peu à dater. Paradoxalement, le modèle de Kiryu accuse un peu son âge face à ceux des nouveaux personnages de ce titre, qui sont excellement modélisés et semblent même parfois plus expressifs que leurs modèles en chair et en os ! En ce qui concerne les décors, rien de neuf, on commence à bien connaître Sotenbori depuis tout ce temps : le niveau de détail commence à être un peiu décevant pour la génération actuelle, mais au moins le jeu tourne à un solide 60FPS sur Xbox Series X et PS5. C'est la moindre des choses.

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Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased his Name n'a pas la substance d'un épisode classique, et évidemment on regrette de retourner dans des lieux déjà connus. Mais même s'il n'est pas indispensable à la compréhension du lore de la série, il apporte son lot de personnages charismatiques, d'idées intéressantes dans ses combats, et enrichit le personnage de Kiryu, tout en n'étant pas avare de contenu. On attend cependant un meilleur niveau de finition pour Like a Dragon Infinite Wealth, surtout en ce qui concerne la VF, d'autant plus que lui aura droit à une version physique en occident...

Verdict

7

Points forts

  • Contenu très correct pour un épisode annexe
  • Très bon traitement des personnages
  • Le style de combat Agent apporte du neuf
  • Le Colisée est rigolo
  • Daytona USA 2, enfin !

Points faibles

  • Aucun nouveau lieu à explorer
  • Une histoire qui a du mal à trouver son rythme
  • La traduction française médiocre
  • Les hôtesses en FMV explosent le compteur de cringe
  • Les substories pas ouf
  • Pas d'édition physique chez nous
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Windows 6.0 1

Commentaires

Même pas, il faut commander une version Asia ou japonaise, en profitant du cours du yen. Ça fait la version physique à 50€ fdpin environ.