Test : Aa Harimanada (Mega Drive)
Sport
Véritable emblème national et garant d’une culture millénaire, le sumo est indissociable du Japon. Ce sport qui a plus de 1500 ans est certainement l’une des raisons qui me font tant aimer le pays du soleil levant. Il représente toute l’histoire de ce peuple, de ses traditions, de l’importance de l’honneur et du respect de son adversaire, le tout dans un monde pourtant à la pointe de la modernité. J’ai eu la chance d’assister à un combat de sumo lors de mon voyage à Tokyo et on ne peut que rester humble devant cette démonstration de force. Pour ceux qui ne connaissent pas vraiment ce sport mais surtout tout ce qui l’entoure, je vous conseille la superbe série Netflix : Sanctuary.
Pour en revenir aux jeux vidéos, j’ai eu la surprise de découvrir dernièrement le titre Mega Drive, Aa Harimanada, un jeu de sumo. Je dois admettre que mon premier réflexe a été de me dire qu’on allait avoir un jeu plutôt lent, et certainement abscons comme pouvait l’être Budokan sur le même support. Eh bien quelle n’a pas été ma surprise en lançant ce jeu développé par Sega en personne !!!
Nous sommes en 1993, Sega acquiert les droits du manga éponyme datant de 1991. Ils travaillent donc sur l’adaptation de cette histoire pour nous sortir au préalable un premier jeu sur Game Gear en juillet 1993, avant de voir l’opus Mega Drive sortir en Septembre de la même année. Chose surprenante, le jeu Aa Harimanada sort également sur Gameboy en août 1993, cette fois ci confié à un développeur indépendant, ASK Kodancha, boîte très peu connue qui a édité moins d’une quinzaine de jeux sur différents supports. J’imagine que ça aurait fait bizarre de voir le logo SEGA sur GameBoy…
Aa Harimanada n’existe qu’en version japonaise et ne sera donc jamais adapté sur d’autres continents. La jaquette du jeu est vraiment belle, reprenant les illustrations du manga, ou de l’animé. A noter que la boîte Gamegear a un design très proche de celui de la version 16 bits.
Le défi de toute une vie
Harimanada parvient à devenir un Yokozuna (plus haut rang chez les sumotori), mais ça ne lui suffit pas. Il veut devenir un guerrier légendaire. Avec son caractère bien trempé et ne respectant pas toujours toutes les traditions ou règles de ce sport, il lance un défi à l’ensemble des combattants du Japon. Il va enchaîner 70 combats et si un seul de ses adversaires parvient à le battre, il prendra sa retraite, le meilleur sumotori ayant réussi à vaincre 69 combattants. C’est un peu le pitch du manga qui est repris ici dans le jeu, en espérant ne pas dire de bêtise, le jeu étant totalement en japonais et n’ayant jamais eu l’occasion d’en voir ou lire une traduction que ce soit en animé ou manga.
D’après ce que j’ai pu en lire sur le net, le jeu s'en éloigne toutefois sur de nombreux aspects, occultant plusieurs personnages emblématiques et quelques intrigues, mais le principal y est.
Tout au long de l’aventure qui vous attend sur Mega Drive, des cutscenes avec des illustrations, dialogues en japonais, et quelques plans animés illustreront les combats, mais surtout chacun des chapitres.
Une fois la cartouche insérée, on a le droit à une petite animation montrant la prise de position de combat d’un sumo ainsi que le visage de notre héros. Vous aurez accès à un mode histoire, un mode versus et diverses options de jeu permettant de paramétrer la difficulté des combats, les touches ou avoir accès au sound test.
Chose importante à noter dès le départ, le mode Facile ne donne pas accès à la totalité du jeu et des 70 combats (donc pas la vraie fin du jeu), le mode Normal permet d’avoir la fin standard, et le mode Difficile offre une fin complète avec quelques illustrations complémentaires.
Des mots de passe vous permettront de reprendre votre progression à chaque chapitre.
Du sumo mais pas que …
Aa Harimanada n’est pas une simulation de sumo, comme on aurait pu le craindre (ou le souhaiter selon le point de vue que l’on adopte et si on est un véritable puriste de cette discipline), mais va bien au-delà des techniques traditionnelles de ce sport. Tiré d’un manga, le jeu apporte comme son homologue son lot de « fantaisie » et je pense que c’est une excellente idée. Je repense à Budokan et son maniement assez austère, ses combats un peu âpres qui pouvaient enlever ce qui importe le plus dans une production de jeu vidéo : le fun.
Pour les non initiés, le combat de sumo consiste à opposer deux adversaires dans une « arène ». Le vainqueur est celui qui parvient à faire chuter l’autre ou à l’éjecter en dehors de cette arène de combat. Pour cela, les combattants peuvent attraper leur adversaire et tenter de le pousser ou de le faire basculer, ou encore le frapper avec la paume des mains. Pas de coups de poings ou de coups de pieds, etc. C’est un pur combat de force brute.
Ici vous aurez bien entendu à disposition les techniques traditionnelles de ce sport, avec l’usage du bouton A pour donner des coups de paume rapide, le bouton B pour donner des claques fortes, et le C pour attraper son adversaire par la ceinture et tenter des mouvements de corps à corps. Quand vous êtes dans cette position de ceinturage, vous pourrez le pousser en pressant vers la droite, ou reculer en allant à gauche. Frapper un coup rapide vous permet de tenter de vous dégager de son emprise. Ensuite vous pouvez également faire des quarts de cercle avant ou arrière avec A ou B. On voit notre combattant pivoter sur son axe d’appui et tenter de déséquilibrer l’adversaire. Votre réussite dépendra de votre rapidité et de votre acharnement à tenter cette technique.
Comme dit plus haut, le jeu va beaucoup plus loin. Les développeurs ont très largement étoffé ce gameplay pour le rendre extrêmement complet sans toutefois aller trop loin dans le détournement de ce sport millénaire. Vous aurez ainsi une jauge de vie qui, si elle est vide, mettra l'adversaire KO et vous fera remporter le match.
Au menu : avec des quarts de cercle ou demi cercle, vous aurez accès à des claques enflammées qui déstabilisent immédiatement l’autre combattant. Vous pourrez sauter (oui oui, vous avez bien lu, votre sumotori peut sauter) et ainsi mettre des grands coups de gifle dans les airs, vous pourrez faire des balayettes, mettre des coups de tête, et même faire des dash en appuyant 2 fois vers avant.
Le détail du gameplay va plus loin en prenant en compte les éventuels mouvements de votre adversaire. Exemple, si vous frappez avec un coup rapide et si lui anticipe votre mouvement et réalise donc le même coup, il stoppe votre attaque et c’est vous qui recevez la gifle. Idem quand vous le faites en sautant.
Il serait trop long de décrire tout le système de combat mais je l’ai trouvé très complet à ma grande surprise et plein de subtilités. Je pourrais également citer le fait que vos coups ou vos choppes seront plus ou moins faciles à placer si vous affrontez un adversaire beaucoup plus imposant que vous, vu qu’ils n’ont pas le même poids…
Seul bémol malgré tout à noter, mais c’est certainement dû à mes courtes sessions de jeu et à mon manque de maîtrise des jeux de combat en général. Je dois bien admettre que placer toutes ces techniques disponibles n’est pas toujours aisé et que pour voir le bout du jeu j’ai dû ruser en utilisant souvent la même technique de déstabilisation.
Quelques mots rapides sur le mode Versus dans lequel on peut affronter son meilleur ami. Dans celui-ci vous aurez accès à 15 lutteurs à la corpulence différente. Pour le reste, ils ont tous les mêmes techniques ou le même gameplay. Malgré tout, comme évoqué plus haut, il semble que suivant la corpulence de votre sumotori, certains coups soient plus ou moins faciles à placer. Un souci du détail très intéressant mais que je n’ai malheureusement pas pu tester avec pertinence, n’ayant que très peu eu l’occasion d’y jouer en multi durant ma session de test.
Une réalisation soignée qui desserre pourtant l’engouement autour du jeu
Vous allez me dire quel est le rapport entre la réalisation de ce titre et le fait que cela puisse ternir l’expérience de jeu ? Eh bien vous allez comprendre, c’est finalement assez simple.
Reprenons le pitch du scénario : affronter 70 combattants pour devenir un Yokuzuna légendaire. Vous allez donc devoir réellement faire 70 combats dans le jeu, ce qui est énorme si on le met en perspective avec les jeux de versus conventionnels. A ce titre, il faut donc pouvoir susciter l’engouement du joueur et savoir le retenir tout au long de l’aventure.
Comme vous pourrez le constater sur les différents screens du jeu ou si vous allez voir des vidéos de gameplay, Aa Harimanada est extrêmement soigné. Les personnages sont détaillés, leurs animations fluides, les sprites de bonne taille et l’ensemble fourmille de détails.
Entre les chapitres vous aurez des cutscènes scénaristiques réussies. Non, visuellement, rien à dire, c’est un très beau jeu Mega Drive.
Niveau sonore, c’est encore mieux avec une bande son signée Hirofumi Murasaki qui n’est autre que le compositeur des musiques de Shinobi III, Dragon Force ou Clockwork Knight pour ne citer qu’eux. On aura même le droit à des voix digitalisées régulières, même si pour le coup, elles grésillent un peu trop à mon goût…
Alors qu’est ce qui pêche techniquement ? Eh bien deux choses essentielles. La première c’est que tous les combats du jeu (donc les 70) se font tous dans le même décor. Il n’y a aucune différence, c’est le même public (en plus complètement statique malgré le détail apporté à l’environnement), la même arène, bref, exactement le même lieu. Pourquoi ne pas avoir proposé différents environnements à chaque chapitre par exemple ?
A cela il faut ajouter le peu de différences notables entre les sumotoris. En gros vous aurez 3 morphologies différentes (poids « léger », poids moyen et poids lourds), quelques visages différents et surtout des ceintures qui changent de couleur. Du coup on a l’impression d’affronter les mêmes adversaires en boucle dans la même arène à l’infini…
Si on ajoute à cela une IA des adversaires qui n’évolue que très peu (cela devient plus difficile sur les 2 derniers chapitres et le dernier boss se montre particulièrement coriace, mais bon…), ça ne fait que nous donner la sensation de tourner en rond avec comme unique véritable changement l’avancée du scénario entre les chapitres…
Ils auraient pu mettre des « boss » en fin de chapitre avec un design totalement différent, portant des masques ou autres (comme le dernier boss d’ailleurs) histoire d’apporter un peu d’air frais, mais non.
On finit donc sur une conclusion assez mitigée sur ce Aa Harimanada. Ce jeu de Sega nous offre un très bel emballage avec des personnages vraiment bien dessinés, des animations fluides et cohérentes, un gameplay bien plus profond qu’on aurait pu l’imaginer, un mode histoire avec des cutscènes du manga, une bande son excellente, des fins alternatives et un mode Versus entre ami. Tout était réuni pour en faire un superbe jeu de combat.
Malgré tout, cette belle expérience est gâchée par un côté trop répétitif de ces 70 combats dans un seul et même décor et trop peu de sumotoris différents. Il faudra une certaine dose de persévérance et de patience pour en apprécier tout le gameplay, une courte session de jeu pouvant se montrer déconcertante. Cela reste un titre très original, les jeux de sumo n’étant pas légion, qui mérite vraiment votre curiosité.
Verdict
Points forts
- Gameplay complet et varié
- Animations travaillées
- Visuellement très propre et des cutscènes sympa
- Des musiques de qualité par le compositeur de Shinobi III
- Un mode versus à 2 joueurs
- Différentes fins selon le niveau de difficulté
Points faibles
- Un seul décor unique pour tout le jeu
- 70 combats, c'est long, très long, trop long...
- Manque de diversité dans les sprites des sumotori
- Des voix grésillantes