Test : Wachenroder (Saturn)

C'est en fin de vie que la Saturn accueille un nouveau Tactical-RPG intitulé Wachenröder, genre particulièrement bien représenté sur cette machine. Décidément incapable de s'arrêter, Sega nous livre là un jeu à l'ambiance unique, au ton extrêmement pessimiste, le tout dans un univers trop peu représenté dans le monde des jeux-vidéo : un univers steam punk. Assez proche de Shining Force III dans sa représentation des batailles, Wachenr?der propose au joueur de contrôler un petite équipe de personnages dans des batailles intégralement en 3D à l'aspect tactique très approfondi, tout en conservant une accessibilité exemplaire. Un bon point pour les joueurs ne comprenant pas le japonais

Un RPG à la fibre artistique

C'est bien là la première chose qui interpelle le joueur. Dès l'allumage de la console, c'est un écran titre constitué d'engrenages et de mécanismes à vapeur qui accueille le joueur. Après quelques secondes à patienter, une scène cinématique situant parfaitement le jeu démarre. On y découvre des bâtiments gigantesques, des étendues désertiques. Wachenröder (qui veut dire en allemand : Gardes et Tueur ) possède un univers steam punk, que l'on peut considérer comme un sous type du plus connu cyber punk. Cet univers steam punk représente un monde dans un avenir "à vapeur". On y découvre que les Hommes y vivent dans la misère et la pauvreté. C'est un univers où presque tout est mécanique. Lucian Taylor, le héros du jeu, est un orphelin. Il habite avec sa soeur qui malheureusement mourra dès le début du jeu d'une maladie incurable. Suite à ce décès, le jeune Lucian rencontrera Carrol Mew, qu'il assimilera à sa soeur, cette dernière lui ressemblant physiquement. C'est à la sortie d'un bar qu'il la sortira du pétrin, tandis que des gardes s'apprêtent à l'arrêter.

Simple mais efficace

C'est ainsi que l'on caractérisera le système de combat. Ce dernier est en effet assez riche, innovant et simple d'accès pour que l'on soit captivé à chaque bataille. La progression se fait par tour : tout d'abord le joueur déplace tous ses personnages dans l'ordre voulu, puis la console déplace les siens. Chaque personnage démarre avec un capital de points d'action de 99, chaque action dépensant des points. Ainsi certains personnages utilisent davantage de points pour faire un pas que d'autres. Le personnage peut bien évidemment attaquer, ou encore effectuer une super attaque. Enfin les personnages féminins peuvent soigner. Le système d'attaque s'avère être assez original : tous les personnages utilisent des armes mécaniques, susceptibles de chauffer. Le joueur doit donc décider de l'attaque à effectuer, soit une attaque chargée de niveau 5, qui engendrera des dégâts très importants mais parallèlement une montée en température très rapide, soit une attaque plus faible. Le choix s'effectue à l'aide d'une jauge à aiguille que l'on charge avec les flèches. Inutile de préciser que les armes peuvent passer en surchauffe, les rendant inutilisables temporairement. Parmi les actions supplémentaires, on notera la possibilité d'activer des interrupteurs ou encore d'utiliser des objets.

On distinguera en plus de cela trois types d'armes : les armes de type "Sword" adaptées au corps à corps uniquement, les armes de longue portée appelées "Bow" et enfin les armes de type "Gun" permettant de toucher un ennemi à distance en ligne droite, à condition que personne ne soit sur la trajectoire. Là encore le jeu fait dans le simple mais efficace : le joueur ne peut pas changer d'arme, et d'ailleurs à aucun moment on en trouve. L'inventaire se limite à trois emplacements par personnage. On peut y associer des objets, chacun étant situé à un emplacement particulier (main, tête, pieds...), d'où l'impossibilité d'équiper deux objets sur le même emplacement.

Les batailles se déroulent sur des cartes en 3D qui rappellent fortement Shining Force III dans leur construction, en beaucoup plus petit cependant. En effet, Wachenröder donne davantage l'impression de contrôler un petit commando d'environ 6 à 8 personnages que des grandes armées. Les ennemis sont eux aussi en nombre assez limité dans la plupart des cas. Le positionnement a un rôle primordial durant une attaque, puisqu'un personnage en hauteur ou sur le côté, voire dans le dos, sera très avantagé par rapport à sa cible. Il est d'ailleurs bon de constater que les développeurs ont utilisé cet aspect afin de corser la difficulté du jeu. Ainsi le joueur se retrouvera fréquemment en train de grimper en haut d'escaliers ou d'une colline, les ennemis l'attendant de pied ferme. Enfin les batailles sont variées grâce à de multiples objectifs de victoire (atteindre un point, détruire tous les ennemis...).

La progression du jeu est elle relativement linéaire. Le joueur n'intervient que lors des combats. Le reste du temps, il est baladé d'un lieu à un autre et assiste à de multiples scènes de discussions, des passages ou la charmante narratrice vient résumer ce qu'il s'est passé, ainsi qu'à de magnifiques cinématiques de présentation des divers lieux.

Une production imposante

Les moyens mis en oeuvre par Sega pour développer Wachenr?der laissent comprendre que le jeu n'a pas été pris à la légère. Il est d'ailleurs l'un des seuls jeux sur Saturn à proposer des cinématiques aussi impressionnantes. En plein écran, sans l'ombre de ne serait ce qu'une seule pixellisation, Wacheröder impose le respect, et peut tenir la comparaison sans problème avec les jeux Square de l'époque. Mais au-delà des cinématiques, c'est tout un univers qui a été entièrement conçu. Les artworks qui parsèment le jeu sont absolument magnifiques. Le tout est accompagné d'un doublage absolument irréprochable.

Mais ce qui marque le plus, ce sont les musiques. Ces dernières atteignent un niveau de qualité probablement inégalé sur Saturn. Les compositions sont toutes plus belles les unes que les autres, et collent à l'esprit du jeu d'une manière presque inespérée. Entre morceaux rythmés avec un peu de guitare électrique, et morceaux calmes relativement proche du jazz, Wachenröder est un jeu qui s'apprécie avant tout musicalement. Les bruitages sont également bons, en particulier les bruits de moteur des armes.

Du côté des personnages, Wachenröder fait également dans le surprenant et l'original. Les deux héros sont relativement peu étonnant, comparés aux autres protagonistes. Assez tôt dans le jeu, le joueur sera amené à jouer avec des forains, qu'il faudra d'ailleurs délivrer de leur prison. Au nombre de quatre, ces derniers ont au moins le mérite de redéfinir les normes de l'originalité dans un RPG : un gros moustachu sur un énorme cylindre, un lanceur de couteau efféminé, une petite fille déguisée en chat ou encore une archère : les personnages sont très hétéroclites. Par la suite, des personnages surpuissants nommés les Meisters rejoignent l'équipe, ou encore une petite troupe de prisonniers comprenant une brute avec un casque étrange et un mécanicien.

Seulement tout n'est pas parfait en Wachenröder. Il a beau assumer une dimension artistique incroyable, Wachenröder pèche par la qualité médiocre de sa 3D. Globalement inférieure à Shining Force III, elle fait particulièrement défaut lors des scènes caractérisant les attaques spéciales. Ces dernières montrent les personnages dans une 3D tout juste passable, avec des décors qui sont la plupart du temps relativement laids. De plus, ces attaques spéciales sont molles et paraissent même un tantinet ridicules, à l'exception de celles de Lucian et de Caroll. Il reste la possibilité de les couper dans les options

Il ressort de Wachenröder un jeu à la saveur particulière. On se laisse bercer par sa dimension artistique parfaitement maîtrisée, on apprécie chaque seconde de musique qui passe, on est subjugué par son univers si particulier. Peu de jeux possèdent une identité aussi forte. Il s'agit typiquement du genre d'univers qui peut se prêter à de multiples styles de jeu, tout comme Panzer Dragoon sait être un formidable shoot'em up, et un sublime RPG. Wachenröder est donc un excellent Tactical-RPG, à la réalisation presque irréprochable, et terriblement efficace dans ses batailles. Il est de plus parfaitement jouable même pour les personnes ne connaissant pas le japonais. Quel dommage qu'il soit passé aussi inaperçu à l'époque de sa sortie.

Verdict

8

Points forts

  • Réalisation époustouflante
  • Dimension artistique
  • Bande-Son
  • Gameplay

Points faibles

  • Scènes de combat bâclées
  • Certaines batailles manquent d'envergure
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Saturn 9.0 1

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