Test : Double Dragon II : The Revenge (Mega Drive)
Beat'em up
Après un succès mondial pour la borne d’arcade Double Dragon, ayant démocratisé le style beat them all, Technos réalise une suite moins d’un an après en 1988, intitulée sobrement Double Dragon II. Ce tout nouvel opus ne marquera pas les esprits notamment à cause de gros soucis de framerate (mais nous y reviendrons dans le test ci-dessous), laissant son aîné garder toute la lumière sur cette saga devenu culte.
Il faudra attendre 1991 pour avoir une conversion de ce Double Dragon II sur Mega Drive avec le sous-titre « The Revenge ». Pour la petite anecdote, ce deuxième volet est sorti un an avant la conversion arcade de Double Dragon premier du nom. Tout le détail sur la chronologie de cette saga sur la 16-bits de sega est expliqué sur l’excellent test présent sur votre site préféré…
C’est donc le studio Palsoft qui se charge de cette conversion. Ce studio est certainement inconnu de la grande majorité des joueurs Mega Drive, et pour cause… Cette petite équipe n’a existé que de 1991 à 1992 pour uniquement trois jeux : deux conversions de Technos (dont Double Dragon II et le jeu Undead Line, ) et un jeu sur Super Famicom. A noter que Double Dragon II Mega Drive n’existe qu’en version japonaise.
La disparition de ce studio de développement après la sortie de Double Dragon II sur la 16 bits de Sega est-elle le signe d’un jeu catastrophique ?

La famille Lee repart en guerre
Souvenez vous. Dans le premier épisode, Mariam, petite amie de Billy Lee, était kidnappée par le boss d’un gang new-yorkais pour une raison qui nous reste inconnue. Billy et son frère Jim se lançaient donc à sa rescousse et le jeu se terminait en happy end avec une dulcinée sauvée et un baiser fougueux.
Nous avions toutefois soulevé ce mystère du scénario où on pouvait finir Double Dragon avec Jim (le frère) et tout de même embrasser la fiancée de Billy avec cette phrase de conclusion « et ils vécurent heureux ». Le kidnapping de Mariam était-il un coup monté de Jim pour lui dérober sa fiancée ? Ou encore plus diabolique, Mariam a-t-elle planifié son enlèvement pour mettre au défi les deux frères et savoir qui était le plus fort pour mériter sa main ???
Autant de questions qui auront peut être une réponse dans cette suite tant attendue par les fans de ce beat them all qui a marqué toute une génération.
Le jeu débute un peu comme Double Dragon. Mariam se trouve devant un bâtiment et là surgit le chef de gang du premier opus, avec une tête un peu gonflée, laissant penser qu’il revient après sa dérouillée du combat précédent. Il approche avec ses sbires, mais cette fois, il tire dans le tas et tue volontairement Mariam, rien que ça !!! Billy Lee sort alors du bâtiment et se lance dans une véritable vengeance froide : retrouver le chef du gang et en finir une fois pour toute. Le sous titre « The Revenge » prend alors tout son sens.
Vous allez alors me dire « mais alors le mystère du kidnapping du 1er opus restera non résolu ??? ». Eh bien je vous donnerai ma théorie en fin de test car la fin du jeu nous révèle encore quelques surprises et des questions soulevant certaines hypothèses amusantes…
D’ailleurs, si vous regardez bien la jaquette du jeu, que je trouve magnifique soit dit en passant, vous constaterez la présence de Billy Lee qui tient sa dulcinée tel un sauveur. Pourtant, elle meurt dès l’introduction du jeu. A-t-elle survécu finalement ? Je sais… c’est tiré par les cheveux mais j’avoue que ça m’amuse toujours un peu de soulever les quelques contradictions qu’on peut observer et que les développeurs n’ont certainement pas imaginé ou réalisé.

Comment tout gâcher avec une seule mauvaise idée...
Après avoir parcouru le menu qui vous permet d’ajouter des vies, choisir le niveau de difficulté et écouter le sound test, vous pouvez vous lancer dans l’aventure en solo ou à deux joueurs.
Double Dragon II ne révolutionne pas la formule du premier opus, si ce n’est dans le level design des niveaux qui offre un peu plus de verticalité. Il vous arrivera souvent de monter ou descendre des échelles, prendre un ascenseur, devoir sauter sur des palettes, ou prendre des tapis roulants. Au nombre de quatre mais longs et découpés en « missions », les niveaux sont ainsi plus diversifiés et on ne peut que saluer cet effort. Vous allez traverser un héliport, une ferme, des falaises, une base ennemie et le palais du gang.
Nous sommes toujours en présence d’un beat them all à scrolling horizontal dans lequel vous devrez vous frayer un chemin à coups de poings et de pieds, attraper quelques armes au sol (qui seront malheureusement les mêmes que dans Double Dragon 1 à part une pelle), et pour la première fois devoir affronter en fin de niveau un boss, en plus d’avoir des ennemis bien plus diversifiés que dans le 1er opus. Ennemi forcément plus costaud que les autres, cet ajout est pour moi une excellente idée.
Vous allez donc me dire, mais quelle est cette idée saugrenue qui pourrait faire de Double Dragon II un jeu moins bon que son aîné ?
Souvenez vous. Dans Double Dragon, il y avait une toute petite subtilité pour les coups de pieds sautés. En effet, il fallait appuyer sur le bon bouton après celui du saut pour vraiment frapper. En clair, si vous sautiez vers la droite, il fallait appuyer sur C (bouton à droite), et si vous sautiez vers la gauche il fallait appuyer sur A (bouton à gauche), ce qui engendrait de fait régulièrement des erreurs de bouton. Votre perso se contentait en cas d’erreur, de sauter sans frapper, vous laissant à la merci de vos adversaires… Eh bien pour une raison que je n’arrive pas à saisir encore aujourd’hui, les développeurs ont pensé que ce système de coup « directionnel » était une bonne idée. Ils l’ont adapté à l’ensemble du gameplay.
En gros, chaque coup que vous portez ira dans la direction des boutons. Si vous voulez frapper à droite, c’est avec le bouton C, si c’est à gauche ce sera avec le Bouton A. Le souci, c’est que lorsqu’on est pris dans le feu de l’action, il arrive fréquemment de vouloir frapper à droite mais de se tromper de bouton. Du coup, vous frappez dans le vide en arrière… Sincèrement si les développeurs avaient joué à leur jeu avant, je suis certain qu’ils auraient compris que ce gameplay, dans un beat them all qui se veut nerveux, était contre productif. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis planté dans les boutons et où j’ai perdu une vie bêtement, surtout quand j'était encerclé d’ennemis. Un vrai bordel…
Ajoutez à cela l'ajout d'un coup de pied sauté rotatif (qui s’actionne en restant appuyé sur le bouton de coup après avoir sauté), et la suppression du coup de tête bien utile. Il est devenu aussi plus difficile de balancer ses ennemis quand on les a attrapé.
Vous remarquerez qu’aucun autre beat them all à ma connaissance n’a repris ce gameplay étrange, preuve pour moi qu’il n’était pas pertinent.
Quoiqu'il en soit, si je suis un peu sévère sur ce gameplay, c'est qu'à titre personnel il ne m'a pas du tout convaincu, pire encore, m'a limite donné envie d'arrêter ma partie en cours de route. Toutefois après de très nombreuses heures, on fini par s'y faire (comme tout, vous allez me dire), et que certains d'entre vous trouverons au contraire cette façon de jouer plus technique, et donc plus fun. Chacun se fera son opinion, la mienne est assez tranchée malheureusement.

Une adaptation fidèle de l’arcade ?
Une fois l’aspect purement jouabilité abordé, il convient de savoir si ce Double Dragon II Mega Drive est fidèle au jeu d’arcade dont il est issu.
La réponse est assez mitigée.
D’un point de vue structure pure, le jeu Mega Drive comporte tous les niveaux du jeu original avec quelques différences minimes, quelques passages ajoutés sur 16 bits, ou supprimés. Rien d’important, comme par exemple un embranchement avec des combats sur plusieurs tapis roulant apparaît sur Mega Drive, et un autre embranchement disparaît.
Concernant la bande son, la version 16 bits est plutôt satisfaisante avec quelques musiques bien sympa. J’ai peut être une préférence pour les thèmes du premier opus, mais sincèrement, on ne peut nier le travail réalisé.
Il reste donc l’aspect purement technique et visuel à aborder.
Palsoft, petit studio avec peu d’expérience, délivre ici un jeu qui reste assez fidèle à l’arcade mais ils ont du clairement faire un tas de concessions qui sautent aux yeux rapidement.
Prenons déjà le jeu d’arcade. Ce dernier avait été vivement critiqué pour ses ralentissements très fréquents mais surtout très violents. Le gameplay s’en ressentait très fortement pour en devenir souvent injouable. L’explication pour moi était assez simple. Double Dragon, avec une animation assez lente, avait des personnages qui bougeaient tranquillement. Les décors, bien que jolis, n’offraient aucune animation particulière. Pour le deuxième opus, les développeurs ont souhaité offrir quelque chose de plus vivant. L’animation a donc été largement boostée et ils ont implanté dans le décor des tas d’éléments animés. On croise régulièrement des hélicoptères avec les hélices qui tournent, des animaux qui bougent en fond d’écran, des portes qui s’ouvrent et des ennemis qui surgissent. C’est précisément dans ces moments-là que le jeu rame énormément.
Sur Mega Drive, le jeu ne présente pas ses énormes ralentissements et c’est un vrai soulagement. Malgré tout, le jeu megadrive est loin d'être parfait au niveau du framerate avec des chutes fréquentes, bien que rapidement atténuées. On sent que le jeu souffre souvent, mais pas au point de rendre le jeu injouable comme en arcade, ou nous donner l'envie de balancer la manette à travers la pièce.
Je pense que ce "gain" de fluidité s'est toutefois fait au prix de la disparition de la quasi totalité des éléments du décor qui apportaient un peu de vie et d’animation. Idem pour les détails des personnages qui sont clairement moins nombreux, ou les couleurs un peu plus fades. Je ne dirais pas qu’on est face à un jeu 8 bits, l’épisode NES étant largement moins abouti visuellement, mais on est quand pas au niveau ce que de Double Dragon 1 sur Mega Drive propose.
Enfin, vous constaterez aussi la disparition de la grande majorité des voix digitalisées de la version arcade, qui n’étaient déjà pas nombreuses...

Le mystère s'épaissit
Il nous reste maintenant à aborder le grand mystère du scénario de Double Dragon… Car oui, ce deuxième opus va nous poser plus de questions qu’il va en résoudre. Partie spoil donc ne lisez pas ce qui suit si vous ne voulez pas connaître le dernier boss de Double Dragon II.
Après avoir battu le chef de gang qui a tué Mariam, il se passe une chose incroyable. D’un coup, l’ombre de Billy prend vie et vous allez devoir affronter votre double tout de violet vêtu. Mais que veut dire un tel événement ? Billy, après avoir tué le chef de gang, est-il confronté à ses propres démons et se rend-il compte qu’il est responsable de la mort de sa dulcinée ? Son ombre démoniaque est-elle l’image de son frère qui lui-même serait peut-être à l’origine du kidnapping?
Autre fait troublant, pourquoi après avoir battu notre ombre, le jeu se termine avec un screen montrant Billy aux côtés de Mariam et à sa gauche celui qu’on pourrait penser être Jim (le frère) mais pourtant portant une veste violette comme la couleur de notre ombre ? Et surtout, pourquoi pleure-t-elle dans cette image ? A-t-elle compris sur la fin qu’elle avait été flouée ? Enfin, pourquoi ce dernier screenshot étrange a disparu de la version Mega Drive et n’apparaît qu’à la fin du jeu arcade ?
Autant de questions qui trouveront peut être une réponse dans Double Dragon III. Suite au prochain épisode...

Déjà en arcade, Double Dragon II n’avait pas convaincu la majorité des joueurs et c’est bien son aîné qui est resté dans les mémoires. Ses principaux défauts étaient des ralentissements énormes à des passages clés du jeu, et un gameplay que je trouve pénible.
Si le framerate toussotant est bien plus convaincant sur Mega Drive qu'en arcade, la réalisation technique en a malheureusement souffert avec la disparition des éléments de décors animés, des pertes de détails générales et l’impression d’avoir un titre visuellement très en-dessous de la concurrence. Le défaut principal reste cette jouabilité étrange où les coups sont directionnels (en fonction des boutons) et non de l’orientation de notre personnage à l’écran, entraînant souvent des cafouillages et un agacement prévisible.
Une fois qu’on a dit cela, Double Dragon II reste un beat them all moyen mais pas mauvais dès qu’on a assimilé le gameplay. Il offre des ennemis bien plus diversifiés que le premier jeu, des boss, et des niveaux avec un peu plus de verticalité, ainsi qu'une bande son plutôt réussie.
Verdict
Points forts
- Jouable à 2
- Plus de diversité des ennemis que dans le 1er opus
- Des boss
- Plus de verticalité dans les niveaux
- Bande-son plutôt sympa
Points faibles
- Des chutes de framerate fréquentes (mais beaucoup moins qu'en arcade)
- Visuellement très en dessous de la borne d'arcade
- Le gameplay général avec ce système de coups directionnels
- Difficile de s'extraire des ennemis quand ils vous frappent
- Peu d'évolutions finalement par rapport à Double Dragon 1