Entretien avec le SEGA Senior PR Manager Europe (Mobile)

Nous avons eu l'occasion d'interroger le nouveau SEGA Senior PR Manager Europe (Mobile). Nous partageons avec vous cette petite session de questions / réponses.

Ce poste chez SEGA Europe est tenu depuis quelques mois par Franck Sébastien, qui était connu pour être le Senior PR Manager de Sega en France … quand ce bureau existait encore dans l'Hexagone. C'était pour rappel encore le cas jusqu'à la mi-2012 avant la grosse restructuration de SEGA Europe. La firme a centralisé depuis tous ses services à Londres. Vu que les rédacteurs de sega-mag (dont moi-même) l'ont croisé à de nombreuses reprises ces dernières années, le contact a été facile à établir. Comme vous allez le découvrir, cet entretien est surtout focalisé sur son nouveau métier au sein de SEGA Europe Mobile, mais pas seulement.

Bonjour Franck, tu as arrêté l'aventure SEGA France à l'été 2012, suite à la fermeture du bureau parisien. Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel jusqu'à aujourd'hui ? Tu es passé par GREE, n'est-ce-pas ? Comment te retrouves-tu chez Sega Europe, plus d'un an après ?

La façon dont tout cela s'est enchainé illustre assez bien comme l'industrie du jeu vidéo est en mouvement depuis quelques années. Mon contrat chez SEGA France s'est officiellement arrêté le 26 juin 2012. Deux jours plus tard je recevais une proposition de GREE, avec qui je discutais déjà depuis quelques semaines, afin d'intégrer leur bureau Européen qui ouvrait à Londres. Je n'avais jamais sérieusement envisagé de travailler en Angleterre, mais pourquoi pas: après 15 années passées dans l'industrie du jeu vidéo en France dont 9 chez SEGA, un peu de changement n'était pas de refus. Fin juillet j'ai donc posé deux valises sur le sol Londonien et ai pris position chez GREE. Se concentrer sur les jeux mobiles peut peut-être paraitre un choix surprenant pour certains (de moins en moins sans doute), mais il faut comprendre comme il est intéressant d'intégrer un secteur qui n'en est encore qu'à ses débuts et où tout évolue à une vitesse incroyable ! La preuve: au cours de l'été suivant GREE a fermé son bureau Européen et j'ai donc de nouveau été libre d'aller voir ailleurs si l'herbe était plus bleue. Pendant quelques trop courts mois j'en ai profité pour me reposer et vaquer à diverses occupations, partagé entre l'Angleterre et la France. C'est début septembre que j'ai reçu un appel d'un de mes contacts chez SEGA Europe. Je n'avais pas imaginé un éventuel retour chez SEGA mais je ne vais pas le cacher, l'idée a immédiatement été séduisante, surtout lorsqu'il m'a été précisé que cela concernait la division mobile ! Nous nous sommes rencontrés trois jours après et sommes quasiment tombés d'accord à ce moment. Cela facilite un peu les choses quand on se connait déjà très bien :)

Pour en revenir à SEGA France, conserves-tu des contacts avec d'anciens collègues ? Sais-tu ce qu'est devenu l'ancien Directeur Général par exemple ? Peut-être que comme toi, d'autres personnes travaillent actuellement chez SEGA Europe ?

Quand j'évoque régulièrement sur la Blue Room la grande famille SEGA, ça n'est pas seulement pour faire joli: nous avons vraiment eu plaisir à travailler tous ensemble et nous nous donnons des nouvelles très régulièrement. Quand je fais un saut en France il n'est pas rare non plus que nous nous retrouvions autour d'un bon repas. D'ailleurs le contact existe encore aussi avec une partie de mes ex-collègues d'Allemagne, Benelux, Australie ou Espagne: nous nous envoyons régulièrement un petit message et il arrive même que nous arrivions à nous voir.

Je suis le seul à être revenu chez SEGA mais certains oeuvrent encore dans le jeu vidéo quand d'autres s'en sont éloignés pour mieux approcher des domaines aussi variés que la vente de vêtements en ligne (eh oui) ou le sport. Thomas, le Directeur Marketing de l'époque, est même redevenu étudiant puisqu'il prépare une thèse. Futur Docteur en Marketing, la classe (ou l'insouciance je ne sais plus qu'en penser :)).

Peux-tu maintenant nous parler en détails de ton rôle, de ton job au sein de SEGA Europe ? Et à quoi ressemble une journée-type pour toi ?

Généralement quand tu travailles dans les jeux vidéo et que tu rencontres une nouvelle personne, la réponse à la question "et tu fais quoi dans la vie ?" fait naitre sur le visage d'en face un petit sourire en coin signifiant "ouais ok donc tu joues toute la journée quoi". J'avoue, j'aimerais que cela soit le cas, mais la réalité est un peu différente :)

Si vos journées sont emplies de réunions, de visio-conférences avec les équipes américaines et japonaises, de nombreux mails à répondre, de stratégies à établir, de surveillance des concurrents, de coordination avec les autres équipes, d'explications de pourquoi vous voulez faire ceci et pas cela, etc., nos journées doivent fortement se ressembler. Je ne vais pas vous faire pleurer non plus, c'est génial de bosser dans les jeux vidéo et le sujet est un peu plus enthousiasmant que de nombreux autres. Aller au boulot le matin avec le sourire est un vrai luxe apparemment.

Donc, en gros, je fais plus ou moins tout ce qui est listé au-dessus à un niveau Européen -nous avons des agences en France, Allemagne et Angleterre qui sont en contact direct avec les médias locaux et nous sommes donc constamment en relation avec ces agences- et ce, exclusivement pour les jeux mobiles (ce qui ne m'empêche pas d'aller jeter un oeil sur tout ce qui se prépare à côté je vous rassure :)).

Si j'ai bien compris, vous passez donc par une agence française pour votre communication. Tu parles de Cosmocover ? Tu ne traites donc pas directement avec des entreprises ou avec des journalistes français ? Ça peut t'arriver de passer un coup de téléphone à un rédacteur en chef d'un gros site web de chez nous, comme au bon vieux temps ?

C'est exactement ça: en France comme dans les deux autres grands territoires Européens (Angleterre et Allemagne), nous avons des personnes qui sont en charge des relations avec les médias locaux. Evidemment j'ai conservé 'quelques' contacts avec une partie des journalistes français, donc je discute régulièrement avec certains d'entre-eux, mais c'est souvent plus du personnel ou du grand délire. Il peut m'arriver par ailleurs de rencontrer des journalistes français pour leur présenter de nouveaux jeux, comme cela a été le cas avec Crazy Taxi: City Rush en mars dernier. Pour la petite anecdote, la personne qui s'occupe de cela en Allemagne n'est autre que l'ex RP de SEGA Allemagne, Fabian. Les choses n'ont donc pas trop changé de ce côté-là .

 

 

Au Japon, SEGA Networks est une nouvelle et récente énorme filiale en charge exclusivement du marché mobile. S'agit-il de la direction à laquelle tu rends des comptes ? Tes supérieurs hiérarchiques ? Ou bien peut-on parler d'une forme d'indépendance de Sega Mobile Europe / West ?

Il existe des spécificités pour chaque territoire et donc plus ou moins d'indépendance, mais pour la partie mobile nous travaillons vraiment main dans la main avec le Japon afin d'établir quels sont les meilleurs jeux à développer ou à adapter pour chaque marché. Je suis donc très souvent en contact avec mes collègues de Tokyo, mais mon boss direct est basé à San Francisco.

Les marchés japonais et occidental apparaissent chaque jour un peu plus séparés, que ce soit sur consoles ou mobiles d'ailleurs. Pour simplifier les choses vu de l'extérieur : chacun semble mener sa petite vie de son côté, sans trop se soucier l'un de l'autre. Cette tendance est-elle irrémédiable selon toi chez SEGA ? Par ailleurs, est-ce qu'au sein de ta division mobile (et toi-même directement) on milite pour obtenir certaines localisations ? Si oui, avec succès ?

Je suis arrivé il n'y a que 7 mois donc je n'ai pas encore eu l'occasion de militer ou de voir mes collègues militer pour un jeu sorti au Japon qui paraisse être un bon titre pour le marché Occidental.

Concernant cette séparation entre le Japon et l'Occident que tu évoques, je pense qu'elle est en réalité moins flagrante que ce dont vous avez l'impression. Il se trouve sans doute qu'aujourd'hui les marchés sont simplement assez différents mais rien ne dit que demain ils ne seront pas de nouveau plus proches ! D'un point de vue des jeux mobiles plus spécifiquement, nous avons d'ailleurs quelques exemples chez SEGA de jeux développés par nos équipes au Japon que nous avons aussi sortis en Occident et qui ont connu un certain succès, comme Kingdom Conquest 1 et 2. D'autres sont à venir !

 

 

Si je te cite "Phantasy Star Online 2 es" par exemple, ça te parle ?

Désolé, je n'ai pas du tout suivi ce qui pouvait se passer aujourd'hui pour PSO2.

 

 

Du côté du marché retail, SEGA West s'appuie ouvertement sur plusieurs marques qui sont Total War, Sonic, Alien, Football Manager ou encore Company of Heroes, et qui sont au cœur de son développement. La branche mobile s'appuie-t-elle de son côté sur les mêmes piliers ou y'a-t-il des différences ? Par ailleurs, sur le marché mobile, Sonic occupe aussi une place prépondérante - on peut même dire décisive - avec notamment le succès avéré du free to play Dash ? N'êtes-vous pas d'une certaine façon trop dépendants de votre mascotte adorée ? Est-ce que vous cherchez à vous diversifier davantage ?

Tu as du le constater : Football Manager a déjà une version mobile, renouvelée chaque année, tout comme la série Total War avec le jeu Total War Battles. Certains des "piliers" font donc bien partie intégrante du catalogue de jeux mobiles SEGA. Concernant Sonic, il est logiquement très présent, tout comme il l'est dans notre catalogue consoles en fait (moins sur PC bien sûr). Mais tu l'as dit toi-même : Sonic Dash est un succès avéré et je peux te confirmer que Sonic Jump s'en sort plutôt pas mal, ainsi que Sonic 2, donc il s'agit à priori d'une stratégie qui fonctionne, surtout que cela ne nous empêche pas d'avoir beaucoup d'autres jeux disponibles sur les plateformes Apple et Android et que certains ont aussi rencontré un vrai succès (Football Manager, Super Monkey Ball ou Virtua Tennis par exemple). Cela devrait continuer dans cette direction. D'ailleurs, au Japon, où Sonic n'a jamais été l'icône du jeu vidéo qu'il est chez nous, le succès se fait sur des jeux très différents.

 

 

En parlant de Sonic Mobile, Chris Southall de Hardlight Studio, avait parlé de 8 millions de downloads pour Sonic Jump et 20 millions pour Sonic Dash en juillet 2013. Où en est-on aujourd'hui ? Le parc s'est encore amélioré, j'imagine ?

Tu imagines bien. Je n'étais pas encore revenu chez SEGA quand ces chiffres ont été annoncés, mais Sonic Jump a bien augmenté et ceux de Sonic Dash ont littéralement explosé car il est depuis sorti sur Google Play et l'App-Shop Amazon.

 

 

Est-ce que tu sais ce que représente en nombre, les effectifs de SEGA en Grande-Bretagne ? Vu de France, ça paraît assez impressionnant avec votre personnel de développement et de marketing.

Je ne connais pas le chiffre exact mais en comptant les studios de développement + le siège + le département traduction / QA, cela représente quelques centaines de personnes. Néanmoins tout le monde n'est pas situé au même endroit puisque Sports Interactive est de l'autre côté de Londres, Creative Assembly est à Horsham et Hardlight à Leamington Spa. Je vous laisse googlemaper tout cela.

Et dans ton travail, côtoies-tu quotidiennement des gens de Hardlight, Creative Assembly ou Sports Interactive ? Quelles sont les principales forces de ces studios selon toi, notamment Hardlight qui est spécialisée dans le développement mobile en interne et qui vient d'ailleurs d'annoncer un Crazy Taxi ? C'est une fierté d'avoir des équipes reconnues comme étant parmi les meilleures en Europe ?

Je côtoie en effet du monde de ces studios mais je travaille essentiellement avec Hardlight puisqu'il s'agit de notre studio spécialisé dans les jeux mobiles. Je passe une à deux journées par semaine dans le studio. De façon générale j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les développeurs, c'est d'ailleurs l'un des éléments qui m'a donné envie de travailler dans les jeux vidéo. A l'époque de SEGA France j'étais toujours ravi de pouvoir inviter nos développeurs à venir rencontrer les journalistes français. Du coup quand les studios sont en plus à l'origine de jeux reconnus comme excellents c'est évidemment encore plus enthousiasmant. Le cas Hardlight est d'autant plus particulier pour moi car, comme tu le sais, ils étaient avant connus sous le nom de ‘SEGA Tech Group' et ‘SEGA Racing Studio' et sont donc là depuis longtemps. Ils sont vraiment passionnés par leur job et par SEGA, du coup passer du temps avec eux est un plaisir.

Est-ce que le rachat récent d'Atlus a changé quelque chose à ton quotidien ? Vu de l'extérieur, chaque éditeur semble pour le moment indépendant l'un de l'autre notamment dans ton secteur mobile. Les marques SEGA et Atlus ne se mélangent jamais. La situation pourrait-elle changer dans un futur proche ?

Aujourd'hui cela ne change rien du tout pour moi et je ne sais pas ce qu'il en sera dans le futur.

Un peu de science-fiction avec cette nouvelle question : Si SEGA se décide à rouvrir un bureau en France, postules-tu immédiatement pour en devenir le directeur général ou pour un autre métier ? Ou bien, la vie (et la bière) sont beaucoup trop douces en Angleterre ?

J'avoue me poser parfois la question de ce que je ferais si SEGA France ouvrait de nouveau, car bien que j'adore ma vie à Londres, je n'ai quand même pas prévu d'y rester éternellement. Alors peut-être qu'en effet je postulerais mais vraisemblablement pas au poste de Directeur Général: Il faut savoir rester à sa place :)

Sega-Mag / Objectif-Sega fête ses 10 ans cette année. Les communautés Sonic ou retro-gaming perdurent après toutes ces années en France. Quels sentiments cela t'inspire ? Les fans de SEGA, c'est plus fort que SEGA France, non ?

Je me souviens encore du premier contact avec l'équipe d'Objectif-SEGA et du premier RV que nous avions fait ensemble dans nos premiers locaux rue de Tocqueville (ne me jetez pas de pierres, je ne sais plus qui était venu de chez vous par contre). J'étais ravi de constater qu'il y avait toujours une communauté active de fans de SEGA en France. Je passe sur le site tous les jours depuis cette époque et si dans les statistiques du site vous voyez un point apparaitre en Angleterre à l'ouest de Londres vous constaterez que je ne mens pas :) Donc oui, les faits le prouvent: Les fans de SEGA c'est définitivement plus fort que SEGA France ^^

D'ailleurs, bon anniversaire Sega-mag ! J'espère avoir l'occasion de vous le re-souhaiter à nouveau dans 10 ans.

Merci d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. Bonne continuation et certainement à très bientôt.

Merci à toi et à très bientôt évidemment.

Propos recueillis par Haneda pour Sega-Mag.

Commentaires

Jef93, 09 mai 2014 - 7:47
Interview très intéressante ! C'est bien de savoir comment ça fonctionne de l'intérieur. Bravo SEGA-Mag pour cet article. Bonne continuation à Franck Sebastien. Petit message au SEGA Senior PR Manager Europe: si on pouvait avoir autre chose que les "mêmes piliers" (Total War, Sonic, FManager etc) chaque année : un peu de renouveau dans le catalogue de SEGA. Crazy Taxi est un bon exemple, il faut poursuivre !:content2:
Rage, 09 mai 2014 - 10:42
:good: Clair !! Super interview :good::good:

Sinon dans les succès on a les Kindom Conquest mais on a aussi vu le bide de Demon Tribe (vous vous souvenez du superbe launch avec compte à rebours !!).
Et je suis d'accord sur Hardlight ces gars là font d'excellent jeux d'autant plus en division Mobile. D'ailleurs certains jeux Sega valent le coup, et c'est pour cela que le Crazy Taxi devrait être une réussite malgré les esprits chagrins. :tongue-out: