Test : Sega Rally 2 (Dreamcast)


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Héritier du trône, c'est vraiment un truc cool : par la simple filiation, ça te donne la propriété d'un pays tout entier, et le droit d'y régner en maître, sans contestation possible. Sans mérite autre que celui d'être né dans la bonne famille. Les héritiers du trône modernes sont les fils et filles de gens connus : Ils disposent de facilités indéniables pour démarrer leur vie (besoins vitaux assurés, relations) mais vous diront toujours que le plus dur, dans la vie de "fils de" est de se débarrasser de l'image de leurs parents qui leur colle à la peau. Et ils ont raison... Il y a toujours un petit quelque chose d'empoisonné dans un héritage. Laissez moi donc vous conter une petite histoire pour vous en convaincre.

Un peu d'histoire?

Dans la famille héritage empoisonné, je demande la famille "Meilleur jeu de course arcade". C'était une famille vénérable, jusque là tenue par Sega Rally. Un grand parmi les rois de l'arcade, au point que sa domination s'étendait des salles d'arcades aux consoles de salon à l'aide d'une brillante conversion sur Saturn. Il avait donné tant de bonheur aux joueurs du monde entier que l'annonce de la venue de son héritier provoqua de grandes manifestations de liesse chez les fans.

Le petit nouveau fit son affaire dans les salles d'arcade : avec ses graphismes détonants (La Model 3 Step 2 sur laquelle il tournait était un monstre de puissance), son ambiance sonore exceptionnelle (les enceintes planquées dans les sièges vous immergeaient dans le crépitement du turbo) son feeling incomparable relevé d'une fantastique gestion du volant à retour de force, il a enchanté les fans du premier en transcendant les qualités de celui-ci.

Autant dire que le portage sur la toute fraîche Dreamcast suscita une impatience vite retombée à la vue des premiers screenshots : La déception se fit entendre et Sega donna trois mois supplémentaires aux développeurs. Le résultat est celui que nous connaissons tous aujourd'hui à ceci près que la version européenne ne dispose pas du mode 60 Hz original. Et malgré les efforts des développeurs, Sega Rally 2 est un héritier qui souffle aussi bien le chaud que le froid. Explications.

J'ai dix ans, j'sais qu'c'est pas vrai mais j'ai dix ans?

Le principal défaut de Sega Rally premier du nom résidait dans son nombre de circuits et de véhicules disponibles. Une fois le mode arcade terminé, la durée de vie du soft tenait essentiellement au simple plaisir de faire tomber les chronos. Sa suite est à ce niveau nettement moins critiquable : Elle ne s'arrête pas au simple mode arcade, et vous propose un mode 10 Years Championship d'anthologie.

Au cours des 10 saisons à compléter, vous aurez le loisir de mesurer le travail (bien) fait pour agrémenter la durée de vie de Sega Rally 2 et vous donner du fil à retordre. Les nouvelles pistes (16 au total, réparties sur 6 environnements) vont du très simple au très technique, et les conditions météo variables d'une saison à l'autre permettent de varier les plaisirs. Si les 4 ou 5 premières années se bouclent facilement, gagner les suivantes va demander plus d'implication : Il va falloir maîtriser de mieux en mieux les tracés, et faire fi de la pluie battante, le brouillard à couper au couteau, ou encore de la nuit. Pour cela, vous devrez affûter votre pilotage en conséquence, mais surtout votre monture : Avant chaque course, il est possible de régler les différents paramètres (suspension, rapports de boîte, direction) et surtout, de choisir vos gommes en fonction du terrain. Dans la course à la victoire, le bon choix de réglages s'avère être un allié fidèle.

La variété de situations rencontrées vous permettra, si jamais vous prenez la peine de ralentir, de souligner la qualité graphique du titre. Même si les voitures sont nettement moins bien modélisées qu'en arcade, même si la distance d'affichage est parfois limitée, Sega Rally 2 a mis tout le monde d'accord, PCistes compris, lors de sa sortie au japon. Pour la première fois, un titre offrait un rendu réaliste, organique et chaleureux qui tranchait avec les jeux PC de l'époque au visuel plus clinique.

Sortie de route

Manette en main, Sega Rally 2 n'est pas loin de transformer l'essai. Le gameplay est d'une réelle technicité, mis en exergue par le tracé des circuits qui ne le sont pas moins. Comme dans tout bon jeu d'arcade, l'accessibilité n'est que l'arbre qui cache la forêt et à ce petit jeu, Sega Rally 2 fait preuve d'une belle efficacité. Dans le mode 10 Year Championship, la difficulté augmente par paliers et oblige le joueur à s'améliorer sur l'ensemble des circuits et dans les différentes conditions. Après avoir fini ce mode, vous aurez atteint un niveau auquel il n'est pas possible de prétendre en se cantonnant au mode Arcade.

J'irais même jusqu'à dire que le jeu est grisant tant il va vite, tant il sollicite les réflexes, mais ce serait oublier des défauts gênants. Car si la vitesse de la version Dreamcast est plus élevée que celle de l'arcade, l'animation a bien du mal à suivre. Sans explications particulières, si ce n'est un codage peu optimisé, le jeu accuse de fréquentes et perturbantes chutes de framerate. L'autre point noir vient d'un manque de subtilité de la jouabilité. Que ce soit comparé à la borne d'arcade dont il est issu, ou à la conversion Saturn de son prédécesseur, le verdict est sans appel : Sega Rally 2 Dreamcast fait figure de brute épaisse.

Il est possible de s'étendre sur la gestion des transferts de masse, des appels contre appels, mais c'est un peu inutile : Il suffit d'aller jouer à la borne pour se rendre compte du bâclage dont a fait preuve le portage Dreamcast. Ce point est d'autant plus important que le soin et la fidélité étaient particulièrement marquants sur la conversion Saturn du premier épisode. Avec une animation aussi faiblarde et un gameplay qui fait passer à la trappe les subtilités de l'arcade, Sega Rally 2 ne peut que décevoir les fans de la série.
Il suffit de s'attarder sur le générique pour comprendre : Tetsuya Mizuguchi, producteur emblématique et homme clé de la série, ne fait plus partie de l'équipe de développement Plus encore, la conversion n'a pas été faite par l'équipe à l'origine des deux premiers épisodes, expliquant sans doute ce manque de fidélité?

Mais qu'as-tu fait de ton âme ?

Dommage pour cet épisode Dreamcast. Loin d'être un mauvais jeu, par les sensations et le challenge qu'il propose, Sega Rally 2 aurait été satisfaisant si il n'avait eu à porter un nom aussi prestigieux, et à satisfaire les exigences de fans dont le souvenir de Sega Rally sur Saturn est indélébile. C'est bien là tout le problème des héritiers modernes : On ne peut s'empêcher de rechercher chez le successeur de quelqu'un qui fut unanimement aimé les mêmes qualités.
Dans une famille au pedigree aussi fort, et aux tics tellement séduisants, on a longtemps cherché ce que Sega Rally 2 DC avait fait de son patrimoine génétique. Faute de trouver, on s'est dit qu'il s'agissait peut-être d'un fils illégitime tout en se résignant à attendre que la saga veuille bien renaître de ses cendres.

Un mot sur la version NTSC, par Manga :

Loin d'annihiler littéralement la version européenne, force est de constater que la "NTSC touch" s'en sort bien mieux. On décèle le même type de ralentissements dont nous parle Chuck dans son test, mais où le changement est radical, c'est dans l'exploitation du 60 Hz à l'inverse du 50 Hz et ses bandes noires que l'on déteste. En somme, la version nipponne a plus de pêche que la version européenne, et si on note quelques changements dans les véhicules (absence de la Fiat dans la version jap, mais à l'inverse le joueur dispose d'une Ford?) entre les deux galettes, la différence est finalement minime mais bien présente. En bref, je ne prendrai pas trois barils de ce Sega Rally EURO contre un de mon disque nippon. Et croyez-moi, j'ai les deux versions ; )

Verdict

6

Points forts

  • +Gameplay technique
  • +Durée de vie
  • +Esthétique géné

Points faibles

  • -Les ralentissements
  • -Un manque de finition évident
  • -On cherche encore
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Dreamcast 7.7 18

Commentaires

Toujours aussi plaisant à jouer, mais une version console que je trouve moins réussi que sa devancière sur Saturn.
Rage, 21 mar 2015 - 12:28
Je suis un fan de ce jeu ... Mais c'est vrai qu'il a des lacunes. Cela étant il reste une référence sur Dreamcast.
Je me souviens de ma première partie, "Il claque, mais bordel c'est pas fluide!!!" Petite déception de courte de durée, une fois plongée dedans c'est de la balle:love:
Mais il n'a pas le petit truc qu'a le premier et qui le rend ultime!
Rage, 22 mar 2015 - 2:29
C'est la perfection du premier qui fait ce tout. Le 2 déçoit par ses lacunes ... Alors qu'il avait tout pour être une Référence pour les 50 années à venir si ce n'est plus ...
Faut pas oublier qu'il a ete dvlp au tout debut de la DC,(il est sorti au bout de 8 mois) la console n'etait pas encore maitrise a 100%, contrairement a la version SAT sortie 1 an apres la console.
Ou alors il utilisait Windows CE:content2: Si seulement il avait eu un poil plus de dvlp...
Mais bon, il reste excellent de toute façon!
Rage, 23 mar 2015 - 6:04
Ouais c'est ça le pire ... Le passage par Windows CE qui est certainement les raisons du problème. D'ailleurs qui a la version PC de ce jeu pour savoir si cette dernière version est parfaite niveau animation ???
rynex, 24 mar 2015 - 8:05
Le problème de fluidité venait de la version PAL qui tournait plus vite mais sans passer par un mode 60hhtz. Pas très malin de la part des européens. Les versions américaines et Jap tournent très bien et en 60 fps.
Alors pas d'accord:content2: Si effectivement en pal c'est pire, la version jap' ne me satisfait pas du tout à ce niveau, je ressens régulièrement ce manque de fluidité, c'est mieux mais pas parfait^^