Test : Radiant Historia : Perfect Chronology (Nintendo 3DS)

Radiant Historia est sorti initialement sur Nintendo DS en 2010, mais n'avait jamais été distribué officiellement en Europe, malgré l'existence d'une version américaine. Ce "remake", renommé pour l'occasion Radiant Historia : Perfect Chronology, représente donc une excellente occasion pour les joueurs européens de découvrir ce titre.

Quand t'es dans le désert, depuis trop longtemps...

L'histoire débute alors que nous incarnons Stocke, un soldat travaillant pour les services secrets de la cité d'Alistel, qui est en guerre contre le royaume de Granorg. Le continent de Vainqueur est victime d'une désertification brutale, et de cas de "Peste des Sables", qui transforme les êtres vivants en petit tas de sable, et Alistel blâme Granorg pour cela. Avant une mission d'escorte, Heiss, le supérieur de Stocke, lui confie un livre, le "White Chronicle". Lorsque la mission d'escorte se déroule mal, et que les deux coéquipiers de Stocke se font tuer, ce dernier est emporté à Historia, un endroit qui lui permet, avec les conseils de Teo et Lippti, de voyager à travers le temps, et de pouvoir réparer ses erreurs.

L'intrigue de radiant Historia se divise donc en deux branches parallèles, en fonction d'un choix de loyauté à effectuer très tôt dans le jeu. En principe, les branches sont complètement indépendantes, et une action effectuée dans l'une ne peut pas avoir de répercussion dans l'autre. Cependant, il y a quelques exceptions : les objets et l'expérience acquis sont conservés au fil des allers-retours, tout comme la condition des équipiers: par exemple, si vous allez dormir à l'hôtel dans la branche 1, si vous voyagez vers la branche 2, votre santé et votre mana resteront régénérés.

En revanche, on ne peut pas se déplacer à n'importe quel endroit d'une ligne temporelle, mais uniquement au niveau de "noeuds", qui sont le plus souvent l'occasion de prendre une décision cruciale. Ne nous emballez pas trop : la plupart des choix mènent à un simple Game Over, et un retour express à Historia, pour recommencer. Cependant, le jeu peut ainsi se targuer de proposer des dizaines de fins différentes.

Retour vers le Futur

L'intrigue vous demandera donc régulièrement de faire des allers-retours d'une branche temporelle, pour emmener des objets, utiliser des informations, sauver un personnage promis sinon à une mort certaine, etc. Idem pour les quêtes secondaires, plutôt nombreuses et bien écrites, qui ne rapportent pas d'expérience mais des objets ou des capacités souvent très utiles pour notre quête.

Si le rythme du jeu est très bien géré pendant sa majeure partie, attendez-vous en revanche à vous ennuyer ferme durant le dernier chapitre, qui n'est pas très long, mais très répétitif, la faute à des enchaînements de combat peu palpitants, le ponpon revenant au dernier boss, particulièrement nul. Certains noeuds sont également mal placés, en nous obligeant, en cas d'erreur de destination, à nous retaper des balades dans les bois ou certains combats scriptés. Ce n'est pas rédhibitoire, et le plus souvent les sauts temporels sont plutôt à notre avantage, en permettant de se soigner gratuitement, par exemple, mais lorsque ça arrive, c'est assez agaçant.

L'intrigue du jeu est assez riche, et aborde les thèmes du fanatisme religieux, des limites de la technologie, du racisme et de la xénophobie et même, en creux, du réchauffement climatique. Bien que ce soit fait de façon superficielle, le scénario est porté par des personnages et des dialogues bien mieux écrits que la moyenne du genre. Une fois n'est pas coutume, les conversations sont vraiment intéressantes, et les protagonistes ne sont pas des clichés ambulants. Leurs motivations et leur comportement sont crédibles, ils sont dotés d'une vraie sensibilité, et leur excellente caractérisation est mise en valeur par un très bon doublage anglais. Pour ne rien gâcher, le chara-design est excellent, bien que très différent de celui du jeu DS original.

Le système de combat est à la fois simple et intéressant. Les ennemis sont répartis sur une grille de trois cases sur trois, et les trois personnages dirigés par le joueur sur une ligne. Plus un ennemi est proche, plus il tape fort. Les combats se déroulent au tour par tour. Si on pousse un ennemi sur une case déjà occupée, le prochain coup enchaîné touchera les deux ennemis (ou plus) à la fois. Un coup normal ne modifie pas la position de l'ennemi, mais certains coups spéciaux peuvent les pousser dans les 4 directions.

Il est également possible d'échanger à n'importe quel moment son tour contre celui d'un autre combattant, ami ou ennemi, avec comme seule limite l'ajout d'une pénalité qui rend votre perso plus vulnérable aux coups critiques. L'intérêt est multiple : il peut permettre évidemment de placer un sort de soin ou de soutien aussi tôt que possible, mais surtout cela permet d'organiser des attaques pour faire monter le compteur de combos. Plus il monte, plus les dégâts augmentent, et plus la barre de Mana monte vite. De plus, puisqu'on connaît l'ordre des attaques de chacun, on peut prendre des risques, ou au contraire, assurer sa défense, en toute connaissance de cause.

Une progression à la cool

Le Mana Burst, qui devient disponible en cours de jeu, permet de carrément faire sauter le tour d'un ennemi, sans contrepartie. Plus tard, il peut également permettre de sortir des attaques et des sorts particulièrement puissants. Utilisés à bon escient, ils peuvent changer le cours d'un combat, mais encore faut-il que la jauge sus-citée soit remplie.

Enfin, les compagnons qui ne sont pas sur le champ de bataille peuvent quand même participer au combat via des actions de soutien. Au début il s'agit d'une simple attaque en début de tour, mais on peut gagner des actions complémentaires (et aléatoires), comme une attaque élémentaire en fin de tour, ou la révélation des points faibles des ennemis.

Ce système de cases, et de choix de l'ordre des tours, donnent au combat un aspect tactique vraiment intéressant tout en évitant une trop grande complexité, qui est souvent le travers des jeux qui se veulent un peu élaborés. De plus, tous les personnages ayant des compétences très différentes, on est tentés de jongler autant que possible et d'adapter son équipe au type de monstres rencontrés.

En effet, si Stocke est toujours entouré d'au moins 2 compagnons, d'autres vont aller et venir, et la petite équipe pourra monter jusqu'à sept personnages. Cependant, le procédé a ses limites, car certains sont très peu présents, et même si les réservistes gagnent un peu d'XP, une "équipe type" se dégage à mi-parcours, et les autres font vraiment office de remplaçants. Globalement la difficulté de base est assez faible. Le fait de connaître l'ordre de passage des ennemis, et de pouvoir modifier celui de nos combattants, permet de se soigner ou de se buffer facilement, et même si on peut se faire avoir de temps en temps, un minimum de prudence suffit pour vaincre la grande majorité des ennemis du premier coup.

D'ailleurs, le grind est peu nécessaire, ce qui est toujours un soulagement pour le joueur qui a une vie, tout comme la faible durée de l'histoire principale : comptez une trentaine d'heures pour la terminer avec une bonne partie des quêtes annexes. Après les Etrian Odyssey et autre Persona, ça fait tout drôle, mais pour Radiant Historia, c'est parfait, car l'équilibre entre combats et développement du scénario est parfaitement géré.

Pour ceux qui veulent malgré tout grinder un peu, le "Vault of Time", accessible depuis Historia, est là pour ça. Pas de scénario, juste des monstres de plus en plus fort au fil de notre ascension, et des points gagnés à échanger contre des objets à l'entrée. Cela dit, il ne s'avère utile que jusqu'au niveau 40-45 environ, ce qui est insuffisant pour affronter les derniers, mais pas de beaucoup. Il est en fait surtout utile pour choper des actions de support uniques et très pratiques vers la fin de l'aventure.

Un portage copier-coller

Si vous attendiez de Radiant Historia : Perfect Chronology qu'il tire parti des capacités de la 3DS, vous allez être déçu. Les graphismes sont quasiment identiques à ceux de la version DS, à l'exception des portraits des personnages et des menus. Ils sont peut-être un poil plus fins, mais rien de bouleversant. Sans être vilains (les graphismes en pixel art sont assez chouettes), c'est un peu décevant. Le jeu ne tire pas non plus parti de l'écran tactile, et ne propose même pas de 3D ! Du point de vue purement technique, le seul ajout de cette version 3DS réside dans les doublages. Tous les dialogues des personnages principaux sont entièrement doublés (en anglais uniquement), et de façon très convaincante. C'est un peu court pour un jeu qui est vendu plein pot, et le contenu annexe ne fait pas non plus la différence.

En plus du "Vault of Time", qui était absent du premier épisode, ce remake propose une quête supplémentaire. Il ne s'agit pas vraiment d'une branche temporelle supplémentaire, mais de courtes missions qui nécessitent de se balader de noeuds en noeuds pour résoudre de petites énigmes, et de mener un ou deux combats. Chaque mission réussie donne droit à une récompense, et toutes les accomplir débloque la "vraie fin". Le jeu donne le choix au lancement d'une nouvelle partie d'intégrer cette nouvelle quête à l'histoire originale, ou de la garder pour la fin.

J'hésite à vous conseiller l'un ou l'autre choix : dans le premier cas, vous serez dérangé de temps en temps par un personnage qui jure avec le reste du cast, mais vous gagnerez régulièrement de l'argent et des objets. Dans l'autre, vous aurez la paix, mais la fin du jeu sera un peu gâchée, et enchaîner les petites missions sans liant entre elles est plutôt rébarbatif. Le meilleur choix est peut-être de choisir de mener l'aventure originale, qui se suffit largement à elle-même, et de ne pas du tout lancer cette nouvelle quête.

Radiant Historia est un excellent RPG, qui se distingue surtout par l'intelligence de son scénario, et la qualité de l'écriture de ses personnages. Bien qu'il ne propose pas un challenge relevé, son système de combat assez original permet de s'amuser. Cependant, il s'agit moins d'un remake que d'un simple portage, à peine enrichi, du jeu DS. Difficile donc de le conseiller aux possesseurs de la version originale. Les autres peuvent se lancer les yeux fermés, à condition d'être un peu indulgent sur l'aspect technique.

Verdict

8

Points forts

  • Personnages bien écrits et attachants
  • Scénario intelligent, narration maîtrisée
  • Système de combat original
  • Excellent doublage

Points faibles

  • Contenu inédit sans intérêt
  • Simple portage presque sans apport technique
  • Fin du jeu très mal rythmée
  • Un peu facile par défaut
  • Seulement en anglais

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