Test : Persona 3 Portable (Switch, PS4, Xbox, PC)

Test réalisé sur la version Switch, essentiellement en mode portable.

Atlus persiste à sortir les Persona dans un ordre qui défie la logique. Après avoir ressorti Persona 4 Golden après Dancing All Night, voici venu le tour de Persona 3 d’arriver sur l’ensemble des supports après Dancing in Moonlight, et même après Persona 4 Arena Ultimax. Difficile pour les néophytes de comprendre à peu près les tenants et aboutissants de chacun de ces jeux sans se spoiler méchamment. Mais bon, désormais, il est possible de jouer sur les machines actuelles aux trois volets les plus appréciés de la série. Enfin, presque…

En effet, Shin Megami Tensei : Persona 3 est sorti sur PS2 en 2006 au Japon, mais c’est Persona 3 FES, sorti en 2007, qui est considéré comme canon. Celui-ci ajoute des Personas, quelques ajustements de gameplay, de nouvelles quêtes, et surtout un épilogue, The Answer, qui ajoute une trentaine d’heures de jeu. Puis en 2009 sort Persona 3 Portable, qui, comme son nom l’indique, est disponible uniquement sur PSP. C’est donc cette version qui est maintenant disponible sur Switch, PS4, Xbox et PC.

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Votre terrain de jeu. Oui, c'est petit (version Switch)

L’action du jeu se situe en 2009. Notre protagoniste, qui peut être au choix masculin ou féminin (une exclusivité de cette version portable) arrive à Iwatodai, où il a été transféré pour le début de l’année scolaire, dans la nuit. Un mystérieux garçon lui demande de signer un contrat, à son arrivée à son dortoir, où il est accueilli par les membres du SEES (Special Extracurricular Execution Squad), un club de lycéens. A minuit, il fait l’expérience de l’Heure Sombre, une heure secrète durant laquelle les personnes normales se transforment en cercueils, et qui provoque l’apparition d’un “syndrome apathique”, qui transforme ses victimes en âmes perdues qui errent sans raison de vivre. Notre protagoniste découvre qu’il peut, à l’instar des autres membres du SEES, rester conscient durant l’Heure Sombre, et invoquer sa Persona, afin de combattre les Ombres qui apparaissent dans Tartare, une tour qui n’apparaît qu'à ce moment, et qui s’échappent dans notre monde lorsque la lune est pleine. L’enjeu est vite clair : trouver le moyen de mettre fin à l’Heure Sombre.

Ceux d’entre vous qui ont déjà joué à Persona 5 ou Persona 4 Golden ne seront pas dépaysés, puisque la boucle de gameplay est à peu près la même : la journée, notre protagoniste va à l’école, suit plus ou moins les cours, puis peut aller faire les boutiques et passer du temps avec les membres du SEES, des camarades de classe ou encore des PNJ rencontrés en ville. Chaque personnage avec lequel vous avez créé un lien est défini par une arcane du tarot, et passer du temps ensemble fait monter votre niveau de relation, appelé S-Link, potentiellement jusqu’au niveau 10. Chaque relation a son propre emploi du temps, et ne sera disponible que certains jours à certains endroits. 

Il est également possible de se livrer à diverses activités ou petits boulots, pour gagner un peu d’argent et surtout améliorer son charme, son courage et son intelligence, afin de pouvoir commencer certaines relations. Par exemple, pour ouvrir votre lien avec Akihiko, vous devrez être suffisamment charmante pour passer outre la jalousie des autres filles du lycée.

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Je vous rassure, même dans le jeu ils trouvent ça nul (version Switch)


Indigestion de Tartare


Le soir, il est possible d’aller en ville ou de cultiver certaines relations, mais c’est surtout le moment d’explorer Tartare : cette tour est en fait une succession d’environ 250 donjons générés aléatoirement, et qui sont assez petits. Ses différentes sections s’ouvrent peu à peu en fonction de la progression de la trame principale, avec évidemment des ennemis de plus en plus puissants.

Les combats se déroulent au tour par tour, et reprennent des éléments de gameplay introduits par Persona 4 : chaque membre de l’équipe peut attaquer, utiliser une magie en invoquant sa Persona, ou se défendre. Chaque personnage, et quasiment chaque ennemi, a une affinité avec un ou plusieurs éléments, mais également des faiblesses. Si cette faiblesse est visée, le coup porté est critique, et le belligérant tombe à terre. Une fois tous les ennemis à terre, une attaque générale peut être déclenchée, qui fait d’énormes dégâts. Chaque coup critique permet également de relancer une attaque, et parfois un coéquipier intervient pour une attaque en duo sur un autre ennemi aléatoire.

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Vos coéquipiers peuvent se fritter tous seuls, à leurs risques et périls (version Switch)

L’exploration des donjons est donc assez routinière : on cherche l’escalier pour grimper à l’étage supérieur, et sur notre chemin on trouve des culs-de-sac, des monstres, et parfois un coffre. Après le combat, il arrive le plus souvent qu’on tire une carte de tarot, synonyme de gain d’argent, d’XP, ou de soin. Plus rarement, on peut également ajouter une Persona à notre inventaire.

Car notre protagoniste est le seul de son équipe à pouvoir accueillir plusieurs Persona en son cœur, et de pouvoir en changer en cours de combat. Elles gagnent de l’XP et de nouvelles compétences en combattant, mais dans des quantités tellement faibles que le seul moyen viable d’exploiter leur potentiel est de les obtenir par la fusion, dans la Velvet Room. En fusionnant deux Personas ou plus, vous en obtenez une nouvelle qui hérite de certaines capacités, mais surtout qui a droit à un boost d’XP proportionnel au niveau de S-Link de son arcane. Par exemple, si votre niveau d’amitié avec Yukari, qui représente l’arcane de l’Amoureux, est au niveau 5, alors toutes les Personas de cette arcane auront un bonus d’XP correspondant à ce niveau. Puisqu’il est à peu près impossible de faire progresser significativement une Persona en combat - et de toutes façons au bout d’un moment elles ne gagnent plus de nouvelles capacités - on passe donc beaucoup de temps à en fusionner de nouvelles, pour ne s’en servir que durant une ou deux explorations de Tartare…

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Un écran que vous verrez souvent (version Switch)

Tartare est vraiment un des points faibles de Persona 3 Portable. Son décor est très répétitif, son level design inexistant, et même la musique finit par taper un peu sur le système… Heureusement elle peut être modifiée au bout d’un moment. On rencontre seulement une douzaine d’ennemis différents par section, et ce sont souvent des palette switchs des ennemis rencontrés plus bas, avec des affinités différentes et un surplus de puissance. Il est possible d’épicer un peu l’exploration en acceptant des défis de la part de l’hôte de la Velvet Room, mais ils sont basiques et ne demandent que de rapporter un objet dropé par un ennemi en particulier. Au moins, en difficulté Normal, le grind n’est pas nécessaire pour progresser : une exploration complète de chaque étage suffit à avoir un niveau suffisant pour être à peu près serein lors des combats, à condition évidemment de bien composer son équipe et de redescendre se soigner de temps en temps, contre une coquette somme d’argent. Il est possible de laisser nos coéquipiers explorer le donjon seul, pour qu’ils gagnent plus d’XP, mais c’est assez risqué, tout comme le fait de les laisser agir à leur guise lors des combats. Mieux vaut leur donner des ordres directs (ce qui n’était pas possible dans P3 et P3 FES) ou du moins des consignes générales.

RT si t’es triste

S’ils ne sont pas réputés pour l’intérêt de leurs donjons, à l’exception peut-être de ceux de Persona 5, les jeux de la série se distinguent en revanche par leur scénario et leurs personnages. Et effectivement, ceux de Persona 3 sont assez intéressants. La plupart ont été touchés de près ou de loin par un deuil, ou se sentent mal aimés ou abandonnés. Certains sont liés par un drame commun, mais qu’ils ont vécu d’un point de vue différent. Bref, ils ont tous une fêlure, ou un traumatisme, que l’on découvre peu à peu en approfondissant notre relation. C’est là qu’intervient le choix du, ou de la protagoniste : si le déroulement global du jeu est quasiment le même, les S-Links développés dépendent de votre genre. La protagoniste féminine peut créer des S-Links différents du héros masculin, notamment avec les membres du SEES, et peut en romancer certains, mais elle peut aussi choisir de rester seulement amie une fois arrivée au niveau max, ce qui n’est pas le cas du garçon. 

Parlons-en, d’ailleurs, des S-Links. Pour ce test, j’ai choisi de faire une partie avec la protagoniste féminine, justement pour avoir un personnage plus enjoué et davantage connaître mes voisins de dortoirs et partenaires au combat. Malheureusement, les nouvelles interactions avec les membres de notre équipe, qui peuvent aboutir à une romance, sont complètement cucul la praline, et surtout le développement de la romance prend bien trop de place dans les interactions, au point d’éclipser les échanges plus profonds. On ne tisse finalement pas un lien aussi fort avec nos coéquipiers, et pire encore, il est possible de romancer un enfant de 10-11 ans. Heureusement on peut vite couper court à cette éventualité, mais on se demande comment ça a pu passer. D’ailleurs un mod pour supprimer les options de romance avec ce personnage est sorti immédiatement après le jeu…

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On ne dirait pas comme ça mais c'est un moment vraiment émouvant (version Switch)

Mais le vrai souci, c’est qu’on a un peu de mal à s’attacher à notre petite équipe. On ne les voit jamais interagir tous ensemble en dehors des combats ; ils ne sont pas tous dans la même classe au lycée, ne semblent pas se fréquenter en dehors, et même au dortoir chacun bouquine dans son coin. Il manque vraiment d’un esprit de corps, de quelque chose qui les rapproche en plus de leur mission, qui en plus peine à prendre un sens avant de nombreuses heures de jeu. Le scénario met un temps fou à décoller, et les enjeux restent assez flous et peu engageants pendant très longtemps. Il n’y a pas vraiment d’enquête à rebondissements comme dans Persona 4, et pas d’arcs successifs pour les personnages comme dans Persona 5. Il n’y a pas non plus vraiment de tension, ou de sentiment d’urgence, puisqu’on se contente de faire une ou deux sorties dans Tartare et de tailler une bavette avec nos amis en attendant la prochaine pleine lune et donc, la prochaine réelle avancée de la trame narrative.

Un portage un peu léthargique

Il faut dire aussi que le choix d’avoir porté P3P n’aide pas à se sentir vraiment investi : si on peut prendre la disparition des phases de déplacement dans la ville, au profit d’un curseur à déplacer sur l’écran, comme un gain de temps appréciable dans un jeu déjà très long, on perd quand même en immersion. Il en va de même pour l’absence de séquences animées, présentes sur PS2 mais absentes de la version PSP pour des raisons évidentes de place à l’époque, qui posaient une atmosphère un peu absente ici. Restent des personnages quand même relativement intéressants et pour lesquels on éprouve forcément de l’empathie, et des dialogues bien écrits, bien joués (on peut enfin les entendre en japonais), et bien traduits, pour la première fois dans un français quasiment impeccable.

Ces portages de 2023 ne révolutionnent pas le jeu d’origine : le jeu tourne en 4K/60FPS (voire 120) sur PC et Xbox Series X, et en 1080p/60FPS sur PS4 et Switch, encore heureux pour un jeu sorti à l’origine sur PSP. Ces versions apportent surtout des options de qualité de vie, comme la possibilité de sauvegarder et quitter à tout moment, de changer la difficulté à la volée, ou de recommencer au début de l’étage exploré en cas d’échec, et non pas à la dernière sauvegarde. Bref, c’est propre, le minimum syndical est présent, mais c’est tout. 

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Kaz est un S-Link exclusif au protagoniste masculin (version Xbox Series X)

La franchise Persona a bien évolué en 10 ans, et aujourd’hui l’intérêt de Persona 3 Portable n’est pas évident. Si le charme de la série est présent, grâce notamment à un bon chara design (mais qui se cherche encore un peu) et des personnages attachants, les mécanismes et la présentation sont vraiment datés. En termes de gameplay pur, le choix de porter P3P est logique, mais on peut se demander s’il n’aurait pas été plus judicieux d’adapter Persona 3 FES, en rajoutant simplement la possibilité de contrôler nos coéquipiers, tant l’intérêt du protagoniste féminin n’est pas flagrant. Ou mieux, un mélange du meilleur des deux mondes, mais ce n’était apparemment pas le projet. En l’état, Persona 3 Portable se laisse toujours jouer, mais si vous voulez l’essayer pour votre culture, commencez vraiment par lui, sous peine qu’il vous tombe des mains.

Verdict

6

Points forts

  • Première opportunité de jouer à Persona 3 depuis longtemps
  • Système de combat classique mais solide
  • Certains personnages vraiment attachants
  • Un ton sombre un peu abandonné depuis
  • Portage propre
  • Les voix japonaises
  • Bonne traduction française

Points faibles

  • L’intrigue a vraiment du mal à décoller
  • Les S-Links pas foufous, surtout avec FemC
  • Tartare est vraiment écœurant
  • Le jeu est vraiment dans son jus
  • Trop long et répétitif
  • Pourquoi pas FES ?
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Archives commentaires

Ça ne semble pas dingue, mais bon je n'avais pas accroché déjà à l'époque quand je l'avais testé sur Vita.