Test : Gaiares (Mega Drive)


Gaiares
Gaiares
Action

Les lecteurs assidus des tests que j'ai eu l'opportunité de rédiger sauront que j'ai un coup de cœur pour les jeux Wolf Team sur Mega Drive (et PC Engine mais ce n'est pas le sujet). Vous allez me dire que Gaiares n'est pas un titre Wolf Team et vous n'aurez qu'à moitié raison. Telenet Japan, très connu pour la multitude de jeux qu'ils ont développés sur PC Engine et quelques jeux Mega Drive, comme la saga Valis, a créé assez rapidement après la sortie de la console de Sega une subdivision spécialisée dans les jeux 16 bits : Wolf Team. Ma petite équipe de programmeurs n'est donc jamais très loin finalement ;).

Nous sommes en 1990, Thunder Force III est sorti depuis bientôt 5 mois, et Telenet Japan nous gratifie d'un shoot exclusif à la Mega Drive : Gaiares.

Une nouvelle guerre du Gulf

Le scénario nous place en 3008. La pollution engendrée par l'homme a fini par rendre la Terre inhabitable et l'humanité n'a eu d'autre choix que de fuir vers d'autres planètes. Des siècles se sont écoulés sans qu'aucun humain ne revienne sur Terre. Dans une nouvelle société disséminée aux tréfonds de la galaxie, une menace incarnée par des terroristes répondant au nom de Gulfers surgit. Ces derniers menacent de retourner sur Terre pour exploiter des armes depuis longtemps oubliées et utiliser la pollution ambiante pour en faire une arme chimique. La menace est sérieuse et pourrait à terme détruire ce qu'il reste de la voie lactée. La fille de l'impératrice, dans le plus grand secret, s'enfuie avec un vaisseau de dernière génération équipé d'une toute nouvelle arme afin d'affronter les terroristes, mais surtout tenter de sauver ce qu'il reste de la terre avec l'aide de Dan, son complice. Il se trouve que cette nouvelle arme pourrait aussi permettre d'éradiquer la pollution de la Terre. Un double enjeu crucial.

Ce scénario complet pour un shoot est présenté par une intro de presque 7 minutes !!! Oui, vous avez bien lu, il y a une intro en style dessin animé qui est clairement la plus longue connue sur Mega Drive. Il y a certes peu d'animations, à l'image d'un Valis, mais l'ambiance est posée et on peut dire que ça envoie du lourd.

La fin du jeu ne sera pas en reste avec presque 2 minutes de séquences, soit 9 minutes au total.

On reconnaît immédiatement la patte Telenet Japan qu'on avait pu apprécier dans la série Valis, et que Wolf Team continuera de développer dans d'autres titres comme El Viento, Earnest Evans, Sol-Feace, etc... Les connaisseurs apprécieront.

Chose assez inhabituelle, il n'y a aucune option dans le jeu. Une fois appuyé sur Start à l'écran titre, le jeu se lance immédiatement. Peut-être la volonté de nous plonger dans une aventure continue en essayant de gommer le fait que nous sommes dans un jeu vidéo.

Petite astuce à connaître, vous avez un menu option " caché " avec A, B, C et Start à l'écran titre. Cela vous donnera accès à la difficulté soit Normal soit Hard (mais déjà en Normal le jeu fait partie des pires de la console), un Sound Test complet, et l'opportunité de choisir la langue entre Anglais ou Japonais.

Aider une déesse, ça se mérite

Commençons tout de suite par poser les bases du jeu : Gaiares fait partie des shoots les plus difficiles de la console. Pas aussi sadomasochiste que Hellfire qu'il fallait finir plusieurs fois pour avoir le la vraie fin, mais tout aussi difficile que Thunder Force 4 (voire peut-être pire pour beaucoup). Vous allez devoir vous armer de patience pour en voir le bout. C'est à force de die & retry que vous allez pouvoir avancer à tâtons, apprendre les patterns de chaque boss, comprendre les pièges de chaque niveau et étudier quelle arme vous conviendra le mieux. Gaiares est un véritable défi jeté au visage des joueurs console qui pensaient avoir tout vu. Chaque mort vous fera reprendre au début du niveau, ou à la moitié selon les stages. Si vous mourrez à un boss, idem, et en plus vous perdez toutes vos armes. Vous êtes prévenus...

Une fois ce postulat de départ posé, attardons-nous maintenant sur ce shoot them up à scrolling horizontal.

Loin du classicisme de la moyenne des shoots où le scrolling est totalement linéaire, Gaiares propose de la diversité dans ses niveaux. Vous allez partir sur un scrolling diagonal vers le haut ou le bas, ou en vertical de haut en bas par exemple, ou encore slalomer dans des dédales de pierre en évitant de vous exploser contre les parois. Bref, on évite la monotonie d'un couloir tout tracé et ça fait du bien.

Vous aurez à traverser 8 niveaux, le dernier étant uniquement le combat contre le dernier boss, et le 7ème le prétexte pour vous retaper tous les autres boss du jeu à la file indienne. On peut donc compter 6 vrais niveaux distincts qui vous entraîneront dans l'espace, la surface de la planète, des astéroïdes, ou des bases ennemies. Chaque niveau se termine bien sûr par un boss énorme où la connaissance des patterns est obligatoire pour en voir le bout. A l'issue du combat une carte de l'univers se dessine et vous indique votre destination suivante. Le déroulement se veut donc cohérent entre votre point de départ aux confins de la galaxie jusqu'à l'arrivée près de la Terre. On traverse même dans la niveau 3 un château médiéval immense perdu dans une galaxie nébuleuse. Je sais, je vous entends déjà me dire : " eh oh Slaine, tu n'arrêtes pas de nous dire que tu aimes quand un univers de jeu est cohérent avec lui-même et que ça ne parte pas dans tous les sens, sauf quand c'est assumé ". Je vous répondrai que vous avez raison, mais que pour le coup, ce niveau peut se tenir parfaitement. Je m'explique. Au début de ce niveau 3, la carte indique que vous entrez dans une sorte de vortex.

Le stage débute sur un fond de plusieurs couleurs en permanente distorsion, un peu comme si on changeait de dimension. Après un certain temps la distorsion ralentit et là apparaissent les murs de ce château médiéval. On le traverse, évite des guillotines géantes, et on finit par affronter le boss qui n'est autre que la mort elle-même. Vous voyez la faucheuse en personne avec sa faux, prête à vous détruire. Elle disparaît en distorsion pour mieux vous surprendre par derrière, repasse devant vous etc. Une fois détruite, la distorsion revient et vous enchaînez sur la carte qui vous indique que vous quittez la nébuleuse. Pour moi j'y ai vu comme un passage dans une dimension parallèle, lieu oublié, ou simple purgatoire, endroit où vous affrontez la mort, seul boss " organique " du jeu. Ce défi relevé, vous revenez dans le monde " normal ". Vous allez me dire que je suis peut-être indulgent, mais je pense que mon explication tient la route, et franchement je l'ai ressenti comme ça, donc pour moi on reste " cohérent " dans le monde qu'ils ont voulu proposer...

L'autre aspect intéressant de ce jeu vient de son gameplay vraiment innovant. Oubliez les shoots où vous devez ramasser des " pastilles " pour améliorer votre vitesse ou votre armement, tout ceci n'existe pas ici. Pour la vitesse, une pression sur le bouton A et vous accélérez. Vous pouvez aller jusque 3 vitesses, ensuite votre vaisseau ralentira, un peu comme ce que proposait Thunder Force d'ailleurs. Pour l'armement, on fait carrément dans le jamais vu avec la possibilité de copier l'arme de vos ennemis. Vous allez me demander comment ça marche, et c'est très simple.

Votre vaisseau est accompagné d'un module façon R-Type. Une pression sur le bouton C et vous envoyez votre module sur un adversaire auquel il se colle, puis il revient vers vous. Dans la manœuvre il a copié l'arme de l'ennemi et vous l'attribue, c'est la fameuse arme révolutionnaire décrite dans l'intro du jeu. Si vous souhaitez garder cet armement et le rendre plus puissant, il suffira de renvoyer votre module sur le même type d'ennemi. Ainsi la jauge de power up se remplit et rend votre tir plus efficace. Vous pourrez même le faire sur les boss, ou récupérer le bouclier de protection de certains de vos ennemis. Ce gameplay particulier vous oblige à particulièrement bien gérer votre armement en repérant les ennemis qui vous intéressent, et surtout gérer le léger temps de latence entre le moment où vous lancez votre module et celui où il revient. Dans ce petit laps de temps, votre vaisseau est sans défense. Dans un jeu comme Gaiares, cela contribue à relever la difficulté en imposant une grande maîtrise de votre vaisseau et une analyse judicieuse de la situation car n'oubliez pas, si vous mourrez, vous repartez à zéro. Il faut donc des fois ne pas tenter le diable à dupliquer une arme et rester en vie. Dans le lot vous aurez des lasers, missiles et j'en passe, mais je vous laisse la surprise de la découverte. La seule " option " que vous pourrez ramasser dans le jeu est une capsule rouge qui une fois que vous la touchez, fait exploser tous les ennemis à l'écran.

Le retour de Shinobi

Niveau technique, Gaiares est dans le haut du panier de la console. La bande son a été réalisée par Shinobi Ogawa, à qui l'on doit déjà les compositions de la saga Valis. Les connaisseurs sauront apprécier ces mélodies recherchées et clairement travaillées. Moi je suis fan et même si cela n'atteint pas la fureur d'un Thunder Force, on obtient un résultat qui fait plaisir aux oreilles. Même au niveau bruitage on n'est pas agressé par les tirs, explosions ou autres effets. On peut donc monter le son sans problème et apprécier le travail général qui est fait sur l'ensemble de la bande son de la cartouche.

Graphiquement, Gaiares ne déçoit jamais. Dès le début du jeu on remarque des scrollings parallaxes nombreux et fluides, un choix des couleurs réussi, des sprites bien proportionnés, des décors fouillés (même dans l'espace), des boss énormes, des tirs par dizaines sans saccade et une diversité des situations qui mérite le respect. Je mettrais une mention spéciale au niveau 5 où vous vous retrouvez sur une lune glacière proche d'un soleil artificiel. Vous alternez entre la surface givrée avec ses ennemis associés en descendant vers le bas de l'écran, et les vagues de lave d'une surface en ébullition en montant vers le haut du décor. J'ai adoré cette idée et les boss que vous allez affronter dans ce stage, s'adaptant eux même à ce changement climatique.

Je n'oublie pas les nombreux effets de distorsion très réussis alors que le jeu est sorti en 1990, rappelons-le.

Mon seul et unique reproche serait dans certains niveaux la présence d'ennemis assez petits et ultra rapides dont le design ou la couleur se confond avec le décor. Cela rend forcément difficile leur appréhension ou leur évitement. Ils auraient peut-être pu éviter cet écueil, le jeu étant déjà assez difficile en soi.

Enfin, petit coup de cœur à la jaquette japonaise que je trouve magnifique où l'on voit une représentation de la déesse Gaia avec le vaisseau qui cache une partie de son corps dénudé. Par contre oubliez la jaquette US qui est comme souvent totalement atroce. On dirait que c'est un enfant de 8 ans qui a fait ce qui doit être la déesse Gaia avec un trident style Poseidon, une peau bleue et des bras à la musclor (WTF???), ou un gars vert sur la gauche dont je n'ai pas compris ce qu'il représentait, et enfin la mort au milieu digne d'un épisode de Scooby Doo. Bref, faudra vraiment m'expliquer un jour l'intérêt à l'époque pour les américains de remanier systématiquement les jaquettes.

Vous l'aurez compris, pour moi Gaiares cumule les bons points. Beau, varié, des tas d'effets spéciaux réussis, une ambiance géniale, une mise en scène travaillée, un gameplay unique et une bande son de qualité. Il ne manque peut-être qu'un mode deux joueurs si je devais chipoter, mais surtout peut-être un travail sur la difficulté un peu trop corsée qui risque de rebuter la très grande majorité des joueurs. C'est bien dommage parce que c'est un jeu technique qui ne pardonne pas l'erreur mais qui sait récompenser les plus acharnés.

Joueurs qui veulent garder leurs cheveux intacts, vous êtes prévenus ...

Verdict

8

Points forts

  • Une intro et une fin remarquable
  • Un vrai scénario pour un shoot
  • Graphiquement réussi
  • Armement innovant
  • Des effets spéciaux maîtrisés
  • Bande son de qualité

Points faibles

  • Très difficile voir frustrant
  • Manque un mode deux joueurs (mais c'est pour chipoter)
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Mega Drive 7.0 4

Commentaires

merci c'est sympa ;)
j'adore ce jeu mais quelle difficulté... je comprends mieux pourquoi après tous ces shoot dans mes tendres années, je n'ai plus de cheveux aujourd'hui
rynex, 06 jan 2019 - 12:43
Tellement content de connaà®tre enfin qui est le compositeur
Merci!
J'ai jamais réussi à dépasser le Boss du Dragon robot mais j'vais m'y remettre. ça ma donné envie ^^.
un jeu qui m'avait " deçu " à l'epoque. j'avais pu y jouer en version US apres avoir fait El viento et je m'attendais a une bande son du meme style et aux memes sonorités. Comme c'est loin d'etre le cas - je trouve la bande son très quelconque sur ce titre - j'avais été déçu par ce point car j'attendais bien mieux avec le logo Renovation sur la jaquette. Après sur le plan graphique, le jeu est une tuerie.

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