Test : Demon Slayer Sweep the Board (Switch, PS, Xbox, PC)
Il ne semble pas nécessaire de rappeler le succès du manga et de la série Demon Slayer ; bien que le manga soit terminé depuis 2020, la série animée continue, et les films remplissent les salles, au point que le film Le Train de l'Infini s'est hissé au sommet des plus gros succès de l'histoire du cinéma japonais l'année du COVID 19. Il est donc logique de tenter d'exploiter le filon en jeu vidéo autant que possible, mais comment faire quand The Hinokami Chronicles exploitait déjà la piste du jeu de baston ? Et bien, en développant, pff, je sais pas, allez, un jeu de plateau ?
Demon Slayer : Sweep the Board est donc une sorte de jeu de l'oie, qui se divise en deux phases : les phases de jour, durant lesquelles il faut atteindre la case désignée par le corbeau de liaison, et celles de nuit où... et bien c'est exactement la même chose mais cette fois-ci on cible un démon, qu'on va devoir affronter.
Les parties comptent obligatoirement 4 joueurs (dirigés par l'IA si vous n'avez pas réussi à trouver des amis pour vous rejoindre), le but du jeu étant de se classer premier à la fin de la partie (d'un nombre de tours choisi au lancement) en cumulant des points de rang et des pièces de pourfendeur. Chacun à son tour lance un dé, et se déplace sur le plateau en fonction du résultat, dans le sens indiqué par des flèches. En plus d'un dé classique, chaque personnage possède un "Dé de pourfendeur", qui lui est propre, et qui permet par exemple de se déplacer de 10 cases, de gagner des points de rang ou des pièces. Ce dé est soumis à un cooldown, mais d'autres bonus, glanés sur le plateau, donnés par des PNJ sur certaines cases, ou achetés en boutique avec les pièces, peuvent augmenter vos capacités de déplacement.
Et pourquoi pas un taquin pendant qu'on y est ?
Certaines cases du plateau vous octroient des pièces, d'autres vous en font perdre, et d'autre encore octroient des bonus, voire un partenaire : celui-ci lancera un dé en même temps que vous, et vous pourrez utiliser son dé de pourfendeur. Une fois que les 4 joueurs ont lancé leur dé, c'est la fin du tour. Durant les phases de jour commence alors un mini-jeu, et le ou les vainqueurs (certains se jouent en équipe) gagnent des pièces supplémentaires. Ces mini-jeux sont extrêmement basiques : on retrouve du badminton, de la corde à sauter, de la course d'obstacle, ou encore un jeu de memory. Leur point commun est leur absence totale de technicité, et surtout de fun. Non seulement ils n'ont aucun intérêt, mais les interactions avec les autres joueurs sont soit inexistantes, soit minimes. Et pourtant, ces mini-jeux sont les moments les plus excitants des phases de jour, qui se limitent sinon à appuyer sur le bouton de lancer de dé une fois toutes les 5-6 minutes, parfois juste pour se voir attribuer des pièces en plus, et repasser la main.
Une fois que l'emplacement désigné est atteint par un des joueurs, on passe à la phase de nuit. Et là rebelote, sauf qu'il n'y a plus de mini-jeux, mais des combats contre des démons, qui se composent d'un unique QTE pour les plus faibles, et d'une série d'action pour le démon principal du plateau. Actions qui se résument à bourrer une touche, ou à appuyer sur un bouton ou une direction au moment. Hourra. Une fois le gros démon vaincu, on repasse à la journée, et le cycle reprend. Mais on peut très bien passer plusieurs tours dans l'abattre, ce qui signifie qu'on n'a même pas le droit aux mini-jeux nuls de la journée pour nous réveiller de notre torpeur.
Pourfendeur de fun
Les amateurs de jeux de société vous le diront : les meilleurs sont ceux qui savent doser stratégie et hasard. Trop peu de hasard, et les débutants n'ont aucune chance face aux joueurs expérimentés. Trop de hasard, et le jeu devient forcément injuste envers certains. Sweep the Board tangue fortement du côté du hasard ; malgré la possibilité d'utiliser des items, et les spécificités des cinq plateaux de jeu, (un avec un train qui est le seul moyen de rejoindre une partie de la carte, un autre coupé en deux par une maison avec trois entrées mais une seule sortie), il n'y a pas beaucoup de place pour la stratégie. Et pas non plus beaucoup pour réellement affronter les autres joueurs en dehors des mini-jeux, les interactions étant limitées à certaines cases ou items spéciaux.
En plus de cela, le rythme du jeu est soporifique au possible. La moindre action prend un temps fou, et on se prend à redouter la venue du marchand qui prend 15 satanées secondes à chaque fois. Résultat, on a le temps de vérifier ses e-mails ou d'aller se faire couler un café une fois qu'on a terminé notre tour, puisqu'on n'a aucun intérêt à regarder ce que font les adversaires : ce n'est ni intéressant, ni rigolo, juste long.
Parfois, un jeu médiocre, même mauvais peut se révéler rigolo en multi. C'est le cas par exemple de London 2012, ou de Tokyo 2020 (et de notre incroyable partie de rubgy avec uniquement des joueurs déguisés en Sonic). Mais ce n'est même pas le cas ici, tant on s'ennuie durant les phases de plateau, et tant les combats et les mini-jeux sont indigents.
Que peut-on sauver alors ? Les personnages réussis, Cyberconnect 2 a définitivement du métier de ce côté-là. On ne peut pas en dire autant des décors, minimalistes et sans vie, des bruitages (le tchou tchou anémique du train fait de la peine), ou de l'aspect technique en général : les scènes de victoire et leurs confettis et feux d'artifice tout droit tirés d'une banque d'effets font ramer un PC gamer, et la V-Sync est plus qu'approximative. On peut saluer la présence de voix japonaises et américaines, la présence d'options d'accessibilité probablement issues de la version Switch, et la quantité de contenu cosmétique à débloquer avec la monnaie généreusement distribuée en jeu. C'est peu.
L'intérêt des jeux de société sur consoles est en général de permettre d'introduire des mécanismes complexes, difficiles à mettre en œuvre en vrai (par exemple, la Roue de la Fortune, c'est un peu galère à mettre en place dans un salon). Pour Demon Slayer : Sweep the Board, c'est exactement l'inverse : ce qui aurait pu être un petit jeu sur table sympa et rythmé pour enfants devient une usine à gaz éreintante alourdie par des séquences d'action ineptes. On se demande bien à quel public est adressé ce titre, qui n'a aucun intérêt pour un adulte, et est assuré de faire mourir d'ennui un groupe d'enfants. On a l'impression féroce d'être devant une tentative fainéante de gratter quelques deniers sur une licence dont l'exploitation touche à sa fin. Après, si vous avez le choix entre ça et un Monopoly...
Verdict
Points forts
- Modélisation des personnages réussis
- Pas trop avare en contenu
Points faibles
- Mini-jeux sans aucun intérêt
- Combats sans aucun intérêt
- Absence totale de rythme des parties
- Technique tout juste potable


