Test : Two Point Campus (PC, Switch, PS, Xbox, Mac, Linux)

Test réalisé sur la version PC.

Après avoir sorti sept DLC pour Two Point Hospital, il était temps pour Two Point Studios, qui ont rejoint la SEGA Family il y a peu, de proposer du neuf aux amateurs de jeux de gestion rigolos. Avec Two Point Campus, ils abordent une thématique rare dans le genre, sans pour autant trop sortir de leur zone de confort. Et celle des joueurs ?

Moi, j’ai fait l’école de la vie
 

Two Point Hospital avait tiré d’un environnement potentiellement anxiogène un jeu très léger, voire franchement rigolo, où finalement la maladie et la mort n’étaient que des péripéties qui nous empêchaient d’atteindre nos objectifs financiers. Un peu comme dans un Ehpad finalement. Avec Two Point Campus, le sujet est plus léger, car même si nous ne sommes pas tous égaux face à la façon dont peuvent se dérouler nos études supérieures, elles ont toutes en commun une différence fondamentale par rapport à l’hôpital : on s’y rend de notre plein gré.

Les habitués de TPH ne seront pas dépaysés en découvrant Two Point Campus, puisque le style graphique est identique, l’interface similaire, et on retrouve très vite nos marques : il est toujours question de développer notre business (ici, des universités aux accents anglo-américains) en s’occupant correctement de notre personnel, et en permettant à nos visiteurs, ici les étudiants, propres sur eux et non violents, d’arriver à leur but : décrocher leur diplôme.

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Dans chacun des 12 campus qui composent le jeu, il faut donc fournir un enseignement de qualité aux étudiants, tout en veillant à leur bien-être. Il existe au total 17 formations, qui vont de l’école de clown, à la robotique, en passant par la chevalerie, la culture générale, la musique ou encore la contre-culture. Rien de très sérieux, donc, et on peut se demander quels sont les débouchés de certains cursus. L’enseignement est prodigué par des professeurs qui sont formés de base dans au moins une matière, et dont on peut évidemment améliorer les compétences via des modules de formation.

Les cours ont lieu dans deux types de salles : les amphithéâtres, qui servent indifféremment à toutes les matières, et les salles de cours, qui peuvent être spécifiques à une seule discipline, mais pas forcément : par exemple les terrains de joute ne servent qu’aux cours de chevalerie, mais les salles d’informatique peuvent servir en cours d’histoire d’internet et de carottage de fric (je n’invente rien). Il est également indispensable de construire une bibliothèque pour permettre aux étudiants de réviser et de faire leurs devoirs. 

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Plus High Scool Musical qu’Esprits Rebelles
 

Mais ce n’est évidemment pas suffisant : pour garder nos étudiants heureux, il faut qu’ils soient nourris, reposés, propres, divertis, en bonne santé, et qu’ils puissent tisser des liens sociaux. On doit donc construire suffisamment de chambres (ou de dortoirs, mixtes ou non, c’est vous qui voyez), de toilettes et de douches pour assurer le minimum vital. Mais aussi un foyer et un syndicat étudiant, pour faire la fête, se restaurer, et tisser des liens autour d’un jeu d’arcade ou d’un baby-foot. Pour se nourrir, le plus simple est d’installer des distributeurs, mais les cheesy gubbins et le soda font baisser la santé, et augmenter le besoin de se rendre à l’infirmerie : les stands de nouilles chinoises ou de smoothies n’ont pas ce problème, mais nécessitent d’être tenus par un assistant. 

Une partie de Crazy Taxi c’est bien, mais une fête c’est mieux : le foyer et le syndicat peuvent accueillir des soirées et des concerts (pour peu que vous ayez une scène), et on peut projeter des films dans les amphis hors des périodes de cours, ce qui augmente considérablement le bonheur de vos élèves. Et pour tisser des liens, quoi de mieux que de rejoindre un club, de partager un pique-nique, et mieux encore : vos étudiants rencontreront peut-être l’âme sœur sur un banc décoré de jolis cœurs roses, avant de faire des galipettes sur leur lit. Littéralement, évidemment : Two Point Campus est un jeu tout public. Pensez aussi à agrémenter à embellir votre campus, les jeunes d’aujourd’hui y sont sensibles figurez-vous.

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Évidemment tout cela a un coût, et comme dans tout bon jeu de gestion, l’argent est le nerf de la guerre. Chaque étudiant paye des frais universitaires, qui sont fixes et dépendent de sa formation, et un loyer, qui varie en fonction de la qualité de sa chambre. Contrairement aux facturations à l’acte de TPH, ces versements n’ont lieu qu’en fin de mois, et ils sont à peu près fixes au cours d’une même année scolaire. Dans TPH, il était possible de se sortir d’une situation budgétaire difficile en investissant dans un traitement très cher, mais ici, c’est impossible : le seul moyen de revenir à l’équilibre est de licencier, au risque de dégrader la qualité d’enseignement. 

Pour quel impact ? Là encore, essentiellement financier. Un étudiant de moins, c’est une partie de votre rente qui s’envole, alors que vos frais généraux restent fixes. Certaines missions requièrent une moyenne générale minimale pour être réussies, mais bizarrement, le pourcentage d’abandon n’est jamais un enjeu. Si vous réussissez à vous en sortir avec la moitié de vos étudiants qui échouent chaque année, grand bien vous fasse. Cela dit, avec des promos de 30 ou 40 étudiants, et des cursus qui peuvent aller de un à trois ans, perdre 5 ou 10 élèves devient vite problématique. Il faut donc prendre garde à chouchouter nos petits chéris, car un étudiant malheureux finira par tout lâcher, quelque soit sa moyenne générale.

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Et ils ne sont pas faciles à satisfaire, ces jeunes. Oh, ils ont bien une jauge pour chacun de leurs besoins, mais il n’est pas facile de savoir pourquoi ils refusent de dormir, de se doucher (ou de simplement se passer un peu de gel hydroalcoolique, c'est quand même pas la mer à boire), ou de se faire des amis. Les étudiants peuvent avoir plusieurs typologies, le plus souvent selon leur matière, et pour certains il est facile de voir comment les satisfaire : les gothiques aiment les posters lugubres et les lampes en forme de corbeau, mais les chevaliers ? Les posters du Puy du Fou ? Les hot takes rétrogrades sur Twitter ? Au moins tous apprécient de humer le parfum des fleurs, ou de prendre l’air sur un banc dans le jardin, mais parfois, on a beau mettre un peu de tout un peu partout, ils ne sont toujours pas contents. Les salopiauds.

Ben alors qu’est-ce que tu veux faire ? Je sais pas moi, gangster ?


La grosse différence de Two Point Campus par rapport à Two Point Hospital, c’est la gestion des extérieurs : on a la maîtrise totale des bâtis, et on peut agrandir ou réduire la surface de nos bâtiments, modifier l’emplacement des portes, et ajouter des fenêtres ou des baies vitrées. Surtout, on dispose d’un tas d’éléments de personnalisation des allées et jardins, avec moult sièges, arbres, clôtures, et autres éléments de décoration. Ça change beaucoup la façon d’aborder les niveaux, puisqu’il suffit parfois de pousser un peu les murs pour ajouter un item dans une salle de cours, et puis c’est tellement sympa de voir nos élèves déambuler au milieu des bosquets, avant de s’asseoir entre amoureux sous l'arbre aux bisous. D’ailleurs certaines salles de cours doivent aussi être placées en extérieur, ce qui demande parfois des trésors d’optimisation, puisque chaque augmentation du nombre d’élèves (quand on a investi dans une formation, ou bien simplement à chaque nouvelle année scolaire) nécessite d’acheter de nouvelles salles (et d’embaucher du personnel). 

Si au lancement du jeu, on est un peu circonspect devant la ressemblance avec Two Point Hospital, tous ces nouveaux éléments de gameplay mis bout à bout rendent l’expérience quand même relativement différente, surtout que les développeurs ont pris soin de corriger quelques faiblesses de leur premier jeu.

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Par exemple, dans TPH il était possible de monter le niveau des salles au maximum en les maintenant à une taille minimale et sans acheter d’accessoires, simplement en les gavant de certaines décorations murales. Ici, c’est impossible, tout simplement parce que certains accessoires pédagogiques sont indispensables à l’obtention de bonnes notes : refusez d’installer un terminal numérique en salle informatique, ou un évier pour le cours de cuisine, et vos élèves échoueront à leurs devoirs. On se retrouve vite avec des salles très grandes, on doit donc optimiser leur positionnement et la configuration des bâtiments, tout en gérant un budget. De la même façon, finies les salles de formations avec 20 pupitres et bourrées de bibliothèques pour former le personnel en 10 secondes à moindre coût : les modules de formations sont maintenant gros et chers, et donc à installer avec parcimonie. Globalement on passe beaucoup moins de temps à micro manager le personnel, et bien plus à concevoir notre campus, et c'est une bénédiction.

A côté de ça, on bénéficie des améliorations apportées à TPH au fil du temps, comme la duplication de salles, la possibilité d’enregistrer des plans de salles type, la personnalisation des objets et des salles, ou la présence d’un mode bac à sable paramétrable.

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Same. But different. But still same.


Visuellement, on est au-dessus de ce que proposait TPH, avec des animations plus variées et plus détaillées pour les élèves et le personnel. Les différents “clans” d’élèves ont de la personnalité, et sont immédiatement reconnaissables : on retrouve les Pink Ladies et les T-Birds de Grease, des nerds avec grandes dents et bretelles, etc.  Les animations de leurs activités en cours, mais aussi en dehors, sont vraiment amusantes et bourrées de caractère. Il faut les voir galérer sur le mur d’escalade, s'époumoner en cours de chant, ou se dandiner, chacun à sa façon, durant les concerts. Un campus avec 150 étudiants ou plus est un vrai plaisir à observer.

L’humour de Two Point Studios fonctionne toujours, mais je ne peux pas m’empêcher de regretter qu’ils ne soient pas allés un peu plus loin. C’est quand même dommage d’avoir un cursus de contre-culture sans cours de manifestation, avec chant de slogans et peinture de banderoles au programme, ou de cours d’évasion fiscale ou de blanchiment d’argent, dans le cursus de carottage de fric. Le jeu est très, très consensuel, alors qu’il y avait certainement la place d’adopter un ton un peu plus pince-sans-rire sans tomber dans l’excès, à l’image des annonces vocales qui vont un peu plus sur ce terrain. 

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De plus, les mécanismes de gameplay se répètent de niveau en niveau : mis-à-part quelques incursions de saboteurs de campus extérieurs, par exemple, et des conditions de rémunération qui changent parfois, on ne doit pas vraiment modifier notre mode de gestion d’un stage à l’autre, comme c’était par exemple le cas avec les épidémies ou les vagues de malades de TPH. Le déroulement d’une année sur une année scolaire, avec une coupure pendant les vacances d’été, permet de plus de réfléchir tranquillement à notre configuration pour l’année suivante. Et si j’ai dû recommencer un ou deux niveaux plusieurs fois faute d’avoir bien géré mes emprunts, une fois un certain cap franchi, on a vraiment peu de risque d’échouer. C’était déjà un peu le cas dans TPH, mais certains DLC avaient mis la barre plus haute en termes de difficulté, et on pouvait espérer avoir un peu plus de challenge. 

Cela dit, ça n’empêche pas le jeu d’être agréable et très prenant, et il prend bien soin d’ajouter des éléments de gameplay nouveaux assez tard dans le jeu pour continuer à susciter l’intérêt, à défaut de surprendre, et la grosse trentaine d’heures nécessaires pour décrocher une étoile à chaque niveau passe comme une lettre à la poste. Comptez-en certainement soixante à quatre-vingt pour terminer les niveaux à 100%, et plus encore pour créer le campus parfait, avec une moyenne générale de A et des étudiants au comble du bonheur.

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Niveau jouabilité, l’interface est très proche de celle de Two Point Hospital, et sortie simultanée sur consoles oblige, le jeu est conçu pour être joué au pad : ça fonctionne très bien, avec des menus ergonomiques, et la perte de vitesse d’exécution n’est pas du tout pénalisante. Il est juste dommage, encore une fois, que les commandes à la manette ne soient pas du tout customisables, ce qui est assez scandaleux en termes d’accessibilité, alors que la taille de l’interface est-elle, configurable. Joueurs Switch, rassurez-vous, vous devriez pouvoir jouer en mode portable sans finir aveugle. On regrettera aussi les modifications apportées à l'écran de gestion du personnel, bien moins pratique pour leur attribuer des tâches spécifiques en masse, et l'uniformité des couleurs de tous les menus, harmonieuse mais qui peut prêter à confusion. Au niveau des reproches, on ajoutera la gestion des formations, simplifiée mais un peu laborieuse.

S’il ne s’écarte pas de façon spectaculaire de son prédécesseur, Two Point Campus réussit à ne pas traîner dans son cartable les erreurs de son aîné, à en reprendre les bonnes idées, et à apporter suffisamment de nouveautés, pour qu’un amateur de Two Point Hospital replonge de bon cœur. Plus beau, plus varié, mais aussi un peu plus pépère dans ses mécanismes et peut-être un peu trop policé, Two Point Campus réussit à poursuivre la franchise de façon cohérente sans trop tomber dans la redite. On attend quand même un peu plus d’audace dans les DLC obligatoires à venir, et pour le prochain titre du studio. Après tout, si on ne se rebelle pas quand on est étudiant, quand le fait-on ?

Verdict

8

Points forts

  • Les cours originaux et les salles rigolotes
  • Enfin la gestion des extérieurs
  • Le bonheur des étudiants est un vrai enjeu
  • Beaucoup d'éléments de personnalisation
  • Joli comme tout et toujours bien animé
  • Le gameplay bien adapté au pad
  • Grosse durée de vie

Points faibles

  • Gameplay un peu redondant au fil des niveaux
  • Pas de vrai impact négatif des abandons
  • Peut-être un poil trop gentillet
  • Difficulté assez faible globalement
  • Quasiment pas d'option d'accessibilité
  • Assez similaire à Two Point Hospital

Commentaires

Merci pour le test ! Si je le prends, ce sera sur Switch, en espérant une technique qui suit et un bon gameplay même en nomade 🙂