Test : Shadow the Hedgehog (Xbox, PS2, GameCube, PSN)

En 2004, SEGA annonce son nouveau jeu pour 2005, après avoir teasé avec un sondage pour savoir quel personnage pourrait avoir son propre jeu. L'annonce en elle-même a fait du bruit, pas toujours en bien puisque il s'agit d'un jeu avec le hérisson noir apparu dans Sonic Adventure 2 : Shadow the Hedgehog.

I'm Shadow, Shadow the Hedgehog !

Shadow the Hedgehog est un jeu de plateforme qui, malgré son statut de jeu spin-off, est un jeu classique dans la série du hérisson. On court en attrapant des anneaux pour se protéger et on flingue les ennemis à coup de homming attack pour s'en débarrasser, on saute de plateforme en plateforme... Toutefois, ce n'est pas Sonic qu'on dirige mais Shadow, ce qui va imposer quelques changements dans le gameplay et le ton du jeu.

Déjà, l'histoire : le jeu commence sur fond d'invasion d'aliens, les Blacks Arms, qui veulent conquérir Mobius. La résistance s'organise avec le GUN qui tente de s'opposer, Sonic et ses amis qui donnent un coup de main par ci-par là, et même Robotnik qui tente de prendre sa part du gâteau. Le chef des aliens, Black Doom, tente de convaincre Shadow de rejoindre son camp en lui demandant de récupérer les Chaos Emeralds. Voilà le hérisson noir lancé dans une quête où il devra choisir sa voie.

Désormais, il ne s'agit plus de rejoindre la fin pour terminer le niveau : vous avez trois objectifs potentiels à accomplir, qui détermineront le niveau suivant. En effet, vous avez un objectif Dark, Neutral et Hero. Tandis que Neutral consiste simplement à atteindre la fin du niveau, Dark consiste à remplir une mission pour le compte des Blacks Arms/Robotnik tandis que Hero nécessite de remplir une mission avec Sonic ou ses amis. Si Robotnik et Black Doom se contentent de vous surveiller, en balançant des "conseils", les autres personnages seront plus actifs en éliminant les ennemis et on peut même en prendre le contrôle à la deuxième manette.

L'enchaînement des niveaux est construit autour d'un arbre, à la façon d'Outrun. Si vous accomplissez la mission dark, vous passez vers le haut de l'arbre. Une mission Hero vous fait aller vers le bas de l'arbre. Enfin, une mission Neutral vous fait continuer tout droit. Ce système permet de prendre n'importe quel chemin et de varier les niveaux. De plus, chaque dernier niveau a deux objectifs avec chacun une fin à accomplir. En revanche, peu importe avec qui vous vous alignerez, Soldats du Gun, Badniks et Black Arms voudront votre peau. Enfin, je jeu est ponctué par des boss mais ils ne sont guère mémorables, surtout qu'ils sont parfois répétés sur différents chemins.

Where's that damn fourth Chaos Emerald ?

L'autre rajout du jeu, très controversé, est les armes à feu. Si ça semble saugrenu, ces armes sont toutefois assez bien intégrées : en effet, le jeu, comme dans Heroes, dispose d'ennemis qui sont des sacs à points de vie. Les armes permettent de rapidement les éliminer et de disposer d'une grande puissance de feu pour dévaster toute opposition, même si on se pose la question de l'intérêt de modifier le gameplay juste pour rendre indispensable les armes à feu : ils sont bien intégrés dans le gameplay mais ça reste on ne peut plus artificiel, et c'est la raison pour laquelle elles posent vraiment problème.

Le jeu inclut aussi des véhicules, mais contrairement aux armes, leur intérêt in-game est quasi nul : Shadow est suffisamment mobile pour se passer de la quasi-majorité de ceux-ci. Seul le robot marcheur qui permet de sauter plus haut et les Black Arms volants que l'on peut chevaucher (qui sont surtout imposés dans certaines séquences de tir) s'avèrent utiles dans la marche du jeu. Les autres ne sont qu'une perte de temps, et n'apportent rien.

Les missions en elles-mêmes sont modérément variées : généralement, il s'agit de détruire tous les ennemis spécifiques à un camp, mais d'autres sont un peu plus originales, comme faire la course dans le temps imparti, détruire un vaisseau avant qu'il ne s'échappe, empêcher l'évacuation du président ou de Robotnik ou ramasser un grand nombre de rings. Le problème est que très souvent, vous passerez à côté des cibles à détruire. Heureusement, la Sonic Team ayant pensé à tout, et les checkpoints servent de téléporteurs pour revenir à un endroit du niveau, ce qui permet de refouiller à la recherche des cibles manquantes ... et résultat, vous passerez un nombre incalculable de minutes à faire du backtracking, juste pour chopper le dernier ennemi manquant, en particulier lors de niveaux comme The Doom ou Lost Impact.

Justement, parlons-en du level design : jamais un jeu Sonic n'a eu de level design aussi insipide. Le jeu continue dans la lignée des trois précédents jeux dans la linéarité et ça se ressent dans les niveaux : ils se résument désespérément à un couloir droit, avec rarement un couloir annexe pour prendre un autre chemin, et quand le niveau est plus ouvert, c'est juste pour offrir soit un passage d'élimination d'ennemis ennuyeux, soit une phase de plateforme d'un ennui... Et surtout, Shaodw the Hedgehog souffre de la même tare que Sonic Adventure 2 : le recyclage monstrueux d'assets. C'est simple, des bouts entiers de niveaux sont recyclés, parfois dans le niveau même. Et que dire des niveaux comme The Doom ou Lost Impact, ultra labyrinthiques à souhait, où on peut passer 30 minutes juste pour trouver le dernier ennemi. Ah, et comme dans Sonic Adventure 2, les environnements sont recyclés pour gonfler le nombre de niveaux : Westopolis et Central City se ressemblent beaucoup, Sky Troops est juste Glyphic Canyon dans les airs ... La liste est longue.

We will begin to exterminate all of the world's leaders who resist !

Du point de vue graphique, Shadow the Hedgehog n'est guère mieux : le jeu est tellement obsédé par l'idée de proposer un ton "mature" qu'il en devient laid, avec ses tons gris, marron et violets. Il réussit à être plus moche que Heroes, voire Sonic Adventure 2 dont il reprend des niveaux. Si techniquement, la version Gamecube tiens la route, on ne peut pas en dire autant de la version Playstation 2, qui souffre des mêmes tares que Heroes. Au niveau musical, c'est la même rengaine que pour l'aspect visuel : l'obsession du côté "mature" fait que la bande son est quasiment dominée par du hard rock de piètre qualité. Pas une seule musique ne se détache du lot.

Il est temps de s'attaquer à ce qui est certainement le plus gros problème de Shadow the Hedgehog : l'histoire. Celle-ci est entièrement basée sur la volonté de faire connaître le passé du hérisson noir, déjà évoqué dans Sonic Adventure 2. Pire, il aurait suffi que l'un des protagonistes de Heroes explique le déroulé de SA2 pour que le jeu n'ait plus aucun prétexte pour exister. Et ce serait tant mieux car la Sonic Team s'est inspirée pour son jeu de Constantine, Underworld, Independence Day et Terminator (vous remarquerez que dans la liste de films, un seul est potable) et ça se voit : le jeu essaie désespérément d'attirer l'attention des 10-18 ans mais il le fait avec un tel premier degré que tout personne en dehors de cette catégorie d'âge n'accordera guère de crédit à l'histoire. Pour ne rien arranger, la structure d'arbre permet des aberrations scénaristiques cocasses comme trahir Black Doom puis s'allier puis le retrahir ... Ahurissant !

Pour ne rien arranger à ce micmac, SEGA of America a encore une de plus foiré la traduction du jeu. Elle contient les habituels contresens, comme le président et commandant qui félicitent Gérald Robotnik, alors qu'il s'agissait de Shadow dans la VO. En plus, le jeu a des fautes grammaticales juste énormes, comme ce passage avec Sonic qui demande à Shadow de monter "Nous allons vers l'ARK. Cela veut dire qu'on nous y allons aussi". Fort heureusement, SEGA Europe a recollé les pots cassés dans sa version française et on évite ce genre d'étourderie.

Enfin, SEGA a décidé d'abandonner le cast de voix adopté durant les années Dreamcast pour récupérer celui de Sonic X, et on ne peut pas dire que ce soit un choix judicieux. Même si ça règle le problème Tails en abandonnant définitivement l'idée saugrenue d'utiliser des jeunes garçons pour faire sa voix, on se tape en revanche une Rouge couguar de 40 ans. En revanche, on a Mike Pollock comme Eggman mais à l'époque, il était sous-employé et ne seyait pas au rôle d'Eggman comme aujourd'hui. Ajoutons aussi que, comme d'habitude, le jeu contient à mort des phrases préenregistrés répétés ad-nauseam (You know what they say, the more the merrier !) et comme les jeux précédents, ces phrases sont devenus des memes, ridiculisant encore plus le jeu. Tous ces points font de Shadow the Hedgehog un véritable nanar de luxe.

Find the computer Room !

Shadow the Hedgehog est un véritable nanar vidéoludique : entaché de défauts techniques et de gameplay, fade, incapable de se détacher du premier degré et impossible à prendre au sérieux, ce jeu fait partie des Sonic qu'il vaut mieux oublier, tant son apport à la série est négligeable voire négatif. Par chance, le jeu sorti l'année suivante a totalement éclipsé son "échec" (même s'il s'est bien vendu), mais il montre que vouloir désespérément attirer un public qui n'est pas le sien n'est pas une grande idée.

Verdict

3

Points forts

  • Un beau gros nanar vidéoludique.
  • Des armes plutôt utiles

Points faibles

  • Vraiment moche comparé à Heroes.
  • Contrôles exécrables, avec du patinage pas artistique.
  • Boss plutôt ratés.Musique décevante.
  • Backtracking trop lourdingue.
  • Level design vrai
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
GameCube 5.7 3

Commentaires

Rage, 13 mar 2018 - 3:50
J'en garde un bon souvenir de ce Shadow que je possède sur Cube et Xbox. Je voulais refaire une session pour le compléter à 100% ... Un peu dur la note quand même et les commentaires aussi. Le jeu est globalement intéressant à faire malgré les diverses lacunes bien énumérées.

Merci pour ce test :good::good: