Test : Rez Infinite (PS5, PS4)

Sorti à l’origine sur Dreamcast en 2001, Rez fait partie de ces jeux que personne n’attendait vraiment et qui pourtant se sont inscrits au panthéon des jeux vidéo à la fois en marquant son époque et en proposant ce savant mélange entre art et divertissement.

Tetsuya Mizuguchi a mis toute sa passion et son talent artistique pour créer ce titre alliant action frénétique et création musicale. Rez connut un développement compliqué qui débuta en 1995, car Sega ne croyait pas au projet, et les déboires financiers de la firme n’ont rien arrangé. Ce fut finalement le jeu de la discorde et du divorce entre lui et Sega à tel point que Rez sortira en simultané sur PS2 et Dreamcast, un comble.

Au grand désespoir de nombreux fans de Sega (moi compris) qui lui doivent des jeux comme Sega Rally, Sega Touring Car ou Space Channel 5, il quittera la maison mère pour fonder son propre studio, Q Entertainment, après la sortie de Rez.

Quasiment tous les jeux qui suivront seront des jeux artistiques / musicaux comme la saga des Lumines (considérés par beaucoup comme le summum de la création musicale), et d’autres jeux où la partie artistique reste prédominante comme Child of Eden. Il sera également concepteur de Tetris Effect, un autre jeu adapté en VR où la création musicale reste au cœur de l’expérience.

Pour en revenir à Rez, ce jeu fût adapté sur PS2, et une version HD a vu le jour sur le Xbox Live Arcade. Il faudra ensuite attendre la PS4 et l’arrivée du PSVR 1 pour avoir une nouvelle mouture de Rez intitulée « Rez Infinite ». C’est donc cette dernière « mise à jour » que nous allons tester aujourd’hui, dans un premier temps dans son format d’origine sans la VR, pour ensuite découvrir ce qu’apporte à la fois la version PS4 sur PSVR 1 et la version PS5 sur PSVR 2 sortie avec le casque de dernière génération.

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Un vrai raz de ma-Rez…

Si Rez n’a pas connu un succès commercial à la hauteur de ses qualités, il n’en reste pas moins que ce fût un véritable raz-de-marée de critiques dithyrambiques autant sur Dreamcast que sur PS2. Le jeu a même décroché le GOTY 2016 du meilleur jeu VR de l’année sur PS4.

On pourrait croire qu’un jeu musical ou encore même un shoot'em up soit la plupart du temps dépourvu de scénario, mais ici ce n’est pas le cas. Bien que simple dans sa narration, c’est au fil des niveaux que vous comprendrez la profondeur du sujet abordé, entre prévision de notre propre futur, intelligences artificielles (complètement d’actualité de nos jours) et philosophie sur la nature de l’humanité.

Rez nous plonge dans un monde totalement numérique où une intelligence artificielle créée par l’homme du nom de Eden (ce qui explique le titre du jeu qui avant de s’appeler Rez, s’intitulait « project Eden ») fini par ne plus maîtriser tout le réseau qu’elle a elle-même contribué à construire et à faire évoluer. Elle s’enferme donc à l’abri de ce système numérique devenu fou, laissant alors l’humanité en proie à cet ennemi redoutable qui voit en l’homme une menace qu’il faut éradiquer.

Vous incarnez donc un hacker qui a réussi à s’infiltrer dans le monde numérique sous forme d’une sorte de virus informatique, et vous partez à la recherche de l’IA Eden afin de la sortir de sa torpeur et peut être lui redonner confiance en l’espèce humaine afin de nous sauver tous de l’apocalypse annoncée.

Ce scénario et cette mise en scène rappellent autant d’œuvres littéraires que cinématographiques comme Tron bien entendu, ou Lawnmower Man pour les plus connus. Valeurs sûres qui résonnent encore plus de nos jours où les IA commencent à émerger de façon très convaincantes.

Rez Infinite, avec cette nouvelle sortie en 2023, va donc être encore au goût du jour en proposant une aventure dans un univers qui pourrait devenir bien réel…

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Un jeu Rez-plendissant


Rez Infinite reprend le jeu d’origine dans son intégralité en y ajoutant un monde totalement inédit (mais j’y reviendrai plus bas). Nous sommes donc toujours en présence d’un shoot'em up sur rail un peu à la manière de Panzer Dragoon. Vous pouvez locker les cibles et les détruire en relâchant le bouton de tir. Chaque impact crée une sonorité différente ou une fluctuation du thème musical, incitant le joueur à tuer les ennemis en rythme. Le monde nous entourant évolue donc au gré de vos destructions et du changement de la musique que vous avez vous même provoqué. Hypnotisant...

Je vous invite à lire le test du jeu sur Dreamcast présent sur le site afin d’avoir un compte rendu complet du gameplay et du déroulement du jeu.

Nous allons plus particulièrement traiter ici des apports des versions PS4 et PS5 du jeu, Rez Infinite pouvant se jouer en mode TV avec une manette (et donc sans casque VR).

Déjà sur PS4, le jeu dispose d’une définition 1080p en 60 FPS constants. Si Rez n’est pas le jeu demandant le plus de ressources à une console actuelle, avec ses graphismes en 3D polygonale style Tron, il n’en reste pas moins exigeant de par le nombre d’événements à gérer en même temps. Le jeu est donc bien plus beau aujourd’hui, surtout sur un écran actuel, allant au-delà même de l’opus « HD » sur Xbox 360.

Sur PS5, le jeu gagne encore en confort visuel avec de la 4k (aucune idée si c’est du dynamique ou natif), du HDR et toujours en 60 FPS. On aurait pu espérer un mode 120Hz pour les téléviseurs compatibles mais cela viendra peut-être un jour. Vous pourrez également bénéficier de l’audio en Surround 5.1 ou 7.1 selon vos installations.

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Rez brille de mille feux avec ces nouvelles résolutions graphiques, rendant l’ensemble encore plus net, tout en gardant une animation parfaitement fluide et une bande son toujours aussi magnifique.

L’opus Infinite propose enfin des options inédites comme faire le jeu en mode « touristique », c’est à dire sans la pression des ennemis, juste pour le plaisir de parcourir les mondes pour les admirer en VR et danser au rythme des musiques.

Mais qu’en est-il de ce nouveau monde ajouté, objet de ce titre « Infinite » ?

En fait, pour débloquer ce nouveau niveau intitulé « Zone X », il faut avoir fini le jeu, donc les cinq niveaux originaux, ou jouer au minimum 1h d’affilée. Lorsque vous lancez ce stage inédit, le premier choc vient du fait que vous n’êtes plus dans un shoot'em up sur rail, mais dans un vrai niveau libre de mouvement.

Vous pouvez aller où vous voulez, le déplacement de votre personnage se faisant avec le regard (en gros si vous voulez aller à droite, bah vous tournez la tête à droite, etc.). Vous vous arrêtez pour regarder le décor, avancez, montez, descendez, tournez à 360°, ne restent que les limites virtuelles imposées par le jeu (un mur invisible au bout d’un moment, la zone de jeu n’étant pas infinie). Ce niveau malheureusement assez court offre une vision de ce qu’aurait pu donner une vraie suite à Rez. Beaucoup plus beau que tout le jeu original, ce morceau d’aventure se finit en véritable feu d’artifice pour les yeux et les oreilles. Dommage qu’il ne faille qu’une demi-heure pour en voir le bout, on aurait aimé tout un jeu sur ce format.

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La Rez-alité Virtuelle au firmament ?


Un des défauts majeurs de la VR, c’est sa très grande difficulté à faire comprendre aux joueurs / consommateurs la différence fondamentale qu’il y a entre jouer sur une TV et jouer avec un casque sur la tête. Les photos du jeu ne peuvent pas donner d’indications, celles-ci étant en 2D comme sur un jeu TV classique, et ne rendent donc pas justice à l’immersion proposée par la VR. Et comment convaincre les joueurs qui n’ont jamais essayé un casque VR, qu’on est vraiment plongé dans le jeu et que l’expérience en est totalement chamboulée ? Compliqué, surtout lorsque l’on y appose des tas d’idées préconçues comme « l’isolement » encore plus prononcé dans un jeu vidéo, est-ce dangereux pour les yeux ou la santé, et j’en passe… A cela il faut ajouter le prix d’accès à ce type de technologie réservée à des consommateurs ayant les moyens, puisqu’il faut compter au minimum 400 euros pour un bon casque VR (PSVR1), et même 600 euros pour le PSVR 2 (sans compter la console bien entendu), voire dépasser les 1000 euros pour certains casques PC. Autant d’obstacles à franchir qui ralentissent son évolution naturelle vers des technologies moins coûteuses et plus performantes.

Heureusement pour les fans de VR, comme votre serviteur, malgré les difficultés, la VR tient bon et nous offre encore cette année la nouvelle itération PSVR2 et bientôt le nouvel Oculus Rift.

Avant de nous plonger dans cette version PS5, revenons à ce qu’apporte la version PS4 sur le PSVR1.

Rez Infinite sort sur ce support dès son lancement et pour un prix qu’on pourrait qualifier de « raisonnable » à savoir 39 Euros.

A noter que le casque PSVR1 est plus performant sur la console PS4 Pro où la définition des jeux gagne en netteté (effets de grilles moins visibles, distance d’affichage plus importante) et en stabilité (framerate).

Autant le dire tout de suite, une fois essayé Rez en format VR, on ne peut que se dire que le jeu avait dû être pensé pour la VR tant il se prête totalement au format. Déjà dans l’imaginaire collectif. Comment mieux représenter notre première expérience, totalement immergé dans un jeu vidéo, d’incarner un personnage/virus dans un monde numérique à la Matrix / Tron avec des graphismes épurés, des polygones et une ambiance informatique aussi bien retranscrite ? C’était le rêve de beaucoup de joueurs, enfin devenu réalité.

Rez Infinite en mode VR permet donc d’être totalement immergé dans ce monde numérique. Vous pouvez regarder dans tous les sens, suivre du regard les vagues d’ennemis pour anticiper plus facilement leurs mouvements et les viser. Vous pouvez tourner la tête pour les voir arriver derrière vous, et on aura presque le réflexe de bouger le corps pour éviter les tirs ennemis tant l’immersion est parfaite.

Le must étant les combats contre les boss, ennemis énormes qui vous font vous sentir tout petit face à l’immensité de leur structure. C’est dans ces moments-là que j’adore vraiment la VR et que cette sensation ne peut être ressentie sur une TV. Le combat de David contre Goliath vécu de l’intérieur, à retenir son souffle quand on a l’impression qu’on va littéralement se faire avaler par certains boss. Génial.

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Rez n’étant pas un étalon graphique avec des textures photoréalistes, il est parfait pour le PSVR1. Le jeu est donc visuellement identique à ce que vous voyez sur la TV, sans perte de couleurs ou chute de framerate, avec du 1080p et 60 FPS constants. Vous n’aurez pas de nouvelles fonctions inédites en VR, le jeu pouvant se jouer soit à la manette, soit avec les PS Move (qui apportent un peu plus de souplesse pour la visée).

Vous me demanderez donc l’intérêt d’une mise à jour pour le PSVR2 et si elle apporte autre chose que la compatibilité avec les nouvelles manettes « Dual Sense » exclusives à ce casque.

Eh bien la version PS5 offre déjà un rendu visuel en 4k, toujours en 60 FPS et avec l’ajout du HDR. Le PSVR2 ayant une résolution bien supérieure, on remarque immédiatement le changement. Le léger effet de grille bien connu des joueurs PSVR1 a disparu et le jeu semble encore plus vivant, plus vibrant. Le son en 5.1 via le casque audio complète l’immersion et le gain non négligeable en performance de Rez.

Les nouvelles manettes sont idéales pour y jouer, rendant la visée plus précise, mais permettent aussi de ressentir des vibrations inédites. Idem pour le casque qui vibre lors des accélérations.

La claque vient de la Zone X qui prend tout son sens avec le PSVR2. Les couleurs chatoyantes, les effets de particules et de lumière nous en mettent plein les yeux. Je suis resté ébloui par ce stage qui m’a donné ma première claque sur ce casque, supérieure à ce que j’avais ressenti sur GT7 ou Horizon Call of the Mountain. Peut-être que mon amour de Rez a joué dans la balance, bien entendu, mais on ne peut nier que ce type de graphisme et d’immersion est parfait pour la réalité virtuelle. On peste seulement que ce stage soit si court tant on en redemande.

Rez Infinite PSVR2 est donc l’aboutissement du projet de Tetsuya Mizuguchi. Mon seul regret c’est qu’il n’ait pas profité de l’occasion pour ressortir d’autres niveaux du type Zone X.

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En Rez-umé


Tout fan du Rez d’origine devrait essayer cette version Infinite en mode VR. A moins d’être totalement allergique à la réalité virtuelle (ou sensible à la cinétose), difficile de trouver meilleure version que celle en VR. Le nouveau niveau inédit Zone X apporte une vraie bouffée d’air frais au jeu laissant fantasmer à une suite de Rez sur ce format.

Les seuls reproches qu’on pourra lui faire restent sa durée de vie très faible, en moyenne trois heures avec le nouveau stage, et donc un prix de 40 euros qui peut sembler bien élevé aujourd’hui. Idem pour la mise à jour PS5 qui n’est pas gratuite mais coûte 10 euros pour bénéficier de la meilleure version.

Rez Infinite est un jeu fait par un passionné, pour des joueurs passionnés. Fan de shoot'em up, d’expérience unique mélangeant action et musique sur fond de création artistique, de gameplay simple mais plus subtil qu’il n’y paraît, Rez est fait pour vous. Il ne plaira pourtant pas à tout le monde, j’en ai conscience. Il reste un jeu unique en son genre, immédiatement reconnaissable et qui déjà à l’époque me faisait rêver à ce que pourrait être un jour la réalité virtuelle. Normal que je lui rende honneur aujourd’hui.

Verdict

10

Points forts

  • La Zone X en déplacement libre et magnifique
  • Un mode VR de qualité
  • Un jeu fait pour la VR
  • Un gameplay simple au 1er regard mais terriblement subtil
  • Le 1er jeu alliant action et musique, presque artistique
  • Intemporel
  • Une bande son exceptionnelle
  • La version PSVR2 au sommet visuellement

Points faibles

  • Mise à jour payante sur PS5 si vous achetez l’opus PS4
  • Une durée de vie très courte, même avec le niveau supplémentaire
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Commentaires

 

Archives commentaires

Tu n'as pas parlé de visée par eye-tracking sur PS5, c'est pas encore implémenté ?
C'est ce qui m'avait gêné sur PS4, devoir bouger la tête pour viser (comme comme pour tous les jeux où c'est nécessaire) n'était pas naturel.
Si, il me semblait que je l'avais évoqué dans le test. Mais pour répondre à ta question, oui, l'eye tracking fait partie des nouveautés du PSVR2 sur PS5. Ca fonctionne très bien même si personnellement j'y émets quelques réserves. En faite, naturellement je tournais la tête pour viser donc c'était pour moi une sorte de mix entre mouvement de tête et "visée avec les yeux". Bref, je pense que cela doit dépendre de chacun et de sa façon de jouer. Je préfère la rigueur et la précision de la visée "manuelle", mais l'eye tracking marche très bien pour les adeptes.
Ok c'est bon à savoir. Que ce soit Borderlands 2, Skyrim ou Rez, j'avais vite lâché à cause de ça.
Je ne comprends pas. Tu as lâché ces jeux parce qu'il faut tourner la tête ? Parce que naturellement ta tête va tourner dans le sens de ton regard donc c'est assez inévitable. Après l'eye tracking permet de rendre le tout beaucoup plus précis parce que c'est vraiment ton regard qui détermine ta visée / objectif, mais je vois pas l'intérêt de rester la tête fixe en ne "tournant" que les yeux par exemple... Mais je ne comprends peut être pas exactement ce que tu veux dire.
Non il n'est pas implanté dans le PSVR2 ? (dans ce cas là, tu as tort), ou Non je n'en ai pas parlé dans le test ? (et dans ce cas là, faut que je le relise parce qu'il me semblait l'avoir précisé.... lol)
Si, c'est bien indiqué dans le test : "Vous pouvez regarder dans tous les sens, suivre du regard les vagues d’ennemis pour anticiper plus facilement leurs mouvements et les viser."