Test : Sega Rally Championship (Saturn)

Les jeux de voitures sont un genre de jeux un peu particulier : Il s'agit sans doute du seul où la quête de réalisme est aussi effrénée. Modèles physiques de plus en plus poussés, modélisation quasi-parfaite des caisses, reproduction fidèle de circuits réels, utilisation de volants à retour de force haut de gamme, bref, il ne manque plus que le casque et les gants pour que l'immersion soit parfaite.

Si le jeu vidéo est effectivement une forme d'art, alors la simulation automobile ultime serait une photo de paysage, à la lumière somptueuse, grand angle, maîtrise totale de la technique, mais sans âme. Ce serait un film sur votre voisin de palier, sans surprises, et sans parti pris. Ce serait une nature morte, ce panier de pommes posé sur une table joliment reproduit par un peintre qui maîtrise toutes les techniques de rendu, mais qui au final n'exprime rien...

Il existe une autre approche du jeu de voiture : L'Arcade. Les mauvaises langues vous diront que le jeu d'arcade aux jeux de caisses en général, c'est un peu comme le tube de l'été à la musique : Vite joué, vite oublié. Bien que cela soit devenu souvent le cas, il existe des exceptions qui confirment la règle : Penchons-nous donc sur le cas particulier de Sega Rally.

Qu'est-ce que ça fait une voiture dans un virage ? Saturn !!! Ah ah ah...

Petit rappel des faits : Sega Rally fut l'un des premiers softs à s'intéresser au rallye à sa sortie en arcade en 1995 (De mémoire, seul Power Drive en arcade et consoles traitait de la discipline) et fut adapté de fort belle manière sur Saturn à la fin de l'année suivante. Techniquement, le jeu remet les pendules à l'heure et fait taire les persiflages quant aux capacités techniques de la console au hérisson face à sa rivale : L'adaptation est fidèle (on note tout de même des graphismes un peu moins fins que sur la carte Model 2) et représente ce qui se fait de mieux en 3D à ce moment. Les textures sont variées, stables (les textures sur PSX présentaient alors une nette tendance au "glissement"), pour la première fois, les voitures ont un vrai jeu de suspensions, et surtout, l'animation est d'une rapidité et d'une fluidité incroyables ! Bref, techniquement, Sega Rally ouvre le bal des jeux de seconde génération sur 32 Bits et donne un vilain coup de vieux à tout le monde...

Une bonne technique n'a cependant jamais fait un bon jeu (même si à l'inverse, une technique ratée peut gâcher de bonnes idées) et un beau jeu sans profondeur, c'est un peu comme une beauté sans cerveau : c'est bien pour impressionner les invités aux soirées de l'ambassadeur ("Mais enfin, je ne peux tout de même pas voler !!! Mmmh, voler"), mais ça manque un peu de piment au quotidien. Et au premier abord, Sega Rally donne plus dans l'austérité : Les modes de jeu sont archi-classiques (Arcade, Time Attack, 2 Player), les voitures sont peu nombreuses (Lancia Delta, Toyota Celica, puis la Lancia Stratos à débloquer) pour une discipline a vu défiler tant de légendes, et les circuits ne le sont guère plus (4 pistes dont une cachée). Un tel contenu pour 60 Euros ferait aujourd'hui scandale, et pourtant?

Pourtant, rappelez-vous de la fin de Indiana Jones et la dernière croisade. Lorsque le pas gentil choisit le calice qui selon lui est le Saint Graal et dans lequel il pense boire un élixir de vie éternelle, il choisit le plus ostentatoire. Mauvaise pioche, il sèche aussi vite qu'une limace voulant traverser une route en plein soleil.
Le bel Indy, lui, choisit le plus simple et voit son humilité récompensée : A lui la jeunesse éternelle, à lui les jeunes actrices, à lui la gloire et les voitures de sport ! En choisissant l'humilité, en privilégiant le fond à la forme, Indy le prophète nous dit de ne pas nous fier aux apparences. Autant donc ne pas s'arrêter aux défauts sus-cités de Sega Rally.

De l'or sous les pouces.

Je m'explique (oui, je sais, la transition fut douteuse et je dois maintenant ramer pour ramener la barque) : Primo, la pléthore de pistes, de caisses et de modes de jeu est un phénomène qui n'avait pas cours il y a dix ans (Parallèle avec Indy : Les calices n'ont pas toujours présenté moult ornements), et secundo, une trop grande variété peut nuire à l'intérêt du joueur (Parallèle avec Indy : Tout ce qui brille n'est pas d'or). L'intérêt de Sega Rally se trouve ailleurs : dans son gameplay d'une incroyable profondeur.

En effet, la maniabilité de Sega Rally est vraiment excellente, et bien qu'un temps d'adaptation soit nécessaire (les zigzagues et rebonds contres les murs agrémentés d'un "wow" du copilote) accompagneront les premières parties), le passage du volant au pad s'est faite sans mal. Dès le départ, c'est un vrai plaisir que de conduire la voiture en glisse, provoquer des travers de porc, puis de jouer du contre-braquage pour ramener la voiture. La courbe de progression est d'ailleurs conséquente, et plutôt bien gérée : Terminer 1er des trois courses su mode Arcade semble au début inaccessible, de même que battre les temps par défaut du mode Time Attack. Et puis, la pratique aidant, cela vient naturellement. Les progrès sont réellement palpables, et le plaisir éprouvé à progresser est réel : Sega Rally est un jeu qui distribue des su-sucres au joueur quand celui-ci a bien travaillé...

"Easy right, baby. Wow !"

Les pistes sont aussi un élément déterminant dans le plaisir que l'on éprouve en jouant à Sega Rally : Elles donnent l'impression d'avoir été taillées sur mesure pour la jouabilité du titre tant les difficultés qu'elle présentent semblent judicieuses ! Que ce soit cette bosse qui demande un placement précis pour ne pas atterrir en vrac au virage suivant (Desert), cette crête qui déséquilibre la voiture (Forest), cet enchaînement de virages qui peut se passer d'une seule traite (Forest, Lake Side), ou ce virage en épingle diabolique (Mountain), tout concourt à donner de la satisfaction au pilote qui se joue de ces pièges et les survole dans un rythme si bien réglé qu'il pourrait en écrire une partition. Avec la pratique, il faut se rendre à l'évidence : rien de ceci n'est innocent, et le degré de finition de ces pistes, et par extension du jeu, saute alors réellement à la figure. Un univers cohérent, un plaisir de jeu continu, des sensations renversantes.

Et c'est surtout cela la force de Sega Rally : partant sur des bases a priori éloignées de la réalité (modèles physiques surréalistes, mais pour autant crédibles ; pistes imaginaires), le titre de l'AM3 réussit à faire vivre au joueur des sensations qui elles, sont bien réelles. Plutôt que de chercher à simuler la réalité, Sega Rally cherche à stimuler : Les sens en éveil, la concentration maximale, le rythme infernal imposé par les pistes (les temps morts sont inexistants), et surtout, la mise en situation du joueur face à ses propres limites, l'obligation qui lui est faite de les explorer, puis de les dépasser. En ce sens, et par l'alchimie parfaite de ses différents ingrédients, Sega Rally nous met face à l'interprétation de son auteur (Tetsuya Mizuguchi) de ce que peuvent être les sensations éprouvées par un pilote.

Born to be Arcade.

Le parcours de Mizuguchi en témoigne : cet homme, producteur des Space Channel 5, Rez et aujourd'hui Lumines (sur PSP) est un authentique artiste. Sega Rally, en maîtrisant la technique et en nous offrant sa conception subjective, assumée et aboutie de ce que doit être un jeu de voitures, pourrait répondre à différents critères requis pour qualifier une oeuvre d'art. A la manière d'un bon disque dont on ne se lasse pas, et d'un film dont on applaudit la prise de position, Sega Rally s'impose comme un jeu majeur. Le seul jeu de courses d'auteur...

Verdict

10

Points forts

  • Un Gameplay en or massif
  • La réalisation qui vieillit bien
  • Cohérence et finition rare
  • Marge de progression

Points faibles

  • Le nombre de circuits
  • Le nombre de caisses
  • Les adverssaires 'carottes'
  • Toujours pas d'héritier...
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Saturn 10.0 28

Commentaires

Rage, 12 mar 2015 - 12:11
Aie aie !! Vous n'avez pas mis le bon lien pour le test !!! Sinon excellente idée d'avoir mis la note max pour un tel jeu !! "Sega Rally Championship!!!":love:
L'arcade à la maison ! Le fun, la jouabilité, les graphismes, la bande son !!! Tout ceci sur la même galette ne pouvait faire qu'un hit .... jamais égalé !