Test : Phantasy Star II (Mega Drive)

Note : ce test contient d'énormes (gigantesques ?) spoilers. Ces derniers sont très clairement indiqués (début et fin du spoiler). Je m'en excuse d'avance, mais il était indispensable de parler de ces évènements pour bien faire comprendre ce qu'est Phantasy Star II au monde du jeu vidéo. Bien sûr ceux qui ne veulent pas connaître ces informations (car ils pensent faire le jeu un jour) sont invités à ne pas les lire en sautant les deux passages concernés.

Nous sommes en 1989 et la Megadrive est disponible depuis tout juste un an. Après un premier épisode remarquable sur Master System, Sega décide de réitérer l'exploit en apportant à sa toute jeune console une suite à Phantasy Star. C'est ainsi que sort Phantasy Star II en mars au Japon, puis en décembre aux Etats-Unis et en Europe, accompagné du fameux Hintbook contenant tous les secrets de l'univers. Le jeu profite enfin de la puissance qu'il mérite, et l'univers va être réellement instauré dans cet opus. Mais au delà d'un grand RPG, Phantasy Star II est une véritable merveille de science-fiction, comme un roman interactif avec son et images. Un vrai monument du jeu-vidéo, dont la profondeur de l'univers, des personnages, et du scénario ne sera pas égalée avant de nombreuses années.

Un jeu pour les dominer tous...

Après la claque magistrale mise par Phantasy Star sur Master System, Sega avait du souci à se faire concernant le développement d'une suite. à nouveau, il allait falloir recréer cet univers gigantesque, le faire vivre. Imaginer un nouveau scénario cohérent, créer de nouveaux personnages. Sega savait très bien ce qui l'avait bloqué sur Master System : les limites techniques de la console n'avaient pas permis de réaliser le jeu avec une qualité optimale. Cela se ressentait au niveau des combats, avec un seul ennemi d'affiché, un seul type d'ennemi à l'écran. Les donjons aussi, entièrement constitués de couloirs du début à la fin du jeu. Le jeu était captivant, le monde était immense, le tout était une révolution, et pourtant... Sega voyait plus grand, beaucoup plus grand.

Phantasy Star II, c'est l'instauration de l'univers de Phantasy Star exactement tel qu'il avait été imaginé au départ. Au revoir les couleurs flashy, les monstres qui n'ont pas leur place dans le monde : Phantasy Star II nous livre son monde avec une maîtrise totale dans son exécution. Et au delà de tout ça, Sega nous livre une histoire de science-fiction incroyable, en avance d'une bonne décennie sur son époque.

Depuis 1000 ans, bien des choses se sont passées sur Algo. La première planète, Parma, a explosé (rappelez-vous, il s'agissait de la plus accueillante des trois planètes, et celle sur laquelle vivait Alis Landale, héroïne du premier Phantasy Star). Motavia, la planète désertique a vu ses conditions considérablement améliorées grâce à MotherBrain. MotherBrain est une intelligence artificielle ultra complexe qui régit tout ce qui se passe dans le système solaire. Personne ne sait vraiment comment elle est arrivée ici (c'est à la fin du jeu que l'on comprend tout cela, et je vous le dis tout de suite : c'est assez surprenant). MotherBrain contrôle donc absolument tous les aspects environnementaux, et cela passe par le ClimatControl, qui assure donc que la planète soit fertile, bien irriguée, avec de la verdure un peu partout : un véritable paradis terrestre.

Parallèlement à ça, MotherBrain effectue tout le travail nécessaire grâce à divers centres de contrôle, rendant ainsi les citoyens exempts de tout effort. Ces derniers n'ont plus qu'à se la couler douce toute leur vie. Une ambiance somme toute plutôt sympathique. Seulement, les Motaviens un peu trop habitués à ne plus rien faire sont devenus totalement dépendants de MotherBrain et incapables de faire quoi que ce soit par eux-mêmes. Un contexte tout de même assez incroyable et surtout diaboliquement original, car c'est dans ce contexte qu'il va justement se passer quelque chose de surprenant. En effet, les différents ordinateurs semblent être un peu à côté de la plaque récemment, et une production de monstres très importante a débuté, rendant tout voyage hors des villes excessivement dangereux. Et en plus de cela, le ClimatControl a stoppé les pluies, provoquant un début de sécheresse, car je vous le rappelle, Motavia est une planète désertique à l'origine, et les bonnes conditions climatiques sont donc totalement artificielles.

C'est ainsi que le jeu nous met dans la peau de Rolf. Il travaille pour le gouvernement, et habite justement à la capitale de Motavia : Paseo. Il est chargé par le Gouverneur en personne d'enquêter sur les causes de ces apparitions de monstres. Pour cela, il doit retrouver les enregistrements du BioSystemLab qui est apparemment l'ordinateur à l'origine de l'apparition des monstres. Récupérer le ? Recorder ? sera donc une première tâche de Rolf, relativement longue mine de rien.

Une immersion totale et intense


C'est en effet un énorme point fort du jeu (de la saga entière même) : l'immersion. Unique épisode de la série à utiliser des passages de narration, Phantasy Star II a des airs de roman à plus d'un titre. C'est tout d'abord une scène d'introduction troublante qui nous accueille, scène dans laquelle Rolf rêve d'une jeune femme affrontant un monstre. Il s'agit ni plus ni moins d'Alis affrontant Dark Falz à la fin de Phantasy Star. Et tandis que cette jeune femme combat, Rolf ne peut rien faire, la voyant se faire terrasser par le monstre. C'est alors qu'il se réveille, en sueur, tentant d'oublier les images de ce rêve qui lui trouble encore l'esprit. Cette scène est accompagnée d'artworks extrêmement réussis, avec une musique parfaitement adaptée.

Rolf se rend donc à la tour de contrôle pour y récupérer sa mission. De retour chez lui, il explique à Nei qu'il doit partir en mission. Bien sûr cette dernière ne veut pas lâcher prise et exige de l'accompagner. Nei est une Numan, un hybride entre un être humain et un monstre génétique. Elle a été créée de toute pièces par la Bio-Technologie. Il s'agit d'une nouvelle race d'êtres vivants. Nei est un personnage attachant, et qui ATTENTION SPOILER connaîtra une fin tragique, événement qui a fait couler bien des larmes, croyez moi. Voir mourir Nei devant vos yeux en 1989, ça n'avait rien d'habituel, je vous le garantis. Combien de questions ont été envoyées partout dans les magasines ou encore chez Sega, afin de savoir s'il existait un moyen de faire revivre Nei, ou de l'empêcher de mourir ? Bref, Sega avait une fois encore une bonne longueur d'avance. Phantasy Star II tient donc un côté dramatique très important, très maîtrisé, et définitivement en avance sur son temps. FIN DU SPOILER .

La progression en elle même est très classique : on passe par des phases d'exploration de la carte du monde, de villages et de donjons. Mais tout comme Phantasy Star, une importante liberté est laissée au joueur : plusieurs fois dans le jeu, aucune directive n'est donnée, laissant ainsi le joueur agir dans l'ordre qu'il juge bon. Notamment le passage des ? Dams ?, quatre barrages à ouvrir dans l'ordre que l'on veut. Une bonne analyse du Hintbook est indispensable à ce moment du jeu afin de les appréhender selon une difficulté croissante. Il en sera de même avec la visite des différents temples contenant les armes ultimes, sur Dezolis.

Un élément très intéressant de la progression est l'arrivée des nouveaux personnages : durant son aventure Rolf gagne à être connu, et de nouveaux personnages viennent frapper à votre porte régulièrement, plus précisément après chaque découverte d'une nouvelle ville. Le joueur est totalement libre de choisir son équipe comme bon lui semble, un très bon point.

Les personnages sont au nombre de huit, chacun ayant sa spécialité. Dans Phantasy Star II, les héros ne sont pas des surhommes surexcités avec les cheveux dressés sur la tête, loin de là. Ce sont des personnes normales, chacune sachant faire une chose : un mécanicien, une doctoresse, une chasseresse, un biologiste etc... Cela contribue à rendre l'univers extrêmement cohérent, et une bonne analyse des différents donjons est indispensable afin de bien comprendre qui doit être pris à quel moment dans l'équipe. Par exemple un donjon peuplé de robots devra être fait avec le mécanicien Kain car ce dernier est spécialisé dans la destruction des robots de toute sorte. Une voleuse fera même partie de l'équipe et pourra voler des objets dans les magasins.

La réalisation : une réussite artistique

Visuellement le jeu est excellent pour l'époque. L'univers est parfaitement maîtrisé et les couleurs totalement adaptées. Sega a décidé d'abandonner les donjons en 3D, ce qui est une bonne chose puisque désormais les donjons sont tous bien différents les uns des autres, et beaucoup plus complexes dans leur construction. Le système utilisé dans le premier Phantasy Star avait ses limites de toute façon. Les donjons se déroulent donc en vue de dessus, tout comme la carte du monde. Ces derniers proposent fréquemment des effets visuels au premier plan, plutôt agréables : des poutres, de la brume sont autant d'éléments qui rajoutent à la qualité du jeu.

Les combats sont désormais bien mieux réalisés. Chaque ennemi est représenté, et il peut y en avoir deux types à la fois. Les personnages sont eux aussi représentés, tout comme dans Phantasy Star IV. Cela donne un bon sentiment d'immersion, les attaques étant parfaitement illustrées aussi bien du côté des personnages que des ennemis. Ces derniers profitent d'ailleurs d'animations sympathiques. Cependant on perd les décors de fond, systématiquement remplacés par une vilaine grille bleue sur un fond noir. C'est vraiment dommage.

Musicalement le jeu est une réussite. Les musiques composées par Bo retranscrivent admirablement l'univers futuriste du jeu. Elles sont essentiellement à tendance electro, souvent avec des rythmes rapides. L'ensemble est très agréable à l'oreille. Les bruitages en revanche sont loin d'être bons : ils sont d'une manière générale très désagréables. Phantasy Star II fait parti des jeux les plus difficiles jamais créés. De longues phases de gain d'expérience seront indispensables pour la que la progression ne soit pas trop rebutante. Les donjons sont de véritables labyrinthes, et jouer sans le Hintbook est extrêmement difficile, à moins d'avoir une mémoire exceptionnelle des lieux visités.


Vous l'aurez compris, Phantasy Star II fait aussi bien que son aîné sur Master System en restituant une aventure toute aussi passionnante, et en ajoutant énormément à l'univers de la saga. Artistiquement maîtrisé, profitant d'une histoire et d'un contexte exceptionnels, jouer à Phantasy Star II, c'est comme entamer un formidable roman de science-fiction. Le scénario est loin d'être prévisible et parfaitement bien amené, les personnages sont incroyablement attachants, et le challenge est sans cesse renouvelé. On se prend réellement au jeu, et l'on désire très rapidement comprendre ce qui se cache derrière les rouages du système solaire d'Algo, et de MotherBrain. Un chapitre majeur de la série, et le meilleur aux yeux de bien des joueurs.

J'ai jugé bon de vous rajouter un petit paragraphe informatif supplémentaire qui tente de replacer Phantasy Star II et son contenu dans son époque, car il y a beaucoup à comprendre (présence de SPOILERS) :

"L'un des attributs majeurs de Phantasy Star II est son scénario, extrêmement sombre, morne, pessimiste. C'était très inhabituel pour l'époque. Beaucoup de personnes ayant connu les jeux vidéo il y a très longtemps compare la mort de Nei à celle d'Aeris dans Final Fantasy VII, sorti 8 ans plus tard. Un autre élément inhabituel est la fin du jeu, extrêmement spéciale. Les personnages survivants doivent affronter les habitants de la Terre dans le vaisseau et donjon de fin : Noah. Ceci se passe après la destruction de MotherBrain qui avait été en fait apportée dans le système solaire d'Algo par des terriens, forcés à abandonner leur système solaire initial car la Terre n'était plus viable (ces derniers l'avaient lentement détruite). Suite à cet événement, le trouble reste entier puisque jamais on ne sait si les personnages du jeu ont survécu au combat ou non. Les développeurs ont préféré laisser libre court à l'imagination du joueur. En cela, il y a également une similarité avec Final Fantasy VII et sa fin, mais également avec d'autres jeux sortis par la suite. Phantasy Star II est sorti en 1989 avec pour seuls concurrents Final Fantasy 1 et 2 sur NES. Autant le dire, le fossé qui séparent ces jeux est gigantesque. Ce sont ces raisons, ainsi que son univers extrêmement futuriste qui font de Phantasy Star II un fondement majeur des RPG modernes, et un RPG très très en avance sur son temps."

Verdict

9

Points forts

  • Univers exceptionnel
  • Scénario incroyable pour l'époque
  • Réalisation
  • Durée de vie

Points faibles

  • Très difficile
  • Combats trop fréquents
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Mega Drive 8.8 6

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