Test : Persona Q : Shadow of the Labyrinth (Nintendo 3DS)

Pour les joueurs occidentaux amoureux de J-RPG, la série Shin Megami Tensei (MegaTen pour les intimes) fait partie du Graal : ces jeux pointus et obscurs destinés à une clientèle de happy few férus d'import. A cause d'une distribution chaotique, elle est d'ailleurs longtemps restée réservée aux marchés japonais et nord-américains.

Il faut dire qu'ils ne sont pas très nombreux les titres qui peuvent se vanter de conjuguer système de jeu complexe et background intéressant. Et pour cause, les premiers volets sortis sur MSX et NES sont des adaptations de romans de science fiction écrits par Aya Nishitani.

Créée initialement par Namco en 1987 puis reprise par Atlus à partir de 1992, MegaTen est rapidement devenue une série culte auprès du public japonais. Par rapport à des sagas plus populaires comme Final Fantasy ou Dragon Quest, les Shin Megami Tensei puisent copieusement dans l'ésotérisme, la démonologie et autres mythologies. Les Persona en revanche sont des spin off de la série principale et sont sortis sur PlayStation (Persona : Revelations, Persona 2 : Eternal Punishment et Persona 2 : Innocent Sin) avant de continuer sur PlayStation 2 (Persona 3, Persona 3 : FES et Persona 4).

Il est bon de préciser que les volets PS1 furent adaptés sur PSP et que la Vita a eu droit à un remake XXL du quatrième opus baptisé Persona 4 : Golden. La particularité des Persona, c'est de reprendre l'univers, les codes et les mythes de MegaTen à travers une histoire moins opaque et plus légère. On retrouve donc tout ce qui en fait la spécificité (démons, créatures, mystique) mais transposé dans un quotidien japonais contemporain typé manga shōnen. Du coup, c'est idéal pour débuter en douceur dans MegaTen. Enfin, en douceur, je me comprends.

Etrian et Persona ont fait un bébé

Persona Q : Shadow Of The Labyrinth est un autre spin off, exclusif à la 3DS cette fois-ci, qui transpose l'univers Persona dans un Dungeon-RPG très similaire à Etrian Odyssey. Série là encore très mal distribuée en Europe (deux des quatre volets ne sont jamais sortis dans nos contrées), elle représente pourtant la quintessence de la vision nippone du genre. Empruntant aussi bien à l'antique Shining In The Darkness de Climax ou aux plus récents King's Field de From, Etrian se caractérise par une difficulté légendaire, sans la moindre pitié pour le néophyte ou l'aventurier mal préparé.

Persona Q pour sa part fait preuve d'un peu plus de compassion. Il permet par exemple de débuter en choisissant les protagonistes de Persona 3 (recommandé pour les débutants grâce aux facultés de healing de Yukari) ou de Persona 4. Cela impacte seulement les premières heures de jeu, par la suite les deux arcs narratifs se regroupent, donnant accès à tout le casting de P3 et P4.

Persona Q se déroule dans le lycée Yasogami (celui de P4) en proie à d'étranges perturbations temporelles qui vont fatalement déboucher sur une grande aventure tarabiscotée mais extrêmement plaisante à suivre : les deux nouveaux personnages de ce volet (Zen & Rei) ont ce qu'il faut de mystère pour accrocher le joueur, sans oublier l'atmosphère inimitable et typiquement nippone de Persona, le fan service permanent, la gargantuesque galerie de personnages et des donjons globalement très bien construits.

Pour les aventuriers émérites

En plus de la vue subjective, Persona Q reprend d'Etrian la cartographie via l'écran tactile. L'idée reste brillante car elle renforce le sentiment d'explorer des lieux inconnus et mystérieux dans lesquels le danger rôde littéralement à chaque couloir. Malgré tout, le level design des donjons est sensiblement plus simple et moins déroutant que dans Etrian : on peut par exemple débloquer des raccourcis qui permettent de naviguer plus facilement dans les labyrinthes ou de revenir plus fréquemment au QG.

Ces choix ont surtout été faits pour séduire les joueurs de Persona qui sont habitués aux donjons aléatoires plutôt linéaires de la série principale et non pas aux dédales complexes d'Etrian. On retrouve de ce dernier les fameux F.O.E, soit de puissants ennemis (des mini-boss) qui peuvent être vus sur la carte, par opposition aux ennemis standards qui sont combattus selon le principe de l'affrontement aléatoire. Il convient de les éviter dans les premières heures de jeu puisqu'ils peuvent wiper le groupe sans autre forme de procès, tout spécialement ceux qui ont une icône rouge car ils prennent le joueur en chasse à travers le donjon.

Evidemment, ces monstres constituent également une excellente motivation pour s'impliquer dans les subtilités ludiques de Persona Q, composer une team de véritables machines à distribuer les mandales. Au début, il faudra d'ailleurs accepter d'essuyer quelques revers bien humiliants (et gérer la frustration qui en découle) afin de parfaire son sens de la stratégie et composer une équipe complémentaire et équilibrée. Bien que le jeu ne soit déjà pas spécialement simple en mode Normal, je recommande malgré tout le mode Hard car il oblige de facto à la réflexion et à la prudence mais permet aussi de comprendre le génie du système de combat.

On retrouve la classique disposition stratégique des troupes : les healer/mago au fond, les tanks devant et il faut savoir que les ennemis, même basiques, frappent forts. Il est donc nécessaire d'exploiter leurs faiblesses pour les vaincre, c'est la condition pour activer le Boost qui permet, en plus d'augmenter momentanément les statistiques de chaque personnage, d'utiliser des sorts gratuitement (la magie étant coûteuse, il ne faut pas s'en priver). Lorsque plusieurs membres de l'équipe sont boostés, ils peuvent déclencher de dévastatrices attaques communes.

Persona Q reprend bien entendu les fameuses fusions de démons chères à la série. Ce sont des créatures qui reflètent l'âme de leur détenteur ainsi que sa personnalité profonde. Elles sont représentées par des figures centrales de différentes mythologies (grecque, nordique, japonaise, etc). Leur nom et leur symbolisme fait référence au concept de " masque social " de Jung dans la psychologie analytique. A la manière de Pokémon, les Persona ont un rôle central dans les combats puisqu'elles possèdent des pouvoirs magiques et autorisent leurs propriétaires à les utiliser. Chacune d'entre elle est liée à un arcane du tarot divinatoire. Ici, en plus de la Persona assigné au départ à chaque personnage, il peut accéder à une Sub-Persona dont le but est essentiellement d'offrir du soutien, notamment en octroyant des bonus (par exemple régénération de HP). Comme dans Persona 4 Golden, par opposition aux autres épisodes, les fusions ne sont pas aléatoires et il est possible de choisir les capacités à retenir dans chaque union. Le résultat dépend en revanche du niveau d'expérience du personnage qui l'effectue.

En mélangeant le concept de Persona avec celui d'un Dungeon-RPG old school comme Etrian Odyssey, Persona Q offre un chemin médian, une sorte de voie royale pour découvrir une forme de jeu de rôle moins ostentatoire que les habituels mastodontes du JRPG. Bien entendu, la progression peut s'avérer laborieuse pour les néophytes mais la subtilité du système de combat et la pression palpable qui transpire de chaque bataille renforce l'immersion et ceux qui sont sensibles aux pures mécaniques RPG vont tomber engloutir des heures et des heures dans Persona Q pour en exploiter toutes les (nombreuses) richesses. Il représente aussi une certaine idée du jeu vidéo qui n'est plus tellement en vogue aujourd'hui et l'air de rien, c'est une expérience qu'il faut chérir comme un trésor.

Verdict

8

Points forts

  • - L'ambiance Persona
  • - Le système de jeu brillant
  • - La difficulté exigeante mais juste
  • - La nécessité d'avoir une réflexion stratégique

Points faibles

  • - Progression assez lente
  • - Système un peu confus pour les néophytes
  • - La frustration qui découle des erreurs tactiques et des sudden death

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