Test : Citizens of Earth (Windows, WiiU, 3DS, PS Vita, PS4)

Citizens of Earth est un miraculé, repêché par Atlus alors que sa campagne de financement sur Kickstarter patinait. Alors qu'il devait sortir en Octobre, puis en Novembre 2014, il aura fallu attendre Janvier 2015 pour pouvoir s'y essayer.

Dans Citizens of Earth, on n'incarne rien de moins que le Vice-Président de la Terre. Malgré ses tempes grisonnantes, il vit toujours chez Môman. Narcissique, clientéliste et pleutre, on se demande bien comment il a pu être élu, et d'ailleurs les rues de sa petite ville natale sont remplies de manifestants mécontents de son élection. Le VP (Vice-Président), va donc devoir les affronter, avant de se rendre compte que la région souffre d'autres problèmes plus importants, comme par exemple le fait que ses habitants deviennent agressifs et que les daims peuplant la forêt voient leurs bois remplacés par des téléphones.

Citizens of Earth est un RPG à la japonaise : on se déplace dans la ville vue de dessus "à la Zelda", on parle avec ses habitants, fouille les tiroirs des commodes dans les habitations, achète des soins et des items de boost, et, bien sûr, on affronte des ennemis dans des combats au tour par tour. Les combats ne sont pas aléatoires : on voit les ennemis sur la carte, et on est libre de les éviter. Cependant, ils sont pour la plupart très agressifs, et on a rapidement du mal à les esquiver.

Le Vice-Président est un couard, et envoie les membres de son équipe se battre à sa place. Ceux-ci, au nombre de trois maximum, sont recrutés parmi la population de la ville, et sont des administrés comme les autres : on commence d'ailleurs avec notre mère, et notre petit frère. Recruter de nouveaux membres requiert de compléter des quêtes, parfois courtes, souvent plus longues et complexes, voire totalement absconses. Au total, 40 citoyens pourront faire partie de notre équipe.

Démocratie participative

Chaque citoyen a un métier, ou un hobby, qui le rend unique, et qui influe sur sa façon de se battre. Par exemple, le culturiste est spécialisé dans les attaques physiques, alors que la mascotte de l'école est la pro des encouragements, et le SDF attaque à coups d'odeurs corporelles. Chaque ennemi a ses forces et ses faiblesses, et il faut donc composer son équipe en fonction des adversaires, ce qui est facilité par la possibilité de recommencer un combat en remaniant son roster.

Chaque personnage dispose de deux à cinq points d'action, chaque mouvement en combat en faisant gagner, ou perdre. Les attaques et pouvoirs les plus puissants en consomment deux ou trois, et il faut donc les dépenser avec parcimonie : heureusement, une action menée avec succès ne consomme pas de point, ce qui laisse un peu de souplesse, et consommer du café permet de regagner des points.

En plus de leurs capacités utilisables en combat, chaque citoyen dispose d'un talent qui peut servir dans l'overworld. Ainsi, le boulanger peut confectionner des gâteaux revigorants, et la pilote fournit un hélicoptère qui fait office de fast-travel. Certains talents ne sont utiles qu'en des moments spécifiques, tandis que d'autres servent très souvent. Seuls quelques-uns sont indispensables pour progresser dans la quête principale, mais ils sont détenus par des citoyens que l'on croise forcément sur notre route.

Oh Mother, where are thou ?

Le contexte réaliste et contemporain rappelle forcément la série des Mother, qui a connu son heure de gloire sur les consoles Nintendo. Il ne faut cependant pas chercher la même profondeur dans Citizens of Earth, qui s'en sert davantage dans un but humoristique que symbolique.

En effet, le jeu ne se prend jamais au sérieux, que ce soit au niveau des ennemis rencontrés, des noms et des effets des attaques, ou des dialogues en général. Le bon côté est qu'on s'amuse parfois de la tournure de certains combats, ou d'une référence à la pop cuture placée par ci par là ; l'inconvénient est qu'on a de fait beaucoup de mal à se sentir concerné par la quête du VP et de ses électeurs. Le scénario est vraiment très faible, et le jeu ne pousse pas la dérision assez loin pour éveiller un véritable intérêt.

La quête principale ne fournissant pas assez de biscuit, Citizens of Earth se résume donc vite à un enchaînement de quêtes annexes et de chasses aux nouvelles recrues, que vous accomplirez avec plus ou moins de passion selon votre tendance à la complétion. Malheureusement, le jeu fait tout pour décourager les plus courageux : l'overworld est très grand, trop grand, mais divisé en zones minuscules, séparées par des loadings courts mais trop fréquents. Le fast travel est trop limité en plus d'être mal fichu, et on en a vite ras-le-bol de faire des allers retours.

Si on a le malheur de parler un peut à tout le monde, la liste de quêtes secondaires se remplit très vite, trop vite, et l'ennui et la frustration pointent vite leur nez. Sans compter qu'il n'est pas toujours facile de se repérer : la carte a le bon goût d'indiquer l'emplacement des events, mais elle se limite à la zone actuelle. L'absence de zoom la rend peu pratique, et on ne peut pas la consulter en voiture. De plus, au sein d'une même zone, tous les décors se ressemblent, en particulier les immeubles, et sachant que les PNJ ont la fâcheuse habitude de se balader un peu partout au pif, vous risquez de vous accrocher pour retrouver celui auquel vous voulez parler.

La difficulté n'est pas non plus très bien équilibrée. On roule sur la plupart des ennemis pendant une bonne dizaine d'heures, avant de se faire punir violemment, et ce d'autant plus que les personnages jouables ne se valent clairement pas tous. Le fait de limiter l'équipe à trois membres limite aussi clairement les stratégies envisageables, malgré la flopée d'attaques disponibles par personnage, et les combats deviennent vite pénibles. On aurait pu espérer que le fait que les ennemis soient visibles sur la carte permette de les éviter, mais les ennemis se jettent littéralement sur nous, et on enchaine les affrontements à un rythme digne d'un RPG des années 90.

Encore des promesses électorales non tenues !

Après une première moitié pas déplaisante, on finit donc par souffrir de la répétitivité du titre, mais pas seulement : en effet, même plusieurs semaines après sa sortie, et malgré plusieurs patchs, le jeu souffre de crashs bien trop fréquents pour un produit fini, et ce que ce soit sur PC ou sur consoles. Certes, il sauvegarde automatiquement entre deux zones, mais il n'est pas rare de perdre la progression sur une partie de map à cause d'un plantage.

Un problème de finition qui s'étend aux loadings, donc, mais aussi à l'animation, qui se résume le plus souvent à notre petite équipe en train de marcher, mais qui réussit tout de même à être saccadée. C'est très vite fatiguant, et cela ne fait pas sérieux. C'est d'autant plus dommage que le jeu a du charme, et malgré un style "Flash" qui peut rebuter, les personnages, amis comme ennemis, bénéficient d'un design original et varié. Les musiques sont également réussies, bien que celle des combats soit redondante à la longue.

Citizens of Earth est un jeu ambitieux, aussi bien dans ses mécaniques de jeu, très, voire trop complexes, que dans le choix de son univers et la somme de quêtes qu'il propose. C'était de toute évidence beaucoup trop pour un si petit studio, et Eden Industries aurait mieux fait de se concentrer sur l'équilibrage général de son titre, plutôt que de vouloir en faire des tonnes. Résultat, Citizens of Earth apparaît sympathique au premier abord, avant de devenir ennuyeux, puis carrément horripilant dans ses dernières heures. Un sacré gâchis.

Verdict

4

Points forts

  • Contexte original
  • L'humour fait parfois mouche
  • De nombreuses quêtes
  • Les musiques de qualité
  • Le design des personnages

Points faibles

  • Combats incessants et peu intéressants
  • Histoire et scénario sans intérêt
  • La navigation dans l'overworld
  • Manque de finition
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Nintendo 3DS 4.0 2
Windows 7.0 1

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