Test : Total War : Attila (Windows, Mac)

La série Total War fête ses 15 ans et ses 10 jeux avec la sortie d'Attila : Total War. Entre le premier opus sorti en 2000, Shogun Total War, et celui-ci, la série a évolué sur de nombreux théâtres d'opérations et d'époques, du Japon médiéval à l'empire napoléonien en passant par la constitution de l'empire romain et le moyen-âge et ses croisades.

Creative Assembly nous propose de prendre dans cet opus en main le destin d'un peuple en 395 après Jésus-Christ, à la date présumée de la naissance d'Attila, lors du crépuscule de l'empire romain d'occident qui disparaîtra à l'abdication de Romulus Augustule en 476.

L'introduction du jeu présente une Rome décadente et un peu caricaturale où les meurtres (sans une goutte de sang à l'image) se multipliaient et étaient le fait de "méchants" corrompus... pour mieux succomber sous la menace barbare qui aura fait trembler le monde entier, selon l'histoire racontée par les romains... Pour en savoir plus sur l'histoire de cette époque, je vous invite à regarder le documentaire de Terry Jones : Les Barbares, La fin du monde, qui à la façon originale et personnelle de l'historien des Monty Pythons présente l'époque d'Attila et des Vandales. Je recommande d'ailleurs toute la série Les Barbares qui remet un peu de vérité dans l'histoire de l'empire romain que l'on nous raconte habituellement.

Une valeur sûre qui a créé un genre

Les Total War sont des jeux de gestion d'empire en tour par tour, avec une grosse composante guerrière : la gestion ne sert presque qu'à préparer la guerre : construction de bâtiments pour accéder à de nouvelles unités ou améliorer les anciennes, construction de bâtiments pour augmenter ses revenus et ainsi pouvoir recruter de nouvelles unités ou tout simplement entretenir (et donc payer) les armées actuelles. Sur une carte de l'Eurasie, on conquiert, administre et défend des provinces constituées de cités, de l'Irlande au Caucase.

Les factions disponibles avec le jeu de base sont au nombre de 10, ce qui est raisonnable et permet des situations de départ bien distinctes ; on peut donc prendre en main la destinée des Alains, des Francs, des Ostrogoths, des Wisigoths, des Vandales, des Saxons, des Sassanides, des deux Empires Romains d'Orient et d'Occident et bien évidemment des fameux Huns. D'autres factions et donc d'autre campagnes sont disponibles en DLC, les Vikings et les longues-barbes (représentant les Lombards, les Burgondes et les Alamans) pour 7,49€ chacun... A voir si le contenu apporté mérite une somme représentant pas loin de 20% du prix du jeu...

La guerre, oui, mais totale

La particularité de cette série est que si la gestion de son empire se déroule en tour par tour, les batailles se déroulent elles en temps réel, avec lors de la campagne la possibilité d'accélérer ou ralentir le temps pour donner ses ordres. Lors de ces phases on dirige ses troupes sur le terrain, en se déployant en fonction de la configuration du terrain. Il est intéressant de constater que l'infanterie défonce les murets et les clôtures des champs comme le ferait un groupe de Panzer, les soldats c'était quelque chose à l'époque.

Beaucoup d'informations sont disponibles lors de ces batailles et permettent de comprendre dans quelle situation se trouvent vos unités, offrant une lisibilité bienvenue et supérieure aux batailles de Rome II. Cela demande un minimum de réflexion étant donné que la bonne vieille tactique du "j'envoie toutes mes troupes en tas désordonné dans la mêlée" ne fonctionnera que rarement.

Ces unités sont extrêmement nombreuses, au point que l'on peut s'y perdre entre toutes leurs caractéristiques propres : arme utilisée, (corps à corps ou à distance), résistance ou vulnérabilité contre la cavalerie, moral de base...

Un point sur les batailles navales, introduites dans Rome II : elles sont confuses, peu aisées à maîtriser et moins intéressantes tactiquement car la mer n'offre ni forêts où s'embusquer ni collines à gravir... pour ces dernières et pour les batailles trop déséquilibrées, on peut toujours passer la main à l'IA pour calculer le résultat et éviter de se farcir une bataille gagnée d'avance qui n'a que peu d'intérêt tactique.

L'IA offre lors de ces batailles un challenge intéressant, utilisant les caractéristiques de ses unités à bon escient, tentant de renforcer les flancs sur le point de craquer et défendant les points stratégiques lors des sièges ; il est ainsi rare de la voir encaisser sans réagir des volées de projectiles ou charger de l'infanterie lourde au corps à corps avec ses archers. Au grand soulagement de ceux qui ont essuyé les plâtres du dernier opus.

Entre deux batailles, on prépare la prochaine

La partie gestion est donc celle où l'on administre ses provinces et ou l'on prépare ses armées qui peuvent être composées au maximum de 20 unités ; il faut leur assigner un chef et les déplacer dans la limite de leur capacité de mouvement par tour pour attaquer ses ennemis ou se défendre contre des envahisseurs dans le menu de gestion de sa faction.

Dirigée par un chef (roi, empereur, en fonction de la faction), elle est constituée de la famille de ce chef et de nobles. Bien que cette phase soit tout de même secondaire par rapport au reste du jeu, il reste agréable de ressentir le jeu d'influences et d'intrigues qui anime les factions que l'on incarne.

Le début de partie est donc conditionné par ce choix, car les situations de départ sont très différentes selon la faction. Les Empires Romains sont déjà étendus et installés mais en proie à une instabilité interne importante, les peuples germaniques sont sous la menace directe des Huns, qui arrivent avec des forces qui semblent sans fin et qui introduisent une nouvelle notion dans les Total War : les hordes.

La Horde ou le désordre

Il est en effet maintenant possible de quitter ses cités pour devenir une horde errante qui plante sa tente sur les territoires qu'elle traverse. Cela entraîne la dévastation de la province quittée et symbolise la fuite des peuples germains ou l'avancée des Huns. On peut alors se déplacer et occuper d'autres régions si l'on parvient à vaincre les défenseurs d'une cité ; cette possibilité introduit les villes-armées, intéressantes sur le papier, plus dures à maîtriser, mais c'est un renouvellement agréable de la série qui colle à la réalité historique.

C'est d'ailleurs le scénario du prologue : on est pris par la main avec les Wisigoths, pour découvrir chaque élément du gameplay de façon très succincte, jusqu'à la rencontre scriptée avec l'empereur Valens à la bataille d'Andrinople ; l'empereur romain d'orient déclenche cette bataille en attaquant sur la carte une de nos armées mais la bataille ne met en scène que les troupes historiquement présentes. Vous pouvez ainsi avoir rassemblé une forte troupe mais la bataille ne comportera que quelques unités et pas les vôtres...

Chaque faction nous emmène dans une campagne avec un "scénario" puisque le jeu nous présente des objectifs à accomplir (occuper telle cité, tuer tel chef adverse, rechercher telle technologie...), nous offrant des récompenses parfois bienvenues tant la difficulté à trouver un équilibre entre expansion militaire et stabilité intérieure est élevée.

Le Maire de tous les barbares

Occuper une cité apporte un peu de revenus sur le moment, mais dégrade de façon importante l'ordre public, surtout que chaque faction correspond à une culture et occuper une cité précédemment bâtie par une autre culture va nécessiter de convertir ces bâtiments pour pouvoir profiter de l'intégralité des bonus liés.

Les conseillers viennent régulièrement intervenir pour donner des conseils mais ils restent assez sommaires ; ce n'est pas un mal en soi mais vue la difficulté initiale du jeu, j'aurais parfois aimé avoir plus d'informations de leur part sur les paramètres à prendre en compte concrètement, et je les ai rapidement désactivés. Le fait qu'ils reviennent donner les mêmes conseils en boucle n'aide pas non plus à avoir envie de les supporter.

La société des barbares unis

Un grand nombre de peuples sont présents sur la carte de l'Eurasie de l'an 395 (les Angles, les Calédoniens, les Eblanis...). En plus des factions jouables, elles sont donc les factions avec lesquelles le menu Diplomatie permet de nouer des relations.

Le nombre de factions jouables sera sûrement étoffé avec de prochains DLC ; il restera à voir leur intérêt.

L'IA est relativement cohérente sur ses décisions diplomatiques et si certaines actions sont scriptées, on est loin des comportements de cette dernière sur Rome II.

Les différentes religions sont également prises en compte car l'Europe comptait à l'époque catholiques, ariens, païens germaniques... et on peut se convertir pour s'attirer la sympathie d'alliés puissants, ou convertir ses conquêtes.

Un peu de technique dans ce monde de brutes

Niveau technique, les batailles sont jolies (sauf les visages des soldats), les champs de bataille sont très détaillés avec de nombreuses animations qui rendent vivant l'environnement, c'est très agréable. Par contre cela nécessite un PC puissant pour tout faire tourner au maximum de détails, mais même pour moi qui ai effectué ce test sur un PC bas de gamme, en faisant quelques concessions graphiques j'ai pu profiter des batailles stratégiques dans des conditions acceptables.

Sur la carte principale en revanche, si elle est magnifique et fourmille également de détails, j'ai rencontré de nombreux ralentissements et de chargements. Le pire reste le moment où une région est abandonnée par ses habitants, l'animation où l'on voit la province brûler aura occasionné un freeze de l'écran pendant plus d'une dizaine de secondes.

De la même façon, les temps de chargement des sauvegardes, des batailles et du retour à la carte principale peuvent être assez longs et parfois atteindre la minute. Si vous ne disposez pas d'une configuration conforme à celle recommandée, attendez vous à expérimenter des ralentissements, prévoyez un bouquin et du café, mais cela reste jouable.

Le jeu est sorti dans une bien meilleure forme que le précédent opus de la série, Rome 2 Total War, qui avait subi pendant des mois les foudres des joueurs pour avoir sorti une version buggée, incomplète et absolument pas optimisée, injouable à cause des ralentissements et des freeze. Etant donné qu'il s'agit quasiment du même moteur, on était en droit de l'attendre mais c'est tout de même satisfaisant de constater les efforts effectués dans ce sens.

Les voix françaises sont plutôt réussies et la traduction est de bonne qualité sur ce que j'ai pu en voir. L'ambiance sonore est agréable, discrète, quoi que les bruitages à base d'épées frappées sur des boucliers puissent parfois sembler agressifs, ils sont au moins cohérents avec l'ambiance dans laquelle on est plongés. Lorsque l'on sélectionne ses hommes sur le champ de bataille, les leaders continuent de crier le nom de leur unités, et si c'est pratique pour avoir une confirmation que l'on a bien cliqué au bon endroit, cela reste un peu surprenant et vite répétitif d'entendre "Lanciers !!" quarante fois par bataille.

Un barbare ça va, c'est quand il y en a plusieurs qu'il y a des problèmes

Le jeu dispose de différents modes multijoueurs. Le premier permet de disputer une bataille avec des armées définies à l'avance, en choisissant sa faction et par un pool de points que l'on dépense en troupes, ce qui permet à chacun des joueurs d'avoir autant de possibilités de déploiement que l'adversaire. Il est relativement simple de trouver une partie contre d'autres joueurs humains en lançant une partie rapide par l'interface du jeu, et on peut également humilier ses amis en les invitant à la bataille.

Mais le plus intéressant reste la possibilité de jouer la campagne en multijoueur, et là, on retrouve la partie gestion et conquête de la carte ; on peut ainsi se faire la guerre entre amis. Le choix est laissé dans les options de permettre les combats en temps réel ou d'appliquer la résolution automatique par l'IA, pour éviter de devoir attendre sans rien faire que soient gérées les batailles, dont la durée peut être limitée mais qui peut tout de même atteindre les 10 minutes. Prévoyez encore plus de bouquins et de café.

Du neuf avec du vieux, au prix du neuf

La question qui se pose est surtout : qu'apporte ce nouvel épisode lorsque l'on possède déjà Rome 2 : Total War ? La réponse est assez limitée, quelques éléments de gameplay, une lisibilité accrue lors des batailles, le retour de l'arbre dynastique, de nouvelles factions... C'est à peu près tout, et si c'est déjà pas mal, est-ce vraiment décisif au prix où le jeu est actuellement proposé ?

Attila : Total War est donc un jeu sans grande surprise, au concept éprouvé et efficace, les nouveautés ne révolutionnant pas la série, mais dans un contexte historique différent et sur lequel on a rarement l'occasion de jouer, ce qui donne un petit côté rafraîchissant à l'ensemble.

Ce gameplay basé sur l'alternance de parties gestion tour par tour et stratégie temps réel est réussi et toujours aussi addictif. On retrouve le syndrome "encore un dernier tour", malgré une difficulté bien ardue dès le départ, la masse de paramètres à prendre en compte et le nombre élevé de menaces qui pèsent sur votre peuple.

Il manque peut-être d'ambition, se contentant de faire ce qu'il sait déjà faire et même s'il le fait bien, on a tout de même l'impression de jouer au même jeu habillé différemment. De peaux de bêtes dans la cas présent.

Comme Rome II avant lui, Attila tombe malheureusement dans la catégorie des jeux à contenu additionnel payant, appelés aussi jeux en kit, ce qui laisse un petit goût amer au joueur surtout lorsque le premier DLC est disponible le jour même de la sortie du jeu. Ce modèle économique semble en vogue et s'il est intéressant de voir les développeurs continuer à travailler sur leur produit, la pilule passe moins bien lorsque le jeu de base est vendu 40€, surtout à une époque où la dématérialisation rend moins acceptable de vendre au même prix que lorsqu'il fallait passer par les circuits de distribution physique et ses inévitables intermédiaires.

Pour ceux qui sont déjà accro à la série, le renouvellement est minime et je leur conseillerais d'attendre que le prix baisse pour se plonger dans cette période brutale de l'histoire de l'Europe dans ce qui est plus une mise à jour de Rome II : Total War qu'une véritable nouveauté.

Pour les autres, équipés d'un PC de puissance honorable, c'est l'occasion de découvrir la dernière version d'une série de grande qualité, riche et profonde mais sans concessions sur la difficulté ; vous pouvez ajouter un point à la note si c'est votre cas.

Configuration recommandée : Windows 7, Intel Core i5, 4Go de RAM, Carte graphique NVIDIA GeForce GTX560 Ti 2Go ou Radeon HD 5870

Verdict

7

Points forts

  • Partie technique soignée, les leçons de Rome II ont été retenues
  • Grande qualité visuelle
  • Période historique rafraîchissante
  • Partie gestion réussie qui offre un bon challenge aux stratèges

Points faibles

  • Exigeant en termes de matériel pour un confort de jeu acceptable
  • Manque de nouveautés par rapport à Rome II : Total War
  • Batailles maritimes
  • DLC au prix élevé vu les ajouts qu'ils apportent

Commentaires

Rage, 16 mar 2015 - 2:33
Pas pour moi ce type de jeux ... J'ai investis dessus et pourtant j'arrive pas à me motiver. Puis là niveau config ça va être un carnage sur mon vieux PC ...