Affaire Aliens Colonial Marines - Gearbox : Sega contre-attaque

On n'avait plus de nouvelles depuis quelques temps de l'affaire Aliens Colonial Marines. Et puis hop, la semaine dernière, rebondissement : Sega ne compte finalement pas être les seuls accusés de négligence.

Si vous avez manqué le début : dire qu'Aliens Colonial Marines a été une déception est un doux euphémisme, notamment en regard du temps et des sommes considérables engloutis dans le projet.

Le jeu, annoncé par Sega en 2007, n'est en effet sorti que 6 ans plus tard, pour le résultat que l'on sait. En févier 2013, un ancien employé de Sega aurait révélé que Gearbox, non content de réclamer (et obtenir) des rallonges de temps et de budget, a sous-traité le développement du jeu à un autre studio, TimeGate, tout en réinvestissant l'argent de Sega dans les deux premiers épisodes de Borderlands et dans Duke Nukem Forever. Tout ceci plus ou moins au nez à la barbe de Sega, qui aurait alors fait preuve, à minima, de grosses carences dans le suivi du projet.

Je dis "à minima", puisque non seulement Aliens Colonial Marines s'est avéré être un mauvais jeu, mais il était de plus bien moins réussi techniquement que les démos qui avaient été présentées en cours de développement. Résultat : Gearbox et Sega ont fait l'objet en mai 2013 d'une class action pour publicité mensongère (ce que je considère comme un pléonasme, mais soit). En attendant l'issue du procès, Sega avait mis un peu partout des disclaimers sur ses vidéos, précisant qu'elles ne correspondaient pas au contenu final du jeu.

En Août dernier, on apprenait que Sega acceptait de dédommager les plaignants à hauteur de 1,25 millions de dollars, tandis que Gearbox refusait de négocier quoi que ce soit, estimant qu'ils avaient assez dépensé d'argent de leur poche pour terminer le développement du jeu. Gearbox affirme également que c'est Sega qui était en charge du marketing, et qu'en plus les ventes du jeu ont été trop faibles pour qu'ils touchent des royalties. Tu m'étonnes. Bref, en l'absence d'accord entre Sega et Gearbox, l'affaire continuait.

Et finalement, il y a quelques jours, un nouveau document a été dévoilé : la réponse de Sega aux allégations de Gearbox.

Sega y affirme que non seulement Gearbox était tout aussi responsable qu'eux contractuellement niveau marketing, mais qu'ils avaient également un droit de regard sur les initiatives de Sega dans ce domaine. Ce droit de regard incluait les assets diffusés à la presse, c'est à dire les photos, vidéos et démos jouables.

De plus, Sega affirme qu'en plusieurs occasions, Gearbox développait les contenus marketing, qui étaient ensuite diffusés par Sega, et non le contraire, notamment la démo de l'E3 2011, objet de la plainte, qui était supposée représenter ce que le jeu finirait par devenir.

Le studio Gearbox aurait à plusieurs reprises pris des initiatives en termes de marketing, sans solliciter l'accord de Sega : aucun problème, c'était dans leur contrat, mais Gearbox nie pourtant avoir agi ainsi. Surtout, le studio aurait parfois pris des décisions en dépit du refus de Sega, notamment par le biais de son directeur, Randy Pitchford, qui aurait délibérément contrevenu aux consignes de Sega.

Pour conclure, Sega rappelle que Gearbox a bien touché ses royalties sous forme d'avances pendant le développement, et a refusé de participer aux réunions de négociation auxquels il a été invité.

La défense de Sega repose donc sur le fait qu'ils n'étaient pas seuls responsables de la communication autour d'Aliens Colonial Marines, et que Gearbox leur a même caché certaines initiatives marketing, quand Randy Pitchford ne partait pas carrément en roue libre. Reste que dans cette affaire, soit Sega s'est laissé abuser par Gearbox en validant des démos sans avoir bien suivi le développement, soit ils les ont laissé passer en sachant parfaitement qu'elles étaient mensongères. De l'incompétence, ou de la malhonnêteté, au choix. On attend donc la réponse de Gearbox, qui ne va sûrement pas se laisser faire.

Commentaires

Jef93, 09 sep 2014 - 1:39
Très bonne analyse de la part de Shenron. Cette histoire est véritablement pathétique avec un mélange de cynisme, de lâcheté, d'incompétence et de malhonnêteté. Personne n'en sort grandi, ni Gearbox, ni SEGA. Les vrais victimes dans l'affaire sont les joueurs :bcnrv:
au final les deux sont perdants, et vu la notoriété de Sega, ça ne va pas aider à ce qu'ils fassent autre chose que des jeux pour mobile ...
J'exagère, mais tout de même ...
Heureusement, je pense que Alien Isolation va corriger le tir.