Test : Yakuza 3 (Playstation 3)


Yakuza 3
Yakuza 3
Aventure

C'est en 2008 sur une PS2 en fin de vie que la dernière aventure de Kazuma Kiryû nous est parvenue en Occident. On se souvient encore des longs mois d'attente pour voir ce jeu arriver chez nous. Véritable arlésienne, il sera passé malheureusement assez inaperçu face à une "next gen" de plus en plus florissante. Pendant ce temps, la série Ryû ga Gotoku est devenue incontournable au Japon avec tout simplement un épisode par an sur consoles Playstation. Après le volet au temps des samouraïs (Kenzan) qui n'aura pas connu tout à fait le même succès que la série d'origine, Sega revient aux bases contemporaines de la série avec Yakuza 3 ou la suite directe du deuxième volet.

Au revoir Osaka, bonjour Okinawa

Après avoir réglé la question de la guerre contre Osaka, la famille Omi et l'ultra violent Dragon du Kansai, Kazuma décide de se retirer du milieu et de vivre enfin des moments paisibles en compagnie d'Haruka, qui ne cesse de grandir. Le Clan Tojo semble être en de bonnes mains avec la promotion de Daigo Dojima épaulé par le très barjo, mais utile quand il s'agit de se battre, Goro Majima. Kazuma décide de prendre une retraite méritée. À sa façon, c'est à dire avec son caractère de bon samaritain qui le caractérise. Direction les îles de l'extrême sud du Japon pour y trouver bien sûr du soleil et des plages superbes... mais surtout de nouvelles personnes à protéger.

Lui-même orphelin, Kazuma connaît mieux que personne le destin des enfants abandonnés. On le retrouve ainsi en gérant d'un orphelinat, situé au bord de mer. Pantalon blanc, chemises à fleur, l'ancien mafieux dur à cuire s'occupe de petits problèmes du quotidien de jeunes enfants. Peines de coeur, bastons dans la cour d'école, cache-cache, etc. Kazuma et le joueur reviennent aux fondamentaux d'une vie de famille légèrement agitée. Tokyo, ses clubs de strip-tease et ses mafieux à chaque coin de rue, n'a jamais paru aussi loin ... C'était bien sûr sans compter sur un rebondissement dont seul Nagoshi a le secret. Okinawa est un petit coin de paradis qui intéresse fortement promoteurs immobiliers et professionnels du tourisme. Mais pas seulement, et le joueur réalise vite que les enjeux sont multiples, à un niveau parfois insoupçonnés du pouvoir. Vous l'aurez deviné ? Kazuma Kiryû va très vite revenir aux affaires, car mafia et politiques ne vont pas tarder à se mêler à la fête ...

Trop jeune pour la retraite !?

C'est par quelques flash-back assez maladroits que débute Yakuza 3. Tant bien que mal, on finit par prendre en main Kazuma lors des premiers chapitres entièrement consacrés à cet épisode de bon petit gérant d'un orphelinat et à l'arrière-goût de vacances estivales. Yakuza 2 proposait déjà une ville alternative pas si éloignée de la mégapole tokyoïte, avec Osaka. Les équipes de Sega Japon ont cette fois joué la carte d'un environnement bien plus chaleureux que celui de Kamurocho. Rassurez-vous on finira par y retourner, ce qui tout sauf un spoil ou un scoop pour les fans de la série, surtout s'ils ont suivi un minimum la communication autour du jeu !

Yakuza 3 signe un changement de génération pour la saga principale. Quand on y pense, les avancées sont réellement frappantes et rendent l'exploration encore plus plaisante. Les vieux fans se souviendront des caméras fixes vues de dessus sur PS2, ou encore des micro-chargements qui entraînaient une vraie coupure à chaque fois que l'on changeait de rue. Forcément sur PS3, ça devenait inconcevable et la caméra de dos devient totalement libre à de rares exceptions quand on s'approche de lieux importants ou quand on rentre dans certains bâtiments. L'immersion dans Okinawa et Kamurocho s'en trouve d'autant plus renforcée que les graphismes en HD rendent enfin justice à l'architecture des maisons et des bâtiments. On pense aussi à tous ces petits détails dans les magasins, les marchés, ou encore la multitude de passants qui font que l'on a réellement l'impression de se promener dans des ruelles japonaises. Yakuza 3 garde aussi ce soupçon d'authenticité, comme ces prédécesseurs qui avaient également ce souci permanent du détail. Les restaurants ou des activités annexes comme le karaoké contribuent à immerger le joueur au bout de quelques heures. Ceux qui aiment le Japon ou fantasment de s'y rendre un jour, seront encore une fois conquis !

Une génération plus tard

Yakuza 3 ne serait pas un vrai Yakuza s'il n'était pas ponctué de combats nombreux à la fois pour faire avancer l'aventure principale mais aussi avec des "agressions" qui peuvent se produire à chaque coin de rue. Depuis le premier, la série s'est constamment améliorée sur le point sensible des temps de chargement lorsque l'exploration laisse place aux instants de combat. C'est encore le cas ici. Et même s'ils sont encore perceptibles, le résultat reste plutôt rapide et on notera que la foule s'écarte et nous entoure pour nous donner cette fausse impression que ça ne charge pas. Une parade plutôt astucieuse des équipes de Sega. Mais plus généralement, les loadings se font discrets et l'installation obligatoire de presque 5 Go n'y est sûrement pas pour rien.

Malgré de l'aliasing et quelques bugs d'affichage de çi de là, Yakuza 3 est incontestablement lumineux et beau. Le quartier de Kamurocho ne change pas mais apparaît surtout tel qu'on aurait aimé toujours voulu le voir. Et dans la lignée directe des épisodes précédents, déjà un modèle en la matière, la mise en scène des cinématiques est de grande classe, tandis que les expressions des visages sont d'une crédibilité totale. Yakuza 3 fait peut être plus fort que certains gros blockbusters occidentaux, même si cette affirmation prêtera toujours à débat ! Il gagne en tout cas incontestablement la guerre du charisme des personnages principaux. Kazuma Kiryû inspire le respect au premier regard tandis que les nouveaux chefs de famille du clan Tojo en imposent tout autant par leur force physique que par leurs énormes ambitions personnelles. À cet égard, Mine Yoshitaka est un personnage très intéressant avec son parcours assez peu classique dans l'ascension d'un Yakuza. Il représente à lui seul la réussite du nouveau casting de ce Yakuza.

Côté technique, on regrettera juste un game design finalement trop proche de celui que l'on a connu sur PS2, et franchement paresseux. Yakuza 3 aurait pu se passer facilement de ces murs invisibles bizarres qui empêchent de se rapprocher de certaines bâtisses, ou encore de ces barrières que Kiryû est incapable de franchir. Au combat il peut nous faire des saltos digne de la lucha libre. Y'a comme un problème de cohérence !? Si les animations assez sèches lors des combats ne gênent pas tout joueur ayant pratiqué du Virtua Fighter ou du Spike Out, celles en mode exploration restent assez peu naturelles et étonnent dans le mauvais sens au premier abord. Mais il faut avouer qu'on s'en accommode assez vite et que ça n'empêche pas de rentrer dans le trip de ce Yakuza au bout de quelques heures.

Richesse ahurissante x censures

Vous n'êtes sûrement pas sans savoir que Yakuza 3 a eut droit à quelques coupes dans son contenu pour cette sortie occidentale ? La raison invoquée est que certains mini-jeux demandaient un travail de localisation trop important alors que Sega West voulait absolument le sortir dans un délai raisonnable. Les précédents Yakuza n'avaient pas connu de pareilles décisions mais leur délai de localisation fut juste interminable ... Parmi ces censures, les principales concernent des mini-jeux comme le mah-jong ou les bars à hôtesses de Kamurocho, lieux de drague et de débauche habituels depuis les débuts de la série. Les rencontres avec la gente féminine n'ont cependant pas disparu puisqu'on croise encore quelques femmes (très ouvertes d'esprit) dans quelques restaurants, qui donnent lieu à de la drague puis dans la foulée à une sous-quête.

On pourra à juste titre pester contre ce contenu qui a disparu. Le joueur exigeant préfère jouer à l'oeuvre originale japonaise, totalement respectée. Toujours est-il que Yakuza 3 ne propose pas moins d'une centaine de quêtes. Les anciens mini-jeux sont encore là comme le baseball ou le bowling. Sega y ajoute du billard, du jeu de fléchettes (Yu Suzuki appréciera) ou un parcours de golf complet qui à lui seul peut vous tenir en haleine plusieurs heures. Au niveau des quêtes en général, Sega se lâche encore plus qu'auparavant. Il sera par exemple possible de jouer les acteurs dans un film de Samouraïs ou mener une enquête sur un meurtre, tel un Sherlock Holmes japonais. Et si on y ajoute la très grosse quête de longue haleine entre Tokyo et Okinawa des "Avengers" (un jeu dans le jeu très clairement) ou encore tous ces à-côtés qui permettent d'améliorer son style de combat à poings nus ou avec des armes blanches. Ne cherchez pas plus loin, Yakuza 3 est certainement l'un des jeux d'action/aventure à proposer la durée de vie la plus conséquente. Presque digne d'un RPG, on passera au bas mot 40 heures à trouver tous les secrets du jeu, sans parler des trophées à débloquer. Alors avec le recul nécessaire, la disparition d'un peu de contenu est dommageable mais est totalement noyée dans la richesse globale de cette production. Il faudra trouver un autre argument pour le boycotter, sans nul doute. Par exemple, si vous ne maîtrisez pas l'anglais, vous pouvez en effet passer votre chemin !

Immersion totale

Oui, Sega se repose quelque peu sur ses lauriers. Kamurocho n'a pas beaucoup bougé et par bien des côtés Yakuza 3 peut paraître comme un jeu old gen. Mais il ne fait aussi aucun mystère que la série garde sa redoutable efficacité et il ne faut que quelques chapitres pour être immergé et ... voir les heures défiler à une vitesse problématique pour sa vie sociale. Le début de cet épisode est lent, la mise en place des enjeux est également assez longuette. Il n'empêche qu'à la manière d'un certain Shenmue, ce prologue a beaucoup de charme, justement parce qu'il sait prendre son temps et parce que l'île d'Okinawa apaise, par exemple rien qu'avec la magnifique plage située juste devant l'orphelinat où l'on pourra pêcher à l'occasion. On ira aussi faire quelques promenades en compagnie d'Haruka. Il ne manque plus que le goût de la glace pour s'y croire.

Evidemment par la suite, l'immensité des sous-quêtes entre Okinawa et Kamurocho sera là pour densifier l'expérience de jeu, tandis que la trame de l'histoire monte peu à peu en puissance. Cette dernière est d'ailleurs globalement plus courte. Avant d'arriver aux chapitres finaux, Sega a encore largement aménagé le temps de jeu pour nous laisser explorer tous les secrets. Et passer à côté de ces secrets équivaut à louper une grande partie de l'intérêt de Yakuza 3. De tous les Yakuza pour être tout à fait clair.

Alors en attendant Yakuza 4, avec ses promesses d'une plus grande variété et d'une technique toujours plus maîtrisée, ce troisième volet remplit sans problème son contrat en étant à la fois un jeu d'aventure passionnant et un beat them all toujours violent. Cette partie combat reste d'ailleurs fidèle à elle-même en étant assez peu technique mais elle pousse le joueur à progresser pour avoir un résultat spectaculaire à l'écran, à la hauteur de la force brute du personnage principal. Pour ceux qui sont passés à côté de Yakuza 1 et 2, et ils sont nombreux, un très gros récapitulatif de ces grands moments en cinématique se consulte dès les menus principaux et même lors d'une cession de jeu pour se rafraîchir la mémoire. Même si vous avez raté le train en route, il y a donc de quoi largement le rattraper. À moins d'être un cancre en anglais, tout est encore réuni pour passer de grands moments en compagnie de Kazuma, et préparer comme il se doit l'arrivée de Yakuza 4. Ce dernier devra garder la classe et la force d'immersion de la série mais aussi renouveler des rouages assez anciens. Mais ceci est une autre histoire, que l'on espère évidemment goûter le plus rapidement possible chez nous ...

Verdict

8

Points forts

  • Le soleil de l'île d'Okinawa
  • Des personnages charismatiques
  • Les acteurs japonais de bon ton
  • Cinématiques et mise en scène maîtrisées

Points faibles

  • Ambiance sonore moins marquante qu'espérée
  • Kamurocho pour toujours ?
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Playstation 3 7.6 5
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Commentaires

Merci pour ce super test Haneda!! Enfin une vision autre que celle proposée sur les habituels sites web consacrés aux jeux vidéo.
J'aurai découvert la série avec cet opus, mais je ne suis au final pas un grand fan. Très bon test dans tous les cas !
bko, 23 mar 2010 - 5:50
Superbe test même si je suis du même avis que cireza, j'ai bien aimé le premier mais je ne suis pas fan, ca reste trop assisté et pas assez technique. Cependant les persos et l'ambiance yakuza sont bien succulents.
Pour ne pas avoir fait yakusa sur ps2 (merci à un méga bug de sauvegarde sur la ps3), je vais donc découvrir réellement ce jeu sur ps3. Le test est très complet et permet de se donner une belle image de ce que sera l'aventure...
Bref, dans quelques semaines je pense que le jeu sera mien.
Un bon test pour un bon jeu, du moins pour ceux qui aiment..
Dommage pour ceux qui n'ont pas aimés mais bon les goûts et les couleurs sont fait pour ça..

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