Test : Total War : Three Kingdoms (Windows, Mac, Linux)

Apparue au tout début du millénaire, la série Total War s’est rapidement imposée comme une référence dans le milieu de la stratégie. Mêlant tour par tour et bataille en temps réel, ces jeux mettent l’accent sur le réalisme, tranchant ainsi avec ce qui se faisait au moment de sa sortie. L’opus du jour nous place en pleine guerre civile chinoise durant le 3e siècle avec un objectif simple : unifier la Chine oui, mais sous notre bannière.

L’encre de Chine

Après avoir passé le launcher commun des Total War et la vidéo d’introduction nous présentant la situation historique, nous arrivons sur un menu principal qui pourrait être celui d’un jeu combat : le mode campagne, le mode bataille et les options. La campagne et la bataille peuvent être joués en multijoueur, et si ce n’est pas surprenant pour une bataille, c’est une plaisante surprise pour la campagne. Les options nous proposent de passer les voix en chinois, très sympa pour se mettre dans l’ambiance.

Commençons par la partie courte : les batailles offrent trois options, la bataille historique, avec un contexte bien précis prédéfini, la bataille classée qui a un but compétitif et enfin la bataille personnalisée. Ces dernières permettent de choisir le lieu, la saison, si la bataille a lieu de jour ou de nuit en plus de la composition des armées. Idéal pour quelqu’un ne souhaitant que de l’action ou s’entraîner à certaines situations sans devoir tout perdre dans sa partie. Le cœur de jeu se trouve toutefois ailleurs.

 

Fiction ou Histoire ?

La campagne nous accueille avec plusieurs personnages nous faisant face, chacun appartenant à une faction : la coalition, les gouverneurs, les hors-la-loi et les turbans jaunes. Chaque personnage dispose de son propre artwork, et il faut bien avoir qu’ils sont magnifiques. Nous avons une première indication sur leur situation de départ (de facile à très difficile). En en choisissant un, nous arrivons à une nouvelle page avec la situation détaillée. Nous avons ainsi les caractéristiques de la faction, sa force stratégique (comprendre : le meilleur moyen de gagner/se développer avec celle-ci). La carte nous dévoile aussi les ennemis avec lesquels nous sommes en guerre en début de jeu, en vert nos territoires. A noter que certaines factions commencent SANS territoire.

Avant de lancer la campagne, attardons-nous sur les deux boutons en bas à droite : le bouton « Option » permet de gérer la difficulté de la campagne et des batailles indépendamment de la situation de départ, ainsi que quelques autres options telles que le réalisme de bataille, la limite de temps d’une bataille, etc.

Le deuxième bouton, appelé « Romance », nous révèle deux modes de jeux profondément différents. Le mode Historique propose de jouer de manière plus classique à Total War, vos généraux sont alors accompagnés de quelques unités pour le défendre mais sont beaucoup plus fragiles. La fatigue joue aussi un rôle plus important sur votre armée.

Le mode Romance fera de vos généraux des sortes de héros, à la manière de ceux que l’on avait dans Warcraft 3 ou Total War Warhammer. Ils sont alors beaucoup plus résistants, peuvent engager seuls des unités ennemies ou affronter en duel un général ennemi.

 

 

Sur la route de la soie

Mais lançons une campagne, le mode choisi ne changeant finalement pas le reste du jeu. Une nouvelle vidéo très stylisée nous présente rapidement le personnage, l’écran de chargement se chargeant du reste. Après un autre survol de la situation initiale, la campagne commence avec une bataille facile à gagner mais qui sera l’occasion de découvrir les différents contrôles. Je ne vais pas m’attarder sur cette première bataille, envoyer ces troupes toutes ensemble suffit largement à gagner avec peu de pertes.

Retour sur la carte donc, nous avons droit à des personnages de la taille d’une ville, se déplaçant librement (dans une certaine limite), un brouillard de guerre nous cache la vue des autres factions. Sur les bords de l’écran nous trouvons des dizaines d’infos, en haut à gauche, notre trésorerie et son évolution pour le tour à venir, la quantité de nourriture que l’on obtient lors de ce tour ainsi que nos ressources stratégiques/économiques. Vous trouverez aussi les boutons de diplomatie, d’espionnage, d’économie, etc., certains étant indisponibles en début de partie.

Sur le bord gauche se trouvent les nombreuses pop-up d’évènements, si vous n’avez pas fait attention pendant le chargement du tour. Continuons plus bas où vous aurez les informations sur la ville/armée que vous avez sélectionnée. En haut à droite se trouvent les boutons de menu et d’aide, ce dernier sera très utile si vous n’avez aucune expérience des jeux de stratégie. Enfin en bas à droite se trouvent les menus d’accès rapide à vos armées, villes, personnages et diplomatie, ainsi qu’un intéressant système de balise, vous permettant de mettre en place des mémos pour ne pas oublier ce que vous vouliez faire à tel et tel endroit.

 

Lei, diplomate incompétent

Abordons un point que je n’ai pas encore évoqué : les missions. Celles-ci vous guident sur la progression à suivre et, très logiquement, s’espacent dans le temps au fur et à mesure que vous avancez (les objectifs étant de plus en plus ambitieux et longs à atteindre). Des évènements prédéfinis surviendront aussi en fonction de votre faction, mais n’ayant pas réussi à avancer assez loin dans mes différentes parties, je ne sais pas si ceux-ci restent présent plus loin dans la partie pour coller à l’aspect historique du jeu ou non.

Cela constitue d’ailleurs un reproche sur les débuts de partie : nous sommes trop incités à faire certaines actions, surtout que certaines récompenses de mission (comme de la trésorerie) sont difficilement refusables au début. Lorsque vous atteignez un certain rang, vous pourrez mettre en place un Conseil qui pourra vous donner une mission à votre demande.

Autre reproche, survenant pendant les chargements : les offres diplomatiques qui ne font pas grand sens. Il ne sera pas rare de voir une faction vous proposer des pactes de non-agression ou vous déclarer la guerre, alors que vous n’êtes pas voisins et ne vous êtes jamais rencontrés. Dézoomer sur la carte n’y changera rien et vous ne saurez pas où est installée cette personne, frustrant. Il y aussi les offres de coalition que vos alliés ont tous refusées, le jeu vous proposant uniquement d’accepter leur refus. Quel intérêt ? J’ai du mal à le trouver d’autant qu’à la fin du chargement vous avez droit à la pop-up signalant encore une fois le traité refusé.

Le pire étant sans doute les offres de paix extrêmement défavorables provenant de factions avec qui vous ignoriez être en guerre. Un point à revoir à mes yeux.

 

Des batailles et des morts

Mais nous ne sommes pas là pour jouer aux diplomates, nous voulons conquérir et réunifier la Chine. Aussi je me lance à l’assaut d’un voisin avec qui je suis en guerre. Étant loin d’être expert en stratégie, je me base sur l’avis du jeu qui m’annonce une victoire à la Pyrrhus. Je décide de tenter par moi-même et obtiens une victoire assez confortable, le jeu ayant été réglé sur Facile avant le début de la campagne. Mes autres batailles confirmeront cela malgré quelques défaites. Même en étant inexpérimenté, le jeu nous permet de gérer les batailles et de s’en sortir raisonnablement bien.

Si l’interface et la touche d’aide sont suffisamment bien faites pour que l’on puisse faire ce que l’on veut, il m’est arrivé à quelques reprises d’avoir la caméra qui refusait de se déplacer, m’obligeant à diriger mes troupes avec un angle de vue loin d’être idéal.

L’IA souvent décriée ne m’a pas semblé mauvaise même en facile, elle semblait plutôt avoir des malus de résistance sur ces unités. Peut-être qu’avec une meilleure maîtrise des batailles je la trouverais stupide, mais en l’absence d’IA learning ce sera toujours le cas pour peu que l’on cherche un moyen de l’abuser.


 

Mi-riz mi-mandarine

Le jeu possède globalement un faux rythme, les nombreuses pop-up diplomatiques et missions nous incitent à toujours agir et peuvent rapidement nous faire perdre beaucoup. Et à l’instar d’autres jeux de gestion au tour par tour, réfléchir vos actions vous apportera plus que d’attaquer à tout va. Il ne sera pas rare de passer une demi-heure à ne (presque) rien faire, guettant une opportunité pour vous étendre ou simplement pour vous concentrer sur vos provinces déjà acquises. Ce faux rythme est loin d’être un défaut si vous ne vous faites pas entraîner par celui-ci, il apporte une sorte de dynamisme à une phase de jeu qui n’en a aucune. A l’inverse, les batailles paraissent parfois un peu longues si vous restez à la vitesse de base.

Le jeu est globalement accessible, l’aide est efficace et permet de progresser assez vite, mais assez vite ne signifie pas que vous aurez tout compris après 3-4h de jeu. Après 20h de jeu, j’ai la sensation de tout juste maîtriser les bases pour espérer aller au bout, 20h durant lesquelles j’ai dû recommencer plusieurs campagnes pour ne pas refaire certaines erreurs. N’étant pas familier avec cette période de l’Histoire, les noms chinois ont globalement été un frein mais après quelques heures et parties on commence à bien retenir les personnages. Il est d’ailleurs dommage que le jeu ne propose pas d’encyclopédie comme peut le faire Civilization ou les Age of pour en apprendre plus sur les factions.

En termes de configuration, le jeu tournait bien sur un vieux FX-8350, un processeur largement dépassé, sur Windows, une carte graphique milieu de gamme d’il y a 3-4 ans feront largement tourner le jeu. Il en faudra par contre une un peu plus moderne pour y jouer sur Linux. Le moteur derrière étant toujours le même que depuis Shogun 2 (avec certes des évolutions), il permet aujourd’hui à un pc de 300-400€ neuf de le faire tourner dans de bonnes conditions.


 

Le jeu est beau, accessible et prenant avec le fameux syndrome « un dernier tour et je me couche ». Mais accessible ne signifie pas que vous ne devrez pas passer de nombreuses heures à y jouer pour éviter les erreurs stupides, et même en facile le jeu se montre exigeant. Il a bien des défauts, certains semblant perdurer depuis de nombreux épisodes (notamment la diplomatie), et il est un peu trop dirigiste sur les premiers tours avec son système de missions. Les premiers seront plus ou moins gênants en fonction des personnes, le second ne sera plus un problème lorsque vous aurez pu avancer d’une dizaine années. Si vous aimez la stratégie et voulez des batailles en temps réel, Total War : Three Kingdoms est définitivement fait pour vous.

Verdict

7

Points forts

  • Accessible
  • Pas trop gourmand en ressources
  • Les modes Chronique et Romance
  • Prenant, de nombreuses heures de jeux en perspective
  • Les très nombreuses options en bataille

Points faibles

  • Demande de la patience les 20 premières heures
  • Les offres diplomatiques de l'IA
  • Manque d'évolutions
  • Un thème de niche pour nous occidentaux
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