Test : Total War Rome Remastered (PC, Mac, Linux)

Test réalisé sur PC

Si Shogun et Medieval avaient eu leur petit succès, aucun fan de la série ne remettra en cause que Rome: Total War a été l'opus décisif dans son envol vers les sommets. Historiquement, les territoires contrôlés par Rome ont donné des rêves de grandeur à bien des gens. Cet opus en a fait de même pour la stratégie. Mais 17 ans après, que reste-t-il ? Ce remaster signé Feral est-il justifié ? Rome est-elle vraiment éternelle ?

Faut-il réellement présenter ce jeu ? Pour ceux qui noyaient leur chagrin de l'arrêt de la Dreamcast au début des années 2000, petite piqûre de rappel : le jeu est sorti en 2004, arrivé sur Steam en 2008 avec ses deux extensions. Succès critique et commercial, le jeu de base nous place à la tête d'une des 3 grandes maisons romaines: les Julii, les Brutii et les Scipii en -285 avant J.C. L'objectif ? Ne plus être une grande maison mais Rome, car qui le mérite plus que votre famille ? Comment ? Par la conquête, la campagne étant considérée comme gagnée lorsque vous contrôlez 50 provinces ET Rome.

An legionarius non mea pulchrum est.

Avec ce Remaster, plus besoin de débloquer les factions non-romaines via la campagne ou en éditant des fichiers du jeu, une option à cocher dans le launcher vous le permet. Comme pour la Gold Edition, les extensions Alexandre et Barbarian Invasion sont incluses, vous permettant, vous l'aurez deviné, de revivre la campagne d'Alexandre le Grand et d'empêcher/provoquer la chute de Rome. La carte a reçu un joli petit lifting mais on retrouve toujours les fleuves à angle droit. Si comme moi vous n'avez pas joué à l'original, il vous sera facile de penser que l'interface n'a pas été changée : les boutons ont cette patte immédiatement reconnaissable des jeux de stratégies de l'époque. Pourtant il y a eu pas mal d'ajustements : terminé le bas de l'écran constamment occupé, la mini map se retrouve en haut à droite, les notifications et missions en haut à gauche. L'ensemble est plus aéré, plus moderne mais dans l'esprit de l'original.

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Interface générale avec armée sélectionnée

 

Les personnages lors des cinématiques sont plutôt classes avec un visuel rappelant un peu Civilisation V. Les unités n'ont pas eu droit au même soin, mais le lifting reste efficace quoiqu'un peu taillé à la serpe. Une fois en mouvement le poids des âges se fait quand même sentir. Ce n'est pas marquant, mais la sensation de rigidité, de personnages qui "flottent" au-dessus du sol sont là, toujours dans votre vision. Quelques heures suffisent à l'oublier, mais c'était à noter. Pour finir sur les graphismes, la carte de bataille est lisible: on est loin des champs de batailles hyper fouillés de Total War: Three Kingdoms, vestige là aussi de l'original. Bon ou mauvais point, je pencherais plutôt pour le mauvais : ce n'est qu'un remaster, certes, mais pour le coup cela fait daté. Mais quand on vous annonce la veille de la sortie que les configurations minimale et recommandée sont revues à la baisse, on se tait et on salue une situation bien trop rare pour les remasters.

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Chargez!!

 

Politica, veni vici vidi.

Le gameplay a clairement constitué une très grosse surprise ; pour être tout à fait honnête, je n'ai souvenir d'aucun jeu proposant pareille expérience, pas même les Total War plus récents : le diplomate est une unité que vous déplacez sur le terrain comme vos armées. Vous voulez faire une alliance avec un pays ? Négocier le rachat d'une province ? Préparez votre/vos diplomates, ils partent en voyage ! Impossible donc de négocier sans contact avec l'autre faction, du moins à une époque sans téléphone. Dans l'absolu, c'est un détail, mais cela donne une telle saveur au jeu ! Vous voulez lancer une grande guerre avec vos deux alliés ? Vous allez devoir préparer votre armée, amener vos diplomates chez vos alliés, leur demander d'attaquer la faction visée (et attendez-vous à ce qu'ils demandent une contrepartie) et seulement après vous commencerez votre guerre.

Nouveauté par rapport à l'original : le négociant. Pas très intéressant : vous le mettez dans une ville qui ne vous appartient pas et cela vous apportera de l'argent chaque tour. Rien à prévoir, rien à faire une fois qu'il est arrivé, c'est pauvre et le bénéfice ne vaut pas le temps perdu à trouver la ville qui rapportera le plus. Heureusement une case autogestion peut être cochée. L'assassin, comme le diplomate, ne change pas. On me répète souvent à quel point ils sont essentiels, mais honnêtement, on s'en sort très bien sans et le rapport réussite/risque est souvent trop bas à moins d'en avoir un exceptionnel.

Pour citer des différences avec le récent Total War Three Kingdoms, il n'y a pas à gérer le stock de nourriture des armées ou des villes. Tous les bâtiments peuvent être construits dans chaque ville, contrairement aux TW récents où vous devrez faire des choix. Cela facilite grandement la gestion et la planification du développement des villes. Une armée peut être constituée d'autant de généraux qu'on le souhaite tant que le total des unités ne dépasse pas les 20. Les Total War plus récent nous autorisent un maximum de 6 unités par général et 3 généraux au maximum par armée. Il est donc plus facile de se faire une grande armée avec peu de généraux. Mais l'armée est loin d'être gratuite, en plus de l'or qu'elle vous coûtera, former des unités utilisera des habitants de la ville concernée. Cela peut paraître anodin, mais les agrandissements de la ville, et donc les bâtiments et revenus possibles, se débloquent en atteignant des seuils de population. De plus, la "taille" de la ville détermine directement les technologiques disponibles, il n'y a pas d'arbre technologique pour servir d'intermédiaire. Ainsi il ne vous sera pas possible de créer une armée de 1000 hommes si la population de votre ville est de 800, logique, mais je n'ai pas souvenir d'avoir été confronté à cette situation dans Three Kingdoms qui se passe pourtant à une échelle plus locale. Et même en prenant votre temps, les unités disponibles seront plus faibles que celles d'une métropole disposant de ses bâtiments à jour.

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Comparaison unité milieu/fin de partie

 

La chute de Rome ou Rome éternelle?

17 années nous séparant de la sortie du jeu original, on pourrait regretter que les Gaulois, Brittons et Scythes sont toujours des nations unies, mais le cœur du gameplay impose ce choix discutable du point de vue historique. On pourrait regretter les limites technologiques imposées à certaines factions : pourquoi les Gaulois, si on accepte l'hypothèse qu'ils sont unis derrière une même bannière, ne pourraient pas fonder de métropoles ? Pourquoi Lugdunum, fondée en -56, existe en -270 ? Pareil pour Carthago Nova, fondée en -227. Des approximations, il y en a sûrement d'autres, le fan d'Histoire devra s'en accomoder, les autres ne le remarqueront pas. Des approximations qui pouvaient être corrigés avec les mods dans Rome: Total War et qui le seront sans doute à nouveau.

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Arbre de bâtiments espagnols

 

17 ans, 2000 joueurs quotidiens enregistrés par Steam sur les 3 dernières années. On a cru Rome éternelle, elle ne l'a pas été. Un jour, Rome: Total War sera aussi devenu une pièce archéologique, mais avec ce remaster, son heure n'est pas encore arrivée. Mettez-lui le moteur de Three Kingdoms et je ne saurais vous dire lequel est sorti en 1er, voilà le tour de force réalisé par ce jeu : n'avoir eu besoin que d'une crème anti-ride pour obtenir une place d'honneur dans un concours de gameplay. Si vous n'avez jamais joué à un Total War, que vous êtes curieux, je ne peux que le recommander, il est accessible, bien plus que les derniers opus malgré les nombreuses aides. Si vous y avez joué à l'époque, ou commencé juste après, pareil, parce qu'il est toujours excellent. Je m'en veux de ne pas lui trouver de véritables défauts, quelque chose qui nous ferait dire : "Total War est devenu vraiment meilleur". La formule Total War a été améliorée, aucun doute, mais le niveau a été placé tellement haut à l'époque que le jeu peut regarder ses héritiers les yeux dans les yeux. Remaster mérité et recommandé.

Verdict

9

Points forts

  • Accessible et complet, idéal pour découvrir la série
  • L'interface moderne mais dans l'esprit de l'original
  • Pas de négociations magiques à longue distance
  • Rome aesternum

Points faibles

  • Les incohérences historiques
  • Les maps de bataille et animations vieillotes
  • Les marchands apportent peu

Archives commentaires

J aimerais un jour qu ils le portent sur console que je puisse les tester. Mon fil adorerait j en suis sur...
Merci pour ce test qui donne envie, et moi aussi j'aimerais un portage sur console, il doit bien exister d'autres jeux de ce type déjà adaptés ?
Je viens de voir le titre du test de GK et je suis dégoûté de ne pas avoir pensé au Rome Arrangé....