Test : Total War : Pharaoh (Windows, Mac)

Un peu plus d'un mois après une preview qui m'avait laissé une bonne impression, Total War: Pharaoh arrive dans sa version finale et marque le retour des jeux s'inscrivant dans un cadre historique et réaliste. Essai transformé ?

Avec sauce anatolienne pour moi, chef !

N'attendons pas trop et lançons une nouvelle campagne. Pour mon premier essai dans cette version finale, mon choix s'est porté sur Suppiluliuma II, grand roi du Hatti, une civilisation trop souvent oubliée des livres d'Histoire. Présente durablement dans la partie centrale et orientale de la Turquie actuelle, ce royaume pluri-centenaire au moment de commencer notre campagne a quelques faits d'armes à son actif : la mise à sac de Babylone aux environs de 1595 avant JC, ce qui causera la chute de l'empire Paléo-Babylonien, des victoires contre le Royaume du Mittani aux 14e siècle avant JC et enfin, une âpre bataille à Qadesh contre les égyptiens de Ramsès II.

En tant que Suppiluliuma deuxième du nom, je suis à la tête d'un royaume qui souffre. Comme trop souvent dans son Histoire, le Hatti, après une brève période d'expansion se retrouve pris dans des guerres intestines. Nous commençons donc avec seulement deux vassaux, tous les autres royaumes hittites autour sont indépendants. Notre mission consistera à les ramener sous notre bienveillante et non-abusive protection.

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Total War : Pharaoh
Ramsès est considéré comme un début facile, mais il m'a semblé plus dur qu'avec Suppiluliuma.


Contrairement au début de campagne avec Ramsès, Suppiluliuma possède un accès à toutes les ressources importantes du jeu dès le début, cela nous permet de développer sereinement nos infrastructures même si le manque de nourriture limitera la taille de votre armée. Le fonctionnement de la Cour est similaire à celui de l'Egypte même si les noms de fonction changent, nous commençons donc Grand Roi, un titre plutôt classe.

Nous avons accès au début à trois divinités ; je ne suis malheureusement pas très au fait des croyances hittites si ce n'est que les solstices avaient une grande importance (petit lien en anglais pour ceux que ça intéresse). Mais cela m'amène à ma première déception : lorsque l'année se termine (un cycle de six tours), le jeu nous annonce que l'on célèbre Horus... C'est un détail, mais c'est visible et frustrant.

La deuxième déception du côté hittite survient malheureusement bien vite encore avec les héritages anciens. C'est simple, nous n'en avons que deux : Tudhaliya et Muwatali, on ne sait pas auquel correspond le premier (il y en a eu trois et la description n'est pas claire), le second est vraisemblablement celui qui a affronté Ramses II. Point de Mursili, le roi qui a pillé Babylone, point de Suppiluliuma 1er, qui comme son homonyme du jour, redressa un royaume en déclin. Je sais bien qu'il faut laisser de la place pour de potentiels DLCs, que l'Histoire du Hatti est plus mouvementée et moins documentée que celle de l'Egypte, mais cela fait un peu pauvre.

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Le Hatti est si pauvre qu'ils n'ont plus de bâtiments...à moins que ce ne soit ma faute ?


Total War: Régions & Peuples solidaires

Mais assez râlé et attaquons notre expansion. Les tours s'enchaînent et contrairement aux autres Total War, mes voisins se montrent assez peu agressifs malgré une situation de départ présentée comme difficile. Dans Warhammer III les factions ont tendance à être ou amicales ou très hostiles, mais jamais ou très rarement neutre. Cela m'a obligé à aller contre mon habitude d'attendre que l'on m'attaque pour conquérir mon ennemi. Mais ne voyez pas en moi un conquérant sanguinaire, j'ai proposé à plusieurs petits royaumes de devenir mes vassaux en échange de jolis montants en or. Certains me sont restés loyaux, d'autres ont dû être punis pour s'être libérés de mon joug, je veux dire, de ma bienveillante bienveillance.

Lors de l'interview à la Gamescom, Todor Nikolov avait expliqué qu'ils avaient particulièrement travaillé l'IA pour qu'elle soit plus dure en négociation. Si ce n'est pas encore parfait, conclure un échange commercial semble tout à fait naturel et les multiples ressources à gérer aident bien. Oui il est facile d'obtenir de grandes quantités de ressources d'un royaume en famine ou sans bronze, encore faut-il que vous ayez ce qu'ils veulent. D'ailleurs, les factions n'hésiteront pas à briser un accord commercial abusif dès que leur situation sera meilleure.

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Total War : Pharaoh
Un échange inégal mais ils ont grand besoin d'or et beaucoup trop de nourritures.

Reprenons notre unification. On soumet nos voisins trop exigeants, on améliore notre armée, on s'occupe des quelques armées des peuples de la mer qui viennent sur nos côtes et descendent de nos montagnes (NdShenron : à cheval ?). Petite pause pour un moment d'Histoire : le terme "Peuples de la Mer" ne désigne pas forcément des gens venus de la mer. C'est contre-intuitif mais comme souvent cela vient de nos sources ; les villes pour lesquelles nous avons eu en premier de la documentation étaient des villes côtières : Ugarit, Byblos, Sidon, l'Ayashiya (l'île de Chypre) et le delta du Nil. Dans leur cas il s'agissait bien de peuples venus de la mer et leurs échanges les désignent ainsi. Mais pour le Hatti, les barbares venus tout détruire sont vraisemblablement les Gasgas, un peuple vivant dans les montagnes au nord de l'Anatolie. Après un peu plus de soixante-dix tours j'obtiens la victoire mineure, cela me semble peu : il n'y a pas vraiment eu d'invasion ni d'effondrement, j'ai unifié le Hatti, je n'ai juste jamais été réellement en danger. Pourtant le jeu a été lancé en difficulté moyenne et m'avait posé pas mal de problème lors de la preview. Serais-je trop fort ?

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Total War : Pharaoh


La bande d'Irsu

Puisque j'ai obtenu une victoire, je vais considérer la partie comme finie et en profiter pour jouer avec les cananéens, plus particulièrement Irsu. Irsu n'est pas son vrai nom, il s'agit d'un équivalent de "self-made man" en égyptien de la fin de l'âge de Bronze. Pour obtenir ce "titre", il a rassemblé plusieurs villes sous son autorité pendant une période de trouble (encore) en Egypte.

Nous commençons relativement au Nord du Levant, près de Damas pour être précis. Comme avec les hittites, on conquiert rapidement les voisins et le jeu me demande si je veux plutôt me tourner vers l'Egypte ou le Hatti dans ma quête de gloire. Le Hatti manquait un peu de saveur mais surtout, j'ai une idée : je joue dans la région qui verra la naissance et jouera un rôle crucial dans le développement des monothéismes, ainsi je pourrais me revendiquer comme étant le successeur d'Akhenaton l'hérétique et promouvoir le monothéisme avec un peu d'avance sur l'Histoire. Je note quand même qu'il n'y a pas d'héritage cananéen et là encore, c'est bien dommage. Certes il n'y a pas eu de royaumes durables dans la région ; le Mitanni cité précédemment a duré environ deux siècles, il y a eu avant ça le Yahmad et les deux ont eu des rois marquant. En remontant encore un peu dans le temps, Ebla était une grande puissance aux environs de -2500.

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D'accord ce n'est pas Ebla mais une jolie ville égyptienne. Ca vous donne pas envie d'y vivre ?

Me voilà donc lancé dans une mission divine auto-imposée. En plus de capturer les villes, je détruis les magnifiques temples à la gloire d'idoles hérétiques. À la Cour du pharaon, je n'ai aucune influence, après tout, je suis cananéen, je ne possède aucune terre égyptienne et je suis incapable de propager des rumeurs pour gagner des faveurs auprès des membres de la Cour.

À nouveau les tours s'enchaînent avec une certaine monotonie, le Proche-Orient est riche et j'accumule beaucoup de ressources. Après une partie avec le Hatti intéressante mais sans plus, je crains que le jeu ne se soit déjà essoufflé. En temps que fidèle représentant de l'Aton, ma mission est de restaurer la ville d'Akhetaton ; celle-ci se trouve loin dans les terres égyptiennes et mes coffres débordent de ressources. Je prépare de nombreuses armées, me place aux abords de royaumes égyptiens et leur déclare la guerre.

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Total War : Pharaoh
Les quatre armées qui auront pour mission de leur faire payer des siècles d'oppression.


Egypte sauce cananéenne

Les Total War n'ont jamais été des jeux très difficiles pour peu que l'on n'étire pas son territoire trop vite et que nos armées aient du soutien. Certes, certains personnages ont des débuts très compliqués ou un gameplay qui vous oblige à vous mettre en danger, mais dans l'ensemble les factions classiques vous permettront d'évoluer sans trop de soucis. Sans surprise, avec mes armées hyper préparées j'ai écrasé mes ennemis les uns après les autres et me suis aventuré toujours plus au Sud. Mais c'est aussi quand on s'y attend le moins que les meilleures surprises arrivent.
Imaginez, vous êtes en 1190 avant JC, vous menez vos armées loin dans les terres égyptiennes. Un jour, un messager arrive et vous dit que des dizaines de bateaux ont été vus le long des côtes que vous venez de conquérir.

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Total War : Pharaoh
Bon là il y en a que quatre sur l'écran, mais j'en avais trois à l'Est et un remontait déjà le Nil.

Les taxis de la Marne c'est sympa, mais ma retraite de Haute-Egypte pour intercepter les huit armées arrivées sur mon territoire, c'était du grand art. Je perds tout de même de nombreuses villes, heureusement pas les plus développées, ainsi que quelques généraux. Mais à ce moment-là, je dois bien avouer que j'étais excité à l'idée de gérer cette crise : est-ce que le Pharaon aurait le temps de s'organiser et reprendre certaines de ces terres ? Est-ce que mes armées seront suffisantes pour affronter les Peuples de la Mer ? Est-ce que je devrais essayer de gérer les deux fronts à la fois ?

La fin de l'histoire n'est pas encore déterminée, mais j'ai tout de même pu réaliser la taille de la carte : elle est grande, beaucoup plus que je ne l'avais ressenti lors de mes deux précédentes campagnes.

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Total War : Pharaoh
"Conquer the Nile, to conquer Egypt", une phrase que l'on entend beaucoup trop, il est long ce fleuve !

Les ressources et leur incohérence

J'ai envie de revenir un moment sur les ressources parce que c'est un point central du jeu. Il y a cinq ressources principales dans Total War : Pharaoh : la nourriture, qui sert à recruter et entretenir votre armée, la pierre, qui sert à la construction de bâtiments, le bois, qui sert à la construction et pour certaines unités, le bronze, qui sert pour la plupart des unités qui ne sont pas des paysans déguisés en guerrier, l'or, qui sert à obtenir des faveurs à la cour, dans vos échanges commerciaux et pour quelques rares bâtiments et unités.

Chaque ville produit un type de ressource spécifique avec parfois un bâtiment permettant d'en produire une autre en petite quantité. Un point à prendre en compte, les bâtiments sont spécifiques à la région ; vous ne pourrez pas avoir un port de pêche dans le désert ou des champs irrigués par le Nil en Anatolie.

L'une des particularités de l'Âge de Bronze est, outre l'importance du bronze, la difficulté à obtenir certaines ressources et le jeu parvient plutôt bien à la retranscrire, jusqu'à ce que l'on remarque un détail : dans les villes produisant de la pierre, vous aurez l'indication "gisement riche" avec une valeur en-dessous, laissant entendre que les pierres sont en quantité finie, ou plutôt, la production est réduite lorsqu'elle arrive à zéro.

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Total War : Pharaoh
Le gisement de roche possède une valeur, mais pas l'or ou le bronze.

Une excellente idée qui ne se retrouve ni pour le bois, l'or ou le bronze. Et ce détail gâche beaucoup de choses car s'il y a bien deux ressources qui ont souvent posé problème aux souverains de l'Âge de Bronze, ce sont l'or et le bronze. On peut penser à un grand roi qui se plaignait auprès du Pharaon d'avoir reçu des cadeaux en or beaucoup moins impressionnants que son grand-père et pour cause, les gisements d'or en Egypte avaient été assez largement exploités depuis des siècles et l'extraction devenait plus compliquée. Pour le bronze, c'est encore plus agaçant car c'est un alliage constitué de cuivre et d'étain. Si le cuivre n'est pas un problème à obtenir à l'époque (et les sites fournissant du bronze sont plutôt bien placés de ce côte-là), l'étain était une toute autre paire de manche puisque dès l'Âge de Bronze on le faisait venir d'Angleterre et d'Afghanistan. L'option de campagne "apport des gisements de ressources" est bien au pluriel, à voir s'il s'agit d'un soucis pré-release qui sera rapidement corrigé. Sinon c'est vraiment une superbe occasion manquée de ne pas avoir mis cette même limite sur les deux ressources qui, justement, étaient compliquées à obtenir.

Dans les ressources moins importantes, on trouvera votre légitimité, ce n'est pas à proprement parler une ressource mais vous en obtiendrez en gagnant des batailles, en possédant des territoires appartenant historiquement à votre faction et en construisant certains bâtiments. Atteindre un certain niveau vous permettra de prétendre à la couronne puis, à certains paliers, d'obtenir des bonus supplémentaires. Avec Suppiluliuma j'avais choisi de pouvoir forcer une annexion pour un petit pays, sans jamais comprendre comment l'utiliser. Pas bien grave, comme j'avais un pouvoir passif me faisant monter de niveau automatiquement tous les deux cycles.

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Total War : Pharaoh
Avec une bonne partie de la rive Est du Nil et le Sinai, je suis plutôt légitime à être Pharaon.

Les restes de mon pays

Je sais que pour beaucoup l'intérêt des Total War réside dans les batailles. Ce n'est pas mon cas mais je vais quand même essayer d'aborder ce point de manière complète. Ma première crainte était le manque de variété dans les unités, crainte qui n'a pas lieu d'être. Oui dans l'absolu elles sont moins variées, mais que ce soient les épéistes, lanciers, frondeurs, archers ou chars, toutes proposent plusieurs versions avec juste certains avantages en commun. Avoir des soldats moins bien équipés leur permettra d'être moins impacté quand la météo sera défavorable, un char lourd sera plus impacté qu'un char léger par de la boue.

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Total War : Pharaoh
Je vous préviens, je nettoie pas le char après la bataille.

Et parlons de la météo justement. Celle-ci ne semble pas être prise en compte si vous simulez le résultat de votre bataille. Si vous la faites vous-même, il vous sera donné la possibilité d'attendre jusqu'à trois fois si le temps ne vous convient pas. Après quoi vous serez obligé de lancer.

Et si vous vous posiez la question, il n'y a pas de batailles navales dans cet opus. En engageant un combat en mer, vous serez effectivement sur la côte pour faire couler le sang. Historiquement cela semble cohérent, en tout cas je n'ai pas connaissance de bateaux de guerre durant l'Âge de Bronze et si affrontement il y avait c'était vraisemblablement en abordant l'ennemi.

Avant de conclure, un mot sur la personnalisation de campagne si vous êtes un joueur aguerri qui aime le challenge et/ou la survie : mettez les armées des peuples de la mer sur élevé, et si vous êtes masochistes, augmentez en plus l'entretien des armées et diminuez le bonheur par tour. Le challenge devrait être à la hauteur.

Que dire en conclusion ? D'un côté je suis tiraillé entre l'énorme plaisir que j'ai pris à y jouer, que ce soit un Total War historique sur ma période préférée et envie de lui mettre un 9 ? De l'autre, ces nombreux défauts, certains anecdotiques (la célébration d'Horus avec les hittites et cananéens), d'autres que l'on peut corriger avec la personnalisation de campagne (les ressources et les peuples de la mer) mais les derniers un peu plus embêtants : le contenu un peu trop orienté Egyptien, certes c'est le titre du jeu, mais le déséquilibre est réel et limite la rejouabilité des autres factions en attendant les DLCs (trois DLC de factions et une campagne annoncés). Je ne peux pas m'empêcher de penser que le jeu aurait pu être parfait. Si l'Âge de Bronze vous intéresse et plus particulièrement l'Egypte, foncez ! Si vous voulez un Total War historique, vous aimerez le jeu. Si vous aimez Warhammer... Vous avez encore assez à faire avec Immortal Empires, pas vrai ? En tout cas c'est un 8 largement mérité qui sans ses défauts aurait pu être un 9. On croise les doigts pour avoir Kush, Alashiya et la Phrygie en faction, la Mésopotamie (Assyrie et Babylonie) en dlc de campagne.

Verdict

8

Points forts

  • Un Total War historique
  • Un Total War sur l'âge de bronze
  • Un contexte historique globalement bien respecté
  • La personnalisation de campagne qui permet de corriger les petits soucis

Points faibles

  • Un jeu trop orienté sur l'Egypte
  • Cananéens et Hittites auraient mérités plus de considération
  • Où est la Mésopotamie ?

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