Test : The Sword of Stone (Game Gear)

Si la Mega Drive est très populaire auprès des développeurs de homebrew grâce à la performance des outils de développement actuels, les consoles 8 bits de SEGA le sont un peu moins. Il faut dire qu'elles demandent plus de travail pour aboutir à un résultat convenable. Et pourtant c'est sur Game Gear que Fabien Morand, alias Cireza, a choisi de développer son premier jeu, et pas des moindres : il s'agit en effet d'un jeu d'aventure, The Sword of Stone, que j'ai eu le plaisir de bêta-tester, et donc, de tester.

La console est à peine allumée que l'introduction débute : on découvre un livre, échoué sur une plage, dont on commence la lecture, et l'aventure commence par le choix de notre protagoniste : Leaf, un ermite qui a senti une perturbation de la nature, Cill, qui souhaite découvrir la vérité sur la disparition de ses parents, et Volk, un prêtre qui vit dans le désert. Chacun va devoir explorer le royaume de Mindevil pour découvrir la vérité sur les évènements qui s'y trament.

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Le jeu adopte une vue aérienne de 3/4 commune à beaucoup de RPG. Il n'y pas de scrolling, et on navigue de façon fluide d'écran en écran, en traversant des villages, des forêts, des plaines ou des marais, et en discutant avec les PNJ qui peuplent Mindevil pour obtenir des indices sur la route à suivre, du contexte sur les évènements, voire un compagnon de route. Chaque personnage démarre son aventure d'un endroit différent, et possède la capacité d'abattre un type d'ennemi, et un seul : Leaf peut s'occuper des loups qui peuplent les montagnes, Cill les araignées qui pullulent dans la forêt, et Volk les oiseaux du désert. Les ennemis bloquant certains chemins, ceux-ci ne sont donc accessibles qu'à un seul personnage. Du moins durant votre première partie…

The Sword of Stone est avant tout un jeu textuel : les combats ne sont pas dynamiques, soit vous avez le bon personnage, et alors le combat se déroulera en votre faveur, et vous pourrez progresser, soit vous échouerez, et il faudra faire demi-tour. Pas de mort, pas de Game Over, tout l'enjeu est de trouver son chemin, et le moyen de progresser dans votre exploration. Mindevil est vaste, et vous passerez l'essentiel de votre temps à marcher. La carte compte quelques détours et courts culs-de-sac, et la carte est précieuse : elle a la bonne idée de représenter clairement les différents points d'intérêt (villages, châteaux, etc.), mais malheureusement n'affiche pas clairement les chemins à emprunter, il faudra donc être attentif dans votre parcours pour ne pas tourner en rond. J'ai aussi eu la sensation, à la toute fin du jeu, d'être inutilement obligée de faire quelques détours, mais étant dotée d'un sens de l'orientation déplorable, je ne peux pas complètement blâmer le jeu pour mes errances.

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Le point fort de The Sword of Stone est certainement son écriture. Le jeu est avant tout une aventure textuelle, et tous les PNJ que vous croiserez auront quelque chose de substantiel à vous dire, soit pour vous aider à progresser, soit simplement pour contribuer au world building. Les dialogues sont très bien écrits, et au-delà de ces échanges, l'intrigue est intéressante et prend un tours intrigant et original. On a affaire à un titre d'une grande maturité pour le média. Mais l'aspect technique n'est pas négligé pour autant : les décors sont très réussis, avec des petites touches sympathiques (je suis très fan des oiseaux sur les toits des maisons), les déplacements sont particulièrement fluides, et la console est exploitée de façon intelligente. Preuve en est, avec l'utilisation de Variable Width Font, qui permet de faire rentrer plus de caractères dans le même espace. Un procédé technique rarement utilisé, y compris sur consoles 16 et 32 bits, et qui rend pourtant la lecture bien plus fluide. Indispensable dans un jeu où le texte a une place aussi importante. Les musiques sont également de qualité, avec des thèmes agréables et bien arrangés.

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Le jeu n'est pas exempt de défauts : on marche quand même beaucoup, et on fait plusieurs fois le tour de la map (même quand on ne se perd pas), ce qui peut être un peu redondant. On aurait aussi aimé pouvoir passer plus rapidement les textes, notamment ceux des combats, qui se répètent à chaque affrontement. Et si le pixel art des décors est irréprochable, il est un poil plus hasardeux pour les personnages et les ennemis. Mais c'est le genre de choses qu'on peut difficilement reprocher à un premier jeu, qui plus est réalisé entièrement par une seule et même personne. C'est déjà un tour de force d'avoir réussi à proposer un titre cohérent de bout en bout esthétiquement, narrativement et dans ses mécaniques, jusque dans la conception de son UI.

Pour son premier jeu Game Gear, Cireza aurait pu faire comme tout le monde, et sortir un shoot ou un platformer lambda. Au lieu de ça, The Sword of Stone est un jeu d'aventure solide, très bien écrit, et innovant, au point qu'il aurait pu difficilement exister en l'état à l'époque. Malgré quelques maladresses de jeunesse, c'est donc un titre qui mérite l'attention, grâce à sa maturité et à la maîtrise technique et l'intelligence dont il témoigne.

Verdict

8

Points forts

  • Techniquement très solide
  • Une bonne durée de vie
  • La qualité et la maturité de l'écriture

Points faibles

  • On marche beaucoup quand même
  • Les textes non skippables

Commentaires

 

Archives commentaires

Merci pour le test et bravo à notre Cireza national d'avoir su créer tout seul un jeu vidéo sur une machine qu'on adore. Chapeau bas l'ami.

Concernant le jeu, je rejoins l'avis de Shenron, même si je n'ai fait que la démo. J'attends les exemplaires physiques pour en acheter un ;)

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