Test : Michael Jackson's Moonwalker (Arcade)

Plantons déjà le décor des conditions de ce test. Ne possédant malheureusement pas la borne d'arcade du jeu (j'ai trouvé quelques annonces à plus de 2000 euros la borne), et celui-ci n'étant jamais été réédité de façon légale, j'ai réalisé cet essai sur une manette arcade " Pandora's Box 6S ". Il s'agit d'un gros bloc type arcade avec 2 sticks intégrés et 6 boutons chacun. Elle contient un émulateur maison comprenant presque 1800 jeux 2D et 3D (cette version étant la dernière en date capable d'émuler des titres comme Tekken et autres Mortal Kombat). La Pandora est très souvent utilisée par ceux qui veulent se faire des bornes d'arcade maison, en glissant ce pad arcade dans un meuble pré construit et en ajoutant un écran (HD ou CRT). L'émulateur propose de jouer en mode " original " ou avec un filtre HD pour les écrans nouvelle génération, ce dernier étant d'une qualité variable en fonction des jeux. Enfin, le son est à la fois projeté à travers la Box Pandora (hauts parleurs) et sur la TV. Le rendu est vraiment bon que ce soit graphiquement, ou surtout au niveau sonore où on a vraiment l'impression de jouer sur une bonne vieille borne, les sticks étant vraiment excellents.

Ce constat de départ posé, je me suis mis dans les conditions de l'arcade pour jouer à ce titre sur ces bons vieux gros sticks à 6 boutons, et j'y ai joué à 2 joueurs.

Moonwalker ou le récit d'un jeu bien meilleur que le film

Je ne vous ferai pas l'affront de vous demander si vous connaissez Michael Jackson et si vous seriez capable de me fredonner au moins une de ses chansons. Par contre, vous n'avez peut-être pas vu le film dont il a été la vedette : Moonwalker. Ce fameux film sorti en 1988 était vraiment mauvais, et n'a pas franchement fait un carton au box-office (en revanche il a très bien marché en VHS). Cela n'a pas empêché les développeurs de se dire qu'il y avait peut-être un bon filon à creuser. Comment passer à côté d'une star mondiale qui fera vendre et en plus bénéficier d'un scénario déjà écrit ? Bizarrement, car c'est assez rare pour le signaler, les jeux issus de cette licence seront bien meilleurs que le film, exception faite de l'opus sur micro-ordinateurs.

C'est donc fin 1989, soit un an après la sortie du long métrage, que sort Moonwalker The Computer Game sur Amstrad CPC déjà en fin de vie, et édité par US GOLD. Le jeu a fait un véritable bide et je dois vous avouer que personnellement j'ignorais même jusqu'à son existence il y a quelques années de cela. Nous y contrôlons Michael Jackson en vue de dessus dans une ville à la recherche de toutes les parties de son costume de scène, avant de poursuivre dans un bar (celui du clip) en vue de profil et finir dans une sorte d'affrontement contre les sbires alors que nous sommes transformés en robot.

Début 1990, c'est la borne d'arcade réalisée par Sega qui voit le jour avec un meuble de très haute volée je trouve, disposant de 3 pads et proposant un shoot/beat them all en 3D isométrique, mais j'y reviendrai. Le jeu, quoique très bon, ne rencontra qu'un succès d'estime. A titre personnel je bavais devant cette borne et j'adorais vraiment le jeu.

Quelques mois plus tard, Sega nous gratifie d'un titre sur Mega Drive que tout le monde pensait tiré de la borne d'arcade comme la machine 16 bits du hérisson bleu savait le faire à l'époque. Il n'en est rien. Ce sera finalement un beat them all en scrolling horizontal qui verra le jour à la façon d'un Shinobi. Encore une fois je suis fan de ce jeu par son côté totalement unique et sa bande son que j'apprécie. Les avis seront très positifs à sa sortie mais encore aujourd'hui il est émaillé d'un tas de polémiques et tout le monde n'est pas unanime sur ses qualités.

A ma connaissance ces 3 jeux seront les seuls mettant en premier plan Michael Jackson même si celui-ci fera quelques apparitions dans d'autres titres Sega en guest.

Mister Big n'est pas très mince

Le jeu démarre sur les jambes de Michael Jackson qui marchent avec quelques effets lumineux à la " Billy Jean ", exécutent un pas de danse typique de l'artiste pour terminer sur le titre du jeu alors qu'une voix off entonne " Moonwalker ". Si vous n'appuyez pas sur Start immédiatement, une petite intro en style bande dessinée vous pose le contexte. Mister Big, le méchant de l'histoire qui porte bien son nom parce qu'il se porte plutôt bien, et que vous ne verrez finalement jamais marcher par lui-même (il sera toujours dans un engin ou robot à la façon de Dr Robotnik), défie Michael Jackson de venir l'affronter, celui-ci ayant créé une arme révolutionnaire. Michael ne se chargera pas seulement d'affronter l'armée de Mr Big, mais devra également sauver les enfants qu'il a enlevés. Ne me demandez pas pourquoi il a enlevé tous ces enfants, peut-être une sorte de rituel satanique en vue de multiples sacrifices humains, rien n'est expliqué dans le jeu, ni même dans le film d'ailleurs... La fin du jeu sera l'occasion d'avoir un texte expliquant que vous avez vaincu le méchant et détruit son arme secrète, mais même là le jeu se demande pourquoi les enfants ont été capturés et ce qu'ils sont devenus. Si même les développeurs n'avaient pas la réponse à cette question existentielle, on est mal barrés...

A peine la partie lancée, vous voyez votre artiste préféré effectuer quelques pas de danse sur fond de titres culte tels que " Bad ", quelques nouvelles images style bande dessinée pour situer le niveau et c'est parti.

Etant dans un jeu d'arcade, il n'y a ici aucune option, si ce n'est la possibilité de jouer à plusieurs joueurs, jusqu'à 3 pour le titre qui nous intéresse aujourd'hui.

L'aventure vous mènera à travers 5 niveaux tous découpés en 3 stages et conclus par un boss. Une moyenne raisonnable pour un jeu d'arcade, mais Moonwalker fait partie de ces titres qui vous absorbent totalement, bien qu'il soit tellement difficile qu'il fallait être un virtuose pour le finir avec peu de crédits. C'est bien simple, avant d'y rejouer avec ma " borne arcade perso " je n'avais jamais franchi les portes du 2ème niveau, ne pouvant me ruiner à l'époque pour en voir le bout. J'ai donc attendu presque 30 ans qu'une adaptation voit le jour dans une compile rétro ou je ne sais quel format, pour enfin avoir la possibilité d'en savourer chaque niveau sans complexe (même si j'ai un peu honte d'avoir usé outrageusement des crédits infinis).

Comme vous pouvez le constater sur les différentes images du jeu, Moonwalker Arcade n'a rien à voir avec l'opus Mega Drive. Ici le jeu est en 3D isométrique, le type de vue que l'on pouvait voir par exemple sur le titre SegaSonic qui se jouait avec un trackball (une horreur d'ailleurs à contrôler), ou des jeux comme Marble Madness par exemple. A mi-chemin entre beat them all et shoot them up, Michael Jackson peut ici tirer des sortes de décharges électriques sortant de la paume de ses mains dont la portée est relativement courte (vous obligeant donc à être proche de votre ennemi). En restant appuyé sur le bouton de tir, vous concentrez votre puissance dans votre poing et pouvez lancer une attaque bien plus puissante et surtout avec une allonge plus confortable.

Enfin, si vous chopez votre ami le singe (souvenez-vous, Bubbles le super copain de Michael pendant des années), votre personnage va se transformer en robot géant qui lui tire des salves de laser bien pratiques car elles peuvent toucher les ennemis même les plus éloignés. Rester appuyé sur la touche vous permet d'envoyer des missiles à tête chercheuse. Bien que temporaire, cette transformation vous sortira souvent de grosses difficultés, surtout contre les boss.

Dans les niveaux vous verrez des enfants ligotés souvent bien gardés, il suffira de les toucher pour les délivrer et ainsi regagner un peu de vie salvatrice.

Pour terminer sur le gameplay, sachez que Michael peut exécuter un pouvoir qui détruit tous les ennemis à l'écran, hors boss bien entendu. Disponible une seule fois par crédit ou si vous récupérez assez d'enfants sans vous faire tuer, une pression sur le bouton C et le monde se fige, les spots éclairent Michael, ce dernier nous gratifie d'une magnifique chorégraphie dans laquelle tous les ennemis enchaînent également leurs pas de danse et finissent par exploser (de bonheur j'imagine ...). Cet aspect du jeu a été repris dans l'opus Mega Drive. En tout j'ai compté 2 chorégraphies différentes par personnage jouable. On aurait aimé en avoir beaucoup plus ou des différentes à chaque niveau (comme sur Mega Drive), mais c'était déjà une idée géniale à l'époque.

En jouant au jeu vous comprendrez vite que si l'aspect 3D isométrique apporte un certain cachet visuel à l'ensemble, il rend aussi le jeu difficile à appréhender. Comme tous les titres qui ont choisi cette vue, le fait que le déplacement du héros ne se fasse pas sur un axe horizontal ou vertical, complexifie la maniabilité. Les ennemis étant souvent très nombreux, tirant à vue sans complexe, et bougeant également rapidement, la meilleure stratégie reste de tenter d'éviter leurs assauts et se rapprocher suffisamment pour les tuer. Pas simple dans la pratique.

" Heal the World, make it a better place "

Techniquement la version arcade est de loin la plus réussie, même si j'aime beaucoup l'opus 16 bits. Dès les premières secondes on remarque un Michael Jackson parfaitement modélisé et crédible. Les animations sont soignées tant pour notre personnage que pour les ennemis. On est vraiment dans l'ambiance d'un jeu basé sur la musique avec des postures très chorégraphiées, des danses endiablées et un univers en parfait accord avec le film ou les clips.

Les ennemis sont assez variés, on passe du soldat futuriste, au gangster en costume cintré, en passant par des chiens d'attaque, des robots tueurs et autres engins, ainsi que des boss de grande taille. J'aurais aimé encore un peu de plus de diversité mais il était dans la moyenne haute dans ce domaine à l'époque.

Au sein d'un même niveau vous allez entrer dans des boîtes de nuit, des ruelles mal famées, des tronçons de routes, etc. permettant d'apporter une certaine diversité à votre progression. Des tas d'éléments destructibles sont présents à la manière d'un bon vieux beat them all et il arrivera souvent que vos ennemis se cachent derrière une voiture en stationnement, qu'ils feront chuter des tables pour s'en servir comme protection, ... Il repousse vraiment les limites du genre et c'est ce qui fait sa force.

Sans vouloir vous gâcher la surprise de la découverte, dans les niveaux à traverser vous aurez le cimetière, la base stellaire de Mr Big ou des cavernes par exemple. J'aurais certes aimé encore plus de folie dans les stages qui finissent par se ressembler un peu trop, mais il ne faut pas oublier qu'il fallait que ça colle un minimum avec le film ou l'univers musical de l'artiste.

D'ailleurs parlons tout de suite du gros point fort du jeu outre son esthétique très réussie pour l'époque : sa bande son. Entre les voix digitalisées bien foutues (Mr Big ou Michael Jackson qui nous gratifient de quelques mots) et les bruitages d'ensemble, ce sont clairement les musiques du jeu qui plaçaient la borne d'arcade au-dessus du lot. Bien sûr il faut aimer les musiques de Michael pour y être sensible, mais la qualité sonore est excellente. Avec 4 morceaux parmi les plus connus de son répertoire : Smooth Criminal, Bad, Another Part Of Me et Beat It, les amoureux du chanteur seront aux anges.

Les plus observateurs se diront " tiens, 4 titres pour 5 niveaux, y a pas une erreur ? ". Effectivement c'est une des surprises du jeu, il n'y a pas 5 musiques mais 4. Bad va être utilisée 2 fois, la première pour le niveau 2 et la seconde fois pour le dernier stage. D'ailleurs les meilleurs me diront " eh oui, où est passé Thriller ? Il y a pourtant un niveau entier dans un cimetière ", et ils auront raison. Pour ce niveau 4 du cimetière le titre utilisé sera Another Part Of Me. De plus la chorégraphie de Thriller ne sera même pas utilisée pour les pouvoirs de Michael Jackson. Sur Mega Drive le niveau du cimetière n'as pas non plus droit à Thriller en fond, mais on a au moins droit à la chanson et à la chorégraphie pendant le pouvoir spécial de Michael. Pourquoi ce choix ? Je n'en ai aucune idée. Dans un premier temps je me suis dit que cela venait peut-être de la rom que j'utilisais (même si je doutais qu'une mauvaise rom pouvait supprimer des bandes sons entière et une choré), mais en visionnant d'autres vidéos du jeu sur le net, le niveau 4 du cimetière n'a effectivement pas la musique associée. Bizarre...

Quoiqu'il en soit, que ce soit durant les stages ou lors du déclenchement du pouvoir, les musiques de l'artiste sont parfaitement reconnaissables et l'ambiance sonore contribue très largement à en faire un jeu d'exception en arcade.

Concernant les quelques bugs que j'ai pu constater, il arrive que lorsqu'il y a trop d'ennemis ou que ceux-ci sont trop gros, quelques disparitions de pixels surgissent, mais ne jouant pas sur la borne originale, je ne pourrais pas jurer que ce soit également le cas sur celle-ci.

Un mot pour terminer sur la polémique qui a entouré les jeux Moonwalker autant sur Mega Drive que sur Arcade. Personnellement je la trouve ridicule, ceux-ci se basant sur le fait que Michael devait sauver des petites filles et des petits garçons on y voyait tout de suite le côté " pédophile ", l'artiste ayant toujours suscité des doutes sur ce sujet. On ne faisait pas autant d'histoire pour Shinobi qui faisait la même chose ... après il est vrai que certains ennemis dans le jeu sont assez " bizarres " comme le robot bipède qui pour vous frapper déclenche une sorte d'énorme gourdin qui part de son entre jambe. Vu comme ça, cet ennemi portait clairement à confusion...

Moonwalker Arcade est un jeu atypique tant par sa réalisation graphique utilisant une 3D isométrique pour le coup mieux maîtrisée que dans pas mal de jeux qui s'y sont essayés, un univers parfaitement identifiable à l'artiste et surtout une ambiance sonore qui ne peut laisser insensible. Ajoutez à cela la possibilité de jouer à 3 joueurs en même temps, une réalisation graphique dans le haut du panier de cette époque, et vous obtenez une borne unique qui a su rester dans les mémoires des quelques privilégiés qui ont pu s'y essayer. Les allergiques à Michael Jackson (NdShenron : qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ?) resteront peut-être hermétique à ce jeu mais pour les autres la découverte vaut largement le coup. Attention toutefois à sa difficulté redoutable qui risque de rebuter bon nombre de joueurs ...

Verdict

8

Points forts

  • Bande son
  • 3 joueurs simultanément
  • Jeu complètement atypique
  • Graphiquement très réussi pour l'époque
  • Les chorégraphies pour les pouvoirs
  • N'existe qu'en arcade donc collector[

Points faibles

  • Très difficile
  • La 3D isométrique peut causer quelques soucis pour viser
  • Manque Thriller et la chorégraphie associée
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Arcade 8.0 2

Archives commentaires

bko, 05 avr 2019 - 12:13
La seule version que je n'ai pas faite, j'ai énormément joué sur la version MS. J'en garde un excellent souvenir. Cette version arcade à l'air différente des versions consoles (ce n'est pas qu'un simple downgrade graphique).
DSE76, 05 avr 2019 - 4:58
Petite précision sur Moonwalker le film : le problème est que c'est en fait le clip de Smooth Criminal qui a été étiré en longueur car 30 mn, ça n'allait pas être rentable.
merci. J'aime beaucoup cette version arcade même si j'adore aussi la version MD. Content que le test vous ai plu.
Joué aussi a cette version dans la meme config que ton test. effectivement le jeu est ultra hardcore a finir. En config salle de jeu avec pieces de 10 balles, pas sur que la fin soit faisable sans budget illimité. :surprised:
Tonton: quand tu dis la même config, tu utilises aussi une pandora ???
Il faudrait se faire un topic sur le forum pour présenter sur quel système chacun joue, ça serait intéressant de confronter les expériences. (les atouts et défauts de chaque format)
Si tu veux je peux essayer de l'ouvrir demain. Faut juste que je me souviennes comment mettre des photos sur le forum :mrgreen: