Test : Lord Monarch (Mega Drive)

Bien souvent, nous oublions que de nombreux jeux sont sortis au Japon sur Mega Drive, Game Gear ou encore Mega-CD, et n'ont jamais été traduits. Nous pensons volontiers aux jeux japonais sur Saturn, sachant bien que cette machine a eu un certain succès dans ce pays. Mais en réalité, avant la Saturn, les trois machines citées précédemment accueillaient déjà de nombreux RPGs de qualité. Depuis quelques années, la scène des traductions faites par les fans (fantrads) accomplit de beaux efforts, et des jeux sont traduits en anglais, les rendant enfin accessibles aux joueurs parlant les langues occidentales. C'est par exemple le cas du très bon Moldorian sur Game Gear, ainsi que du jeu dont je vais vous parler aujourd'hui : Lord Monarch, sorti en 1994 sur Mega Drive.

Reprogrammed (and improved) by SEGA
 

Lord Monarch est un jeu de stratégie issu d'une plateforme méconnue en occident, le PC-98. Développé par Falcom et sorti en 1991, le jeu a été choisi par SEGA pour être redéveloppé pour la Mega Drive. A cette époque, les jeux Falcom tournaient correctement et n'étaient pas gavés de discussions stériles. Bien évidemment, SEGA ont arrangé les choses, et l'enrobage du jeu s'est vu être grandement amélioré, exactement comme avec Popful Mail sur Mega-CD, lui aussi étant un jeu Falcom redéveloppé par SEGA soit dit au passage.

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Le cœur du jeu quant à lui reste le même. L'action se déroule sur des cartes carrées relativement grandes dans lesquelles se trouvent différents royaumes, le but étant de tous les conquérir. Pour se faire, le joueur (qui incarne le roi) doit s'assurer que son royaume se développe de manière optimale, en gérant l'or et la main d'œuvre. Cela se fait très simplement en ajustant un curseur déterminant le niveau des taxes : si ce dernier est au minimum, il n'y a pas le moindre centime qui entre dans les caisses, mais la main d'œuvre se développe très rapidement. La situation est inversée lorsque les taxes sont au maximum. Vous l'aurez compris, le principe est donc d'ajuster en permanence ce niveau, tout en menant un certain nombre d'actions complémentaires pour réussir à vaincre les autres royaumes.

L'aventure est découpée en chapitres, chacun proposant quatre batailles. La variété est assurée grâce à une grande diversité des situations. A vrai dire, peu de batailles se ressemblent. Il y a quasiment toujours quelque chose d'inattendu qui va venir troubler le développement des royaumes. Les batailles du premier chapitre servent à introduire les actions et concepts clefs. Parmi ces concepts à bien appréhender, en voici quelques-uns.

Des monstres sortent des grottes et détruisent tout sur leur passage, et il est possible de faire sceller lesdites grottes par les unités (en leur donnant des ordres manuellement).
Il est parfois nécessaire de construire des ponts. Il y a des emplacements dédiés à cela matérialisés par des ponts détruits, mais il est tout de même possible d'en construire n'importe où. Cependant, dans ce second cas, le coût est prohibitif.
Le roi est une unité clef qu'il faudra exploiter au maximum, en le faisant sortir du château afin de le contrôler manuellement pour aller détruire des forts ennemis. En revanche, aucune taxe ne peut être perçue tant qu'il est hors du château.

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Cela vous donne un avant-goût des problématiques à gérer, sachant qu'il y a de nombreux autres aspects à prendre en compte. Par exemple, une carte voyait le niveau des océans monter au fil du temps, recouvrant les terres progressivement. Il m'a fallu pas mal d'essais pour réussir à trouver la bonne solution.

Et c'est ainsi que mon imbécile de fils devint roi
 

Du côté de la réalisation et de l'enrobage, Lord Monarch est la démonstration du travail que savaient accomplir SEGA en fin de vie sur leur console : à savoir, excellent à tous les niveaux. Le pixel-art tout d'abord est de haute volée. L'écran titre est magnifique, la carte du monde mignonne comme tout, et le jeu est parsemé d'artworks plus réussis les uns que les autres. Le ton est tout sauf sérieux : les personnages se vannent constamment, et l'humour un peu débile m'a souvent fait sourire. Il faut dire que le personnage principal, Alfred, n'est pas une lumière. Et dans la mesure où tous les autres semblent être fous, les discussions et objectifs sont souvent absurdes, et donc, hilarants. On peut au passage saluer l'excellente traduction anglaise faite par Nebulous Translations : un travail de professionnel n'aurait pas été meilleur.

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Lors de l'affichage de la carte, trois niveaux de zoom s'offrent au joueur. Le plus éloigné montre la carte en entier, très pratique pour voir le développement de tous les royaumes de façon globale. Le niveau intermédiaire est parfait pour faire de la gestion plus fine. Enfin, le niveau de zoom le plus rapproché permet surtout d'admirer le superbe travail effectué sur les visuels et les sprites. L'ensemble fonctionne à la perfection, et le nombre de petits sprites affichés en même temps fait tourner la tête. SEGA a accompli cela sans jamais qu'il n'y ait la moindre disparition de sprite qui plus est. Sachant qu'en plus, certaines maps ont des effets de neige sur l'écran entier qui viennent s'ajouter par-dessus les éléments déjà affichés. De toute évidence, le jeu exploite fort bien la console et son CPU.

A l'approche de la fin du jeu, deux grandes scènes viennent agrémenter l'histoire. Elles sont superbement bien réalisées et durent plutôt longtemps. D'ailleurs la fin réserve des surprises, et je vous recommande donc de persévérer jusqu'au bout. Le jeu est plutôt difficile si l'on n'exploite pas son roi au maximum. Gardez donc ce conseil en tête si vous buttez un peu sur une carte. Souvent la meilleure solution est de se frayer un chemin jusqu'à l'un des royaumes, et le harceler avec le roi en faisant plusieurs aller-retours pour se soigner. Je ne veux pas non plus donner toutes les stratégies en détail : le plaisir vient du fait de les découvrir, et persévérer sur une carte pour vaincre après une dizaine d'essais apporte une grande satisfaction. En cela, Lord Monarch offre un excellent challenge et une bonne variété des situations, ce qui n'est pas si courant sur des jeux 16 bits.

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La bande-son est également de très bonne facture. Les thèmes du jeu d'origine ont été repris, et visiblement adaptés par Noriyuki Iwadare, qui disposait de bons outils sur MegaDrive. Il n'y a donc aucun reproche à faire en particulier sur la réalisation du jeu.

Meilleur que Shining Force ?
 

On se calme tout de suite : il ne faudrait peut-être pas déconner non plus. Lord Monarch a de sérieux atouts pour proposer une aventure amusante et divertissante du début à la fin. En dehors de l'histoire principale, il offre même des cartes supplémentaires dans un mode challenge. Dans ce dernier, terminer les cartes rapidement est important, car il y a un nombre de jours attribués pour toutes les compléter. Une contrainte aussi présente dans les chapitres, mais assez anecdotique pour tout dire.

Mais une fois cette aventure terminée, l'intérêt de refaire le jeu me parait faible, et en cela, Lord Monarch ne joue pas tout à fait dans la même catégorie que les deux Shining Force sur le même support. Il y a également quelques petits points agaçant, comme le fait que les unités bloquent parfois le gars qui ramène l'or au château (dans certaines cartes avec des villes), ou encore le fait que lorsque l'on donne un ordre global (à toutes les unités à la fois), il faille valider pour chaque troupe individuellement qu'elle doit bien effectuer l'ordre malgré la présence d'un ennemi sur son chemin. Pour résumer, il s'agit de petits points d'ergonomie qui auraient mérité d'être adressés dans cette version Mega Drive.

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Lord Monarch est un titre unique en son genre sur Mega Drive. Il vous propose de gérer un royaume dans un jeu de conquête où chaque carte apporte ses spécificités, le tout dans un monde amusant et un peu débile. La difficulté est bien gérée, et le jeu d'une bonne durée. La réalisation est impeccable, et la maîtrise de SEGA en fin de vie de la Mega Drive, indiscutable. En dehors d'une faible rejouabilité une fois terminé, et de quelques petits soucis d'ergonomie, je n'ai vraiment rien à reprocher à ce très bon jeu, sur lequel je me suis amusé du début à la fin. Mention spéciale à la traduction anglaise faite par les fans, elle est impeccable.

Verdict

8

Points forts

  • Gameplay simple mais riche
  • Difficulté bien dosée
  • Batailles variées
  • Humour débile qui fait mouche
  • Superbe réalisation

Points faibles

  • Faible rejouabilité
  • Quelques petits soucis d'ergonomie

Commentaires

Merci pour ce test ! C'est vraiment cool de voir que les équipes de fantrad continuent à dénicher des perles de ce genre !
chaz, 08 jan 2021 - 3:04
Celui-là est dans ma liste des jeux à faire d'ici cet été sur megadrive mini.
Merci pour le test.
myau, 08 jan 2021 - 4:51
Un grand merci pour ton test ! J'ai acheté Lord Monarch en 1994 tellement je trouvais la boite jolie mais la langue m'a rebutée à l'époque et j'avoue n'avoir jamais vraiment compris ce qu'il fallait faire (contrairement à d'autres exlus japonaises comme Madô Monogatari I, Sorcerian ou Rent a Hero). J'espère que ton test m'aidera à comprendre comment jouer au jeu car je compte le faire un de ces jours ; d'autant que le choix de Sega et M2 de l'avoir inclus dans la MD Mini n'est probablement pas anodin.