Test : Crazy Taxi (Dreamcast, Gamecube, PS2)

La belle époque :

Année 1999, Matrix réinvente les galipettes entre les balles pendant que le jeu-vidéo de salon continue de ronger les barreaux du berceau de son industrie : l'Arcade.
Cinq ans plus tôt un vorace industriel du secteur a relâché une Playstation qui étouffe toute opposition, cette machine se place alors comme l'appareil de loisir numérique principal des foyers modernes.

Pendant ce temps, SEGA est au top d'une arcade qui sera bientôt rattrapée par la puissance des consoles domestiques... SEGA qui n'est pas le disco est déjà mort mais il ne le sait pas encore. Malgré un super-prédateur de salon bientôt hégémonique, SEGA tente sans relâche de prouver sa force en travaillant à réaliser ce qui va s'avérer être rien de moins que... le pire jeu du monde™

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Attachez vos ceintures !!!

Le plot d'échappement :

Dès le lancement de Crazy Taxi ça sent le mélange de brélon d'adolescent acnéique, on est littéralement agressé par une vociférante animation d'introduction aussi illisible que sur-découpée. Et ce ne sont pas deux pauvres feuillets de livret qui aideront à se glisser dans la peau des protagonistes. On peut y lire une brève biographie des personnages jouables qu'on résumera à : un cas social punk don-juan, une femme vulgaire qui refuse de rester à sa place, un artiste de rue immigré et un quadragénaire en crise qui dilapide son argent aux jeux de cartes.

Et comme tentative désespérée de convaincre d'une profondeur de gameplay, le reste de la notice sert à expliquer comment maîtriser la conduite des véhicules. Ce qui reste superflu à une époque où le vrai gamer aura déjà compris que l'essentiel pour apprécier un bon jeu vidéo, repose sur une histoire intrigante qui avance au-travers de longues cinématiques aux moult rebondissements et dialogues révélateurs.

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Si on nous demande d'incarner des adultes irresponsables dans un laborieux simulateur de taxi, il faudra alors un peu plus que la promesse d'une carotte aussi éculée qu'inscrire trois lettres sur un high-score. A peine sorti et ce jeu est déjà dépassé.

Ce jeu file des boutons :

Accélérer et freiner sur les gâchettes puis marche avant et marche arrière sur les boutons de façade de la manette... c'est tout.
On peut changer de vue mais pour cela il faut brancher un second pad dans le troisième port manette et faire une manip' pour obtenir une vue intérieure et une caméra fixe en coin de rue. C'est bien laborieux pour profiter de deux vues pas très jouables alors que depuis la révolution Ridge Racer, la pression d'un simple bouton suffit à profiter de vues spectaculaires sur la route.
SEGA aurait été bien inspiré de copier une visionnaire concurrence.

Il y a aussi des techniques de conduites "avancées" comprenant deux niveaux de boost et des dérapages en course ou au départ mais ne comptez pas sur une aide à la conduite pour maîtriser la route. Pas d'ABS ni d'assistance de direction, les véhicules sont lourds et leur physique aléatoire pleine d'inertie glissante.
Le mode "Crazy Box" fait bien comprendre à quel point votre véhicule est incontrôlable à travers de nombreuses épreuves infantiles et répétitives : crever des ballons ou encore jouer aux quilles... un peu de sérieux, on a plus cinq ans et déjà tous nos permis à Gran Tusrismo.
Et puis il faut voir la récompense obtenue lorsqu'on arrive au bout du calvaire des 16 épreuves de cette "boîte folle" : un vélo... même pas électrique.
L'agenda politique écolo-gauchiste polluait déjà le divertissement populaire avant les années 2000.

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Ce mode absent de la version arcade confirme bien que le jeu d'origine est bancal et illisible au point de devoir faire un mode dédié pour apprendre à y jouer.
Cette maniabilité imprécise et capricieuse est en plus exploitée dans des environnements peu engageants.
L'espace urbain est plein de couleurs primaires chatoyantes qui brûlent les yeux, le ciel d'un bleu californien arrogant sature la rétine si l'on a le malheur de lever les yeux de la route. Les bâtiments ne sont pas en reste et arborent les couleurs criardes de marques vulgaires qui empoisonnent le quotidien du bas-peuple : Fila, Pizza Hut, KFC, Levis...
Ça coûtait quoi d'avoir Vuitton, Rolex ou Louboutin ? Le prestige aura donc laissé la place au laisser-aller consumériste de banlieue !
Notons que toutes les marques présentes dans le jeu original se sont désolidarisées des rééditions futures (PS360 et Steam)... le poids de la culpabilité, sans doute.

Violence routière :

Et en parlant de laxisme... le respect du code de la route est jeté aux orties avec celui du joueur. On met en danger les honnêtes citoyens anonymes qui vont au travail en voiture ou en bus lorsque l'on convoie des clients peu recommandables.
Exemples : un punk anarchiste qui dépense ses allocations chez un disquaire, un pasteur trop feignant de marcher depuis le KFC à 150 mètres de son église, un gros lard qui monopolise un stand de hot-dog, une femme enceinte qui empoisonne son précieux foetus au pop-corn mania...

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Voyez la mauvaise (future) mère !

D'autant plus que ces clients douteux roulent visiblement sur l'or, prêts à payer des centaines de dollars pour une course de moins d'un kilomètre. On sait maintenant qui creuse le déficit publique ou tape dans le tronc de son église.
Ne restent que la brave petite vieille qui demande à aller au commissariat pour dénoncer le scandale ambiant de la ville et ce brave bourgeois qui sacrifie son temps libre à entretenir sa santé au terrain de tennis afin de rester en forme pour donner du travail à une population trop ingrate.

Pour palier à l'évidente répétitivité du gameplay qu'impliquent les nombreux allers-et-retours du taxi, le choix a été fait de vous pousser au crime pour mieux assouvir votre appât du gain. En effet, à chaque prise de risque ou manœuvre scabreuse (dérapage, contre-sens, frôler la tôle...) la personne transportée vous encourage à les enchaîner toujours plus pour incrémenter un pourboire potentiellement plus juteux que le prix même de la course.
Cette ville a décidément de sérieux problèmes d'insécurité qui s'affichent à chape trajet réalisé pour une clientèle toujours plus irresponsable et accidentogène.
Et histoire de bien s'assurer que vous fassiez le maximum pour terroriser la ville, le fatidique chronomètre qui s'écoule sans relâche ne se rechargera que si vous déposez vos clients en un minimum de temps.

Du temps supplémentaire gagné demande des prises de risques accrues, des prises de risques qui rapportent mais qui trop souvent coûtent... le dilemme est implacable. Comment SEGA a pu penser que mettre une telle problématique dans les mains de la jeunesse innocente allait lui assurer un revenu pérenne ?
Dieu merci, sa chute industrielle n'en aura été que plus salvatrice pour une jeunesse trop précieuse à notre société, il y a eu justice et le bourreau s'appela Sony.

Panne sèche :

Car Crazy Taxi possède aussi une forme de justice interne qui semble avoir échappée à SEGA lors de la conception de son jeu : le trafic routier.
Sans doute un acte inconscient pour expier la culpabilité d'avoir fait émerger un public trop peu recommandable... rappelez-vous :

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Bon courage pour trouver un emploi avec cette tête.

On peut donc compter sur les VNJ (Véhicules Non Jouables) pour briser la révolte anarchique du joueur se débattant sous l'implacable compte à rebours du chronomètre. Saluons ces valeureux bus et camions qui se mettent en travers de cette croisade effrénée pour l'argent et le risque (les plus irrécupérables diraient "le fun").
Embrassons ces citoyennes camionnettes en embuscade dans les angles morts.
Et célébrons le plus fourbe adversaire que l'industrie du jeu-vidéo n'aura jamais conçu : la vignette !
Une vile traitresse déguisée en alliée qui indique à quoi ressemble votre destination mais au prix d'un angle mort qui vous cache tout danger arrivant par la gauche... et les esprits responsables savent que le danger vient toujours de la gauche.

A propos d'alliée fourbe, parlons aussi de la flèche de direction.
Si elle reste fiable dans la première ville conçue comme un circuit, dans la deuxième ville elle se transforme en ennemie.
Oui, le cauchemar se poursuit dans une seconde architecture ajoutée en supplément pour les versions consoles et micro-ordinateurs.
La ville dite "arcade" est conçue comme une longue boucle qui parcourt des zones clés : résidences, bord de mer, zone commerciale, CBD...
Il est difficile de s'y perdre.
En revanche, la seconde ville dite "originale" est plus ouverte, elle contient de nombreux raccourcis que la flèche n'indiquera pas pour vous enduire d'erreur.

C'est là que SEGA aurait pu faire preuve de modernité et inclure une "mini-map" qui contiendrait les lieux à atteindre et un trajet lisible... quel manque de considération pour son public ! Et l'agression se poursuit jusque dans ses oreilles : infliger seulement quatre morceaux joués en boucle, issus de deux groupes beuglant des idéologies factieuses et païennes démontre bien le penchant idéologique douteux de SEGA. L'un de ces groupuscules musicaux se fait d'ailleurs appeler "Bad Religion" (tout un programme !) et menace de fait l'intégrité spirituelle de la jeunesse influençable.
Associer Crazy Taxi à une entreprise satanique est une pente que je ne suivrai pas, bien que la raison m'y pousse. Heureusement, les versions dites "HD" seront épurées de ces hooligans sonores.

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La caméra toujours au top !

Y a plus de lave vitre :

Malgré la chute industrielle salutaire de SEGA, Crazy Taxi a malgré tout été porté sur d'autres supports plus glorieux que la Dreamcast, comme autant de vicieuses métastases corruptrices de saines ludothèques concurrentes.
Si les versions Dreamcast et Game Cube sont "arcade perfect" elles portent alors le sceau de l'infamie vidéoludique et sont à éviter en priorité.
Si Nintendo s'est compromis à l'accueillir sur sa console de salon cubique, il s'est rattrapé à démontrer l'inanité du projet Crazy Taxi via un portage poussif sur Game Boy Advance. Seul Sony a pu transformer ce jeu démoniaque en un divertissement plus serein, ralentissant le rythme de la conduite dans des décors adoucis par un flou apaisant. Sony a sublimé les graphismes grâce à sa divine technologie "Emotion Engine".

Il aura donc fallu attendre une sainte révolution technologique développée par l'acteur le plus fiable et honnête de l'industrie de l'image pour enfin apprécier la proposition (malgré tout problématique) de Crazy Taxi.

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Appréciez la finesse des détails de cette version PS2 !!!

Conclusion :

Visuels aveuglants, personnifications de rebus sociaux, mécaniques démoniaques et musiques corruptrices sont la marque d'un éditeur fatigué prêt à toutes les bassesses pour dépouiller un jeune public de sa fraîche innocence.
Crazy Taxi mérite décidément bien son titre de "pire jeu du monde™".

Verdict

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Points forts

  • Porte étendard de l'identité de SEGA, il a le mérite d'en démontrer l'escroquerie.
  • La version PS2 qui remonte glorieusement la qualité visuelle.

Points faibles

  • Jeu de voyous !
  • Répétitif et assourdissant.
  • Corrupteur et satanique !
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Dreamcast 9.1 17
Playstation 2 9.3 3
GameCube 10.0 1

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