Test : Yakuza 3 Remastered (Playstation 4, Xbox One)

C'est fait ! Avec l'annonce de la sortie en occident des remasters de Yakuza 3, 4 et 5, toute la série principale est maintenant disponible sur PS4. Outre l'avantage de permettre aux joueurs les plus jeunes d'avoir accès facilement à toute la série, ces remasters offrent une mise à jour technique pour des titres qui commençaient sérieusement à faire leur âge.

Au revoir Osaka, bonjour Okinawa

Après avoir réglé la question de la guerre contre Osaka, la famille Omi et l'ultra violent Dragon du Kansai, Kazuma décide de se retirer du milieu et de vivre enfin des moments paisibles en compagnie d'Haruka, qui ne cesse de grandir. Le Clan Tojo semble être en de bonnes mains avec la promotion de Daigo Dojima épaulé par le très barjo, mais utile quand il s'agit de se battre, Goro Majima. Kazuma décide de prendre une retraite méritée. À sa façon, c'est à dire avec son caractère de bon samaritain qui le caractérise. Direction les îles de l'extrême sud du Japon pour y trouver bien sûr du soleil et des plages superbes... mais surtout de nouvelles personnes à protéger.

Lui-même orphelin, Kazuma connaît mieux que personne le destin des enfants abandonnés. On le retrouve ainsi en gérant d'un orphelinat, situé au bord de mer. Pantalon blanc, chemises à fleur, l'ancien mafieux dur à cuire s'occupe de petits problèmes du quotidien de jeunes enfants. Peines de coeur, bastons dans la cour d'école, cache-cache, etc. Kazuma et le joueur reviennent aux fondamentaux d'une vie de famille légèrement agitée. Tokyo, ses clubs de strip-tease et ses mafieux à chaque coin de rue, n'a jamais paru aussi loin ... C'était bien sûr sans compter sur un rebondissement dont seul Nagoshi a le secret. Okinawa est un petit coin de paradis qui intéresse fortement promoteurs immobiliers et professionnels du tourisme. Mais pas seulement, et le joueur réalise vite que les enjeux sont multiples, à un niveau parfois insoupçonnés du pouvoir. Vous l'aurez deviné ? Kazuma Kiryû va très vite revenir aux affaires, car mafia et politiques ne vont pas tarder à se mêler à la fête ...

Trop jeune pour la retraite !?

C'est par quelques flash-back assez maladroits que débute Yakuza 3. Tant bien que mal, on finit par prendre en main Kazuma lors des premiers chapitres entièrement consacrés à cet épisode de bon petit gérant d'un orphelinat et à l'arrière-goût de vacances estivales. Yakuza 2 proposait déjà une ville alternative pas si éloignée de la mégapole tokyoïte, avec Osaka. Les équipes de Sega Japon ont cette fois joué la carte d'un environnement bien plus chaleureux que celui de Kamurocho. Rassurez-vous on finira par y retourner, ce qui est tout sauf un spoil ou un scoop pour les fans de la série, surtout s'ils ont suivi un minimum la communication autour du jeu !

Lors de sa sortie en 2009, Yakuza 3 marquait un changement de génération pour la saga principale. Finis les caméras fixes et les micro-chargements qui entraînaient une vraie coupure à chaque fois que l'on changeait de rue, bonjour la modélisation fidèle des passants et de l'architecture tokyoïte. Bien sûr, le passage en HD et en 60FPS, et le raccourcissement des temps de chargement, rend l'expérience bien plus agréable que sur PS3. Plus d'aliasing ou de scintillement, plus de chutes de framerate. Kamurocho apparaît sous un tout nouveau jour. Bien sûr, le jeu a presque 10 ans, et la modélisation des personnages, tout comme le niveau de détail des décors, trahissent l'âge du jeu, mais cela reste acceptable. Le gap technique le plus important avec les jeux les plus récent réside dans les animations, qui sont à la fois plus rigides, moins expressives et plus flottantes. On a l'impression de courir sur un coussin d'air, c'est assez déstabilisant. Kamurocho semble également beaucoup moins vivante que dans les épisodes plus récents.

 

Une génération plus tard

Yakuza 3 ne serait pas un vrai Yakuza s'il n'était pas ponctué de combats nombreux à la fois pour faire avancer l'aventure principale mais aussi avec des "agressions" qui peuvent se produire à chaque coin de rue. Depuis le premier, la série s'est constamment améliorée sur le point sensible des temps de chargement lorsque l'exploration laisse place aux instants de combat. C'est encore le cas ici. Et même s'ils sont encore perceptibles, le résultat reste plutôt rapide et on notera que la foule s'écarte et nous entoure pour nous donner cette fausse impression que ça ne charge pas. Une parade plutôt astucieuse des équipes de Sega. Mais plus généralement, les loadings se font discrets et l'installation obligatoire de presque 5 Go n'y est sûrement pas pour rien.

Malgré de l'aliasing et quelques bugs d'affichage de çi de là, Yakuza 3 est incontestablement lumineux et beau. Le quartier de Kamurocho ne change pas mais apparaît surtout tel qu'on aurait aimé toujours voulu le voir. Et dans la lignée directe des épisodes précédents, déjà un modèle en la matière, la mise en scène des cinématiques est de grande classe, tandis que les expressions des visages sont d'une crédibilité totale. Yakuza 3 fait peut être plus fort que certains gros blockbusters occidentaux, même si cette affirmation prêtera toujours à débat ! Il gagne en tout cas incontestablement la guerre du charisme des personnages principaux. Kazuma Kiryû inspire le respect au premier regard tandis que les nouveaux chefs de famille du clan Tojo en imposent tout autant par leur force physique que par leurs énormes ambitions personnelles. À cet égard, Mine Yoshitaka est un personnage très intéressant avec son parcours assez peu classique dans l'ascension d'un Yakuza. Il représente à lui seul la réussite du nouveau casting de ce Yakuza.

Côté technique, on regrettera juste un game design finalement trop proche de celui que l'on a connu sur PS2, et franchement paresseux. Yakuza 3 aurait pu se passer facilement de ces murs invisibles bizarres qui empêchent de se rapprocher de certaines bâtisses, ou encore de ces barrières que Kiryû est incapable de franchir. Au combat il peut nous faire des saltos digne de la lucha libre. Y'a comme un problème de cohérence !? Si les animations assez sèches lors des combats ne gênent pas tout joueur ayant pratiqué du Virtua Fighter ou du Spike Out, celles en mode exploration restent assez peu naturelles et étonnent dans le mauvais sens au premier abord. Mais il faut avouer qu'on s'en accommode assez vite et que ça n'empêche pas de rentrer dans le trip de ce Yakuza au bout de quelques heures.

La fin de la censure

Vous n'êtes sûrement pas sans savoir que Yakuza 3 a eut droit à quelques coupes dans son contenu pour cette sortie occidentale originale. La raison invoquée était que certains mini-jeux demandaient un travail de localisation trop important alors que Sega West voulait absolument le sortir dans un délai raisonnable. Les précédents Yakuza n'avaient pas connu de pareilles décisions mais leur délai de localisation fut juste interminable ... Parmi ces censures, les principales concernaient des mini-jeux comme le mah-jong ou les bars à hôtesses de Kamurocho, lieux de drague et de débauche habituels depuis les débuts de la série. Les rencontres avec la gente féminine n'ont cependant pas disparu puisqu'on croise encore quelques femmes (très ouvertes d'esprit) dans quelques restaurants, qui donnent lieu à de la drague puis dans la foulée à une sous-quête.

Dans cette réédition, on retrouve une partie des éléments qui avaient été coupés lors de la première localisation du jeu : les salles de mahjong et de shôgi de Ryukyu et Kamurocho sont maintenant pleinement fonctionnelles, tout comme le salon de massage. Vous pouvez également aller draguer les hôtesses dans les cabarêts, et 21 substories, y compris celle impliquant la gestion d'un club, ont été réintégrées. Les accords avec les actrices de l'époque ayant certainement pris fin, les modèles sont soit nouveaux, soit repris d'autres épisodes plus récents.

Le contenu est désormais identique à celui du remaster japonais, y compris au niveau de ce qui a disparu : une substory impliquant un travesti a été supprimée, tout comme le jeu Answer x Answer, dont les questions étaient peut-être datées, et l'intérêt trop faible, pour mériter une mise à jour. Les vidéos de flashbacks des épisodes précédents présentes dans le jeu original ont également disparu : il est maintenant supposé que les joueurs ont déjà fait Yakuza Kiwami 1 et 2. C'est un peu dommage, car même si c'est le cas, on ne joue en général pas à 3 Yakuza par an, et un petit rappel entre deux épisodes fait toujours du bien.

Pour en finir avec les petits changements, la traduction (toujours uniquement en anglais) a été mise à jour, et quelques erreurs et choix étranges ont été corrigés (comme Rikiya qui appelle maintenat Kiryu "Aniki" et non plus "Boss").

Yakuza 3 propose maintenant plus d'une d'une centaine de quêtes. Les anciens mini-jeux sont encore là comme le baseball ou le bowling. Sega y ajoute du billard, du jeu de fléchettes (Yu Suzuki appréciera) ou un parcours de golf complet qui à lui seul peut vous tenir en haleine plusieurs heures. Au niveau des quêtes en général, Sega se lâche encore plus qu'auparavant. Il sera par exemple possible de jouer les acteurs dans un film de Samouraïs ou mener une enquête sur un meurtre, tel un Sherlock Holmes japonais. Et si on y ajoute la très grosse quête de longue haleine entre Tokyo et Okinawa des "Avengers" (un jeu dans le jeu très clairement) ou encore tous ces à-côtés qui permettent d'améliorer son style de combat à poings nus ou avec des armes blanches. Ne cherchez pas plus loin, Yakuza 3 est certainement l'un des jeux d'action/aventure à proposer la durée de vie la plus conséquente. Presque digne d'un RPG, on passera au bas mot 40 heures à trouver tous les secrets du jeu, sans parler des trophées à débloquer. Malheureusement, les sous-titres restent exclusivement en anglais, avec une traduction mise à jour, qui corrige quelques choix étranges.

Immersion totale

Oui, Sega se repose quelque peu sur ses lauriers. Kamurocho n'a pas beaucoup bougé et par bien des côtés Yakuza 3 peut paraître comme un jeu old gen. Mais il ne fait aussi aucun mystère que la série garde sa redoutable efficacité et il ne faut que quelques chapitres pour être immergé et ... voir les heures défiler à une vitesse problématique pour sa vie sociale. Le début de cet épisode est lent, la mise en place des enjeux est également assez longuette. Il n'empêche qu'à la manière d'un certain Shenmue, ce prologue a beaucoup de charme, justement parce qu'il sait prendre son temps et parce que l'île d'Okinawa apaise, par exemple rien qu'avec la magnifique plage située juste devant l'orphelinat où l'on pourra pêcher à l'occasion. On ira aussi faire quelques promenades en compagnie d'Haruka. Il ne manque plus que le goût de la glace pour s'y croire.

Évidemment par la suite, l'immensité des sous-quêtes entre Okinawa et Kamurocho sera là pour densifier l'expérience de jeu, tandis que la trame de l'histoire monte peu à peu en puissance. Cette dernière est d'ailleurs globalement plus courte. Avant d'arriver aux chapitres finaux, Sega a encore largement aménagé le temps de jeu pour nous laisser explorer tous les secrets. Et passer à côté de ces secrets équivaut à louper une grande partie de l'intérêt de Yakuza 3. De tous les Yakuza pour être tout à fait clair.

Un remaster en demie-teinte.

Cependant, si Yakuza 3 était l'épisode le plus abouti de la série lors de sa sortie, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Chaque volet a apporté son lot d'améliorations, et ce remaster n'en bénéficie pas.

En dehors de l'ajout de marqueurs pour les substories sur la carte, il n'y aucune amélioration de l'ergonomie par rapport à la version originale, et après avoir goûté aux améliorations successives de la série et de Judgment, ça fait bizarre. Impossible d'appeler la carte avec le touchpad de la manette ou de placer un marqueur, retour des sauvegardes dans les cabines téléphoniques, absence de marqueurs de complétion des magasins et restaurants, impossibilité de commander plusieurs plats en même temps dans ces mêmes restos, rareté des taxis, j'en passe et des meilleures. Le système de progression de nos compétences martiales est également complètement archaïque, et je ne me souvenais plus à quel point les combats et les poursuites pouvaient être parfois pénibles.

Malgré ses améliorations graphiques, le jeu nous est donc présenté "dans son jus", ce qui est bien dommage, car il a franchement vieilli, même si c'est davantage dans ses mécanismes que par sa technique. Sans demander une refonte complète du système d'XP, je doute que quelques aménagements de l'interface (rien que la carte, déjà !) eussent coûté bien cher. On ressort de ce remaster avec une sensation un peu bizarre, car si Yakuza 3 représentait l'apogée de la série à sa sortie, il en est aujourd'hui l'épisode le plus faible, à tous les niveaux. Malgré tout ce serait dommage de s'en passer, car en plus d'être infiniment plus agréable à parcourir que sur PS3, il représente un moment charnière, sorte de chainon manquant entre l'aridité des épisodes PS2, et l'ambition des suivants. Courage, le 4 est bien meilleur !

Verdict

6

Points forts

  • Le soleil de l'île d'Okinawa
  • Des personnages charismatiques
  • Remaster soigné techniquement
  • Rajout des éléments manquants dans la version d'origine
  • Nouvelle traduction

Points faibles

  • Ambiance sonore moins marquante qu'espérée
  • A quand même vieilli techniquement
  • Mécaniques et ergonomique archaïques
  • Reste le moins bon de la série
Avis des joueurs :
Note moyenne Nb avis
Playstation 4 8.0 1
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Commentaires

Rage, 02 sep 2019 - 1:39
Merci pour ce test !! Pour ma part c'est un de mes Yakuza préféré le 3 ... Le premier next gen HD. C'est clairement moins une claque qu'avant mais quand même :love::love:
Si ! Il y a eu un portage du 1 et 2 sur Wii U donc no pb . Mais je crois pas que les ventes avaient suivi...