Revue de presse : IG Magazine Spécial Sega

Sonic the Hedgehog

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Quelques mois après Nintendo, IG Magazine consacre son sixième magazine hors-série à Sega. Etant donné la façon dont est considérée la firme de Haneda par une partie de la presse, dire que j'appréhendais cet ouvrage est un doux euphémisme. Verdict.

Bonne surprise : contrairement à ce qui est souvent fait, le magazine couvre une large période de la vie de Sega, allant de la fabrication de machines d'arcade mécaniques au tout récent rachat de Relic Entertainement. On évite donc la sempiternelle rubrique nécrologique post-Dreamcast, qui voudrait que Sega n'ait plus rien fait de potable depuis 2002.

Après une introduction balayant les coups durs essuyés par la compagnie au fil des années et une interview de Jurgen Post, CEO de Sega Europe, sans réel intérêt, le monsieur se bornant à relayer le discours officiel (orientation vers le téléchargement, mise en valeur des quatre grosses licences, etc.), on rentre dans le vif du sujet avec un historique des machines, du SC-3000 à la Dreamcast. Spécifications techniques, choix éditoriaux, panorama des jeux marquants de chaque console, ces petits dossiers sont bien documentés et richement illustrés, et même si un fan n'apprendra pas grand chose, à l'exception des informations sur les consoles pré-Master System, leur lecture est agréable. Personnellement j'ai un faible pour celui traitant de la Saturn, qui résume de façon assez impitoyable, mais juste, les errements de Sega à cette époque.

Il en va de même pour les deux articles consacrés à l'arcade, qui souffrent malheureusement d'un manque de cohérence éditoriale : le premier est une rétrospective des jeux et systèmes marquants, le deuxième a pour but de montrer la diversité des machines de Sega. Problème : ils se contredisent l'un l'autre. Le premier se termine sur le constat que Sega enchainerait les suites et peinerait à se renouveler... ce qui est contredit quelques pages plus loin, avec la présentation des nouvelles licences que sont Border Break, Sangokushi Taisen ou encore Maimai, qui proposent toutes trois une alternative aux bornes plus classiques...
Plus généralement, les articles sont vraiment légers, et on regrettera la présence d'erreurs et d'approximations : au niveau de certaines dates, de l'arborescence des studios (non, Hitmaker n'a pas été racheté pou fusionner avec l'AM3, puisque Hitmaker est l'AM3), confusion entre le version des boards arcade et les studios ayant travaillé dessus... On sent que l'arcade n'est pas le domaine de prédilection des rédacteurs des articles.

Suivent les portraits de grands noms de la compagnie : Yu Suzuki évidemment, Toshihiro Nagoshi, Yuji Naka, et Takashi Iizuka. Loin d'être dénués d'intérêt, ils ont cependant un peu trop tendance à verser dans le storytelling, narrant les états d'âme de l'un ou l'autre à certains moments de leur carrière, sans pour autant citer de sources - interviews ? - permettant d'appuyer le propos des auteurs, et le procédé paraît donc un peu artificiel, et pas forcément très rigoureux. Dont acte, les impressionnantes rétrospectives présentées se suffisant largement à elles-mêmes.

Après deux courts articles consacrés à Creative Assembly et Sports Interactive, dont l'intérêt est tout relatif, on va un peu plus en profondeur avec des dossiers sur les séries Phantasy Star, Valkyria Chronicles et Monkey Ball. Le premier est peut-être le plus réussi, alors que celui dédié à VC est assez superficiel, et aurait pu tout aussi bien être écrit sans avoir joué à la série...

Le dossier consacré à Sonic est certainement le plus sujet à controverse, le parti-pris de son auteur, manifestement amateur du versant "plateforme" de la série, étant que la série va de mal en pis. On a par contre le droit d'être circonspect devant cette affirmation, lorsque cela se fait au prix d'une déformation des faits. Que l'auteur trouve Sonic 2 moins bon que le premier épisode, et Sonic 3 & Knuckles assez faible, soit, cela permet de comprendre son appréciation de l'évolution de la série par la suite. Déclarer que Sonic CD était surestimé jusqu'à sa réédition, au prétexte qu'il est enfin accessible à tous, est par contre assez gonflé, la majorité des joueurs n'ayant pas attendu jusque là pour s'y essayer, et le jeu ayant toujours divisé la fanbase.
L'auteur évite également de s'attarder trop longuement sur Sonic R ou Sonic Labyrinth, avant d'aborder les Sonic Adventure. Encore une fois, l'argument "les jeux Sonic sont de pire en pire" prévaut sur l'objectivité, et on peut argumenter sur le fait que Sonic Adventure 2 est "plus inégal" que son prédécesseur (qui demandait quand même de se fader les horribles stages d'Amy et de Big). Il est également commode de passer aussi vite sur Sonic Colors, considéré comme certains comme le meilleur Sonic 3D existant (et, pour le coup, proposant de la plateforme et de l'exploration à foison), ou sur les épisodes GBA et DS.
Mais tout cela ne compte pas vraiment, puisque l'auteur appelle de ses và…“ux un second souffle pour le hérisson, comme si la licence ne s'était pas pas bonifiée depuis 5 ans, explorant diverses options susceptibles de plaire à la majorité des amoureux du hérisson. Un article polémique, donc, mais qui a le mérite de proposer un véritable point de vue, ce qui n'était pas le cas de L'Histoire de Sonic qui, à contrario, était bien trop lisse.

On relâche la pression par la suite avec des sympathiques articles sur Hatsune Miku, les mascottes de Sega et la popularité de la firme dans les années 90, et des interviews de développeurs, réelles plus-values de l'ouvrage, qui s'accordent touts pour vanter la qualité de Sega en tant qu'éditeur, et la liberté laissée aux studios de développement. De petites tranches de vie qui respirent la passion, et rappellent une époque révolue de cette industrie, notamment en ce qui concerne Ed Annunziata, dont les voeux n'auront finalement pas été exaucés... . Le bouquin se conclue ensuite par une petite sélection de goodies Sega complètement anecdotique.

Bien qu'il soit loin d'être exempt de reproches, et pêche surtout par un certain manque de rigueur, ce hors-série de IG Magazine reste recommandable : bien qu'il ne propose pas beaucoup de contenu réellement exclusif ou inédit, il constitue un bon condensé de l'histoire de Sega, à travers les consoles, les jeux et les personnes qui ont forgé son identité, bien qu'il soit plutôt à conseiller aux amateurs plutôt qu'aux fans hardcore. On espère également à l'avenir un peu plus de professionnalisme au niveau formel : si les fautes d'orthographe sont rarissimes, le style laisse souvent à désirer, et il est dommage de retrouver dans ce genre d'ouvrage des captures d'écran chopées sur Internet. Mention assez bien, donc, avec les encouragements du jury.