Interview : Virtua Quest (Playstation 2 et Game Cube)

Parmi les traductions que nous faisons régulièrement (mais qui arrivent au compte-goutte), il y a les : Album de Création" qui évoquent l'époque des 8 et 16 bits avec des anecdotes souvent très sympathiques.
Aujourd'hui on attaque une autre série qui s'intitule : SEGA VOICE" ; ces interviews datent du début 2000 et se penchent sur divers jeux de la marque sur différents supports allant de l'arcade jusqu'à la DS en passant par la GBA ou encore les PS2/NGC.
Et c'est d'ailleurs sur ces dernières et un de leur jeu au final, pas si connu que j'ai décidé d'entamer cette série de traduction.

C'est de Virtua Quest dont il va être question, spin off de la série Virtua Fighter.
Il n'est malheureusement jamais sorti en Europe alors que pourtant il est bel et bien disponible aux USA sur les 2 machines que sont la Playstation 2 et le GameCube.
Il faut avouer que sa réputation n'est pas des meilleures, et son style étant tellement loin de ce que la série d'origine propose, que beaucoup de joueurs n'ont pas compris la direction prise par SEGA pour un spin off de son jeu vitrine de l'époque.
De plus, si l'intention de base était bonne, sa concrétisation qui oscille parfois entre le bon mais trop souvent vers le mauvais, avait de quoi achever toute envie de s'y investir.
Alors ok, il s'agit d'un avis purement subjectif mais si vous-même vous avez tenté l'aventure, je suis impatient de lire votre point de vue.
Bref, vous allez enfin connaître la genèse de cet épisode en lisant notre traduction.
Pour le détail, et même si encore une fois il ne s'agit que de mon point de vue, la jaquette japonaise (gauche) est particulièrement chouette alors que la US (droite) est particulièrement... pas chouette.

Excellente lecture, n'hésitez donc pas à donner votre avis qu'il concerne l'interview et/ou le jeu en lui-même !

Virtua Fighter Cyber Generation: Judgment Six no Yabô plus connu en occident sous le nom de Virtua Quest va nous livrer quelques-uns de ses secrets ainsi que sa raison d'être via Makoto Ôsaki qui avait le poste de directeur sur ce soft.
Ce monsieur travail pour SEGA depuis 1993 au sein de l'AM#2.
Depuis Daytona USA sur lequel il a travaillé, on retrouve son nom dans pratiquement tous les jeux de course de l'AM#2 sortis par la suite.
Tout en gardant un œil sur différents projets en tant que producteur, il a officié comme directeur sur Virtua Quest.
Ce titre fête les 10 ans de la série Virtua Fighter.
Que ce soit son monde ou bien son système de jeu, tout est différent du jeu originel.
Pourquoi en faire un action RPG ? Pourquoi le héros est un jeune ado ? Comment ce soft fait-il pour mettre à profit les techniques de Virtua Fighter ?
Makoto Ôsaki va répondre à toutes ces questions !

---Ce Virtua Quest arrive pour les 10 ans de la série Virtua Fighter, pourquoi en avoir fait un action RPG destiné aux plus jeunes ?

Ôsaki : Vous vous souvenez du choc que représentait la sortie de Virtua Fighter 1 et 2 ?
Un nouveau genre avec ses personnages en 3D, sa jouabilité accessible avec juste 3 boutons etc... Il y a même des personnes qui jusqu'à maintenant ne fréquentaient pas les game centers qui viennent y jouer, il y a eu un petit boom Virtua Fighter.
Mais il s'est déjà écoulé 10 ans depuis cela, et je ne pense pas que les jeunes d'aujourd'hui se rendent compte de l'impact que ça représentait à l'époque.
Le 2 est sorti lorsque j'avais 25 ans c'est dire... (Note du Traducteur : il en avait 34 lors de l'interview).

Que ce soit les jeux en eux-mêmes ou bien la série en général, le système subit des ajouts, les joueurs deviennent de plus en plus forts, mais du coup, il est difficile pour les nouveaux de rentrer dedans.
En plus du fait que les joueurs prennent de l'âge, il y a déjà un grand nombre de joueurs sur la série des Virtua, rendant la fenêtre pour s'y intégrer de plus en plus petite. Et c'est pour cela que beaucoup de jeunes ne connaissent pas la série.
Alors bien entendu, ils doivent la connaître de nom, mais la plupart ne savent sûrement pas de quel type de jeu il s'agit exactement. C'est ma plus grande appréhension de ces 10 dernières années.

Virtua Fighter est un jeu vitrine de SEGA, et je souhaite que les jeunes le connaissent. C'est la raison d'être de ce Virtua Quest, il est là en tant que graine afin de faire pousser la prochaine génération.
Même si ce Virtua Quest se déroule dans un monde différent de celui de Virtua Fighter, il est possible de faire l'expérience des particularités de la série avec la présence de personnages comme Akira et sa technique du Hakkyoku-ken.
Et si le joueur fait cette expérience, une fois au collège, il va élargir son champ d'activités, et le jour où il mettra les pieds dans une salle de jeu, il pourra s'exclamer : Ah ! Mais c'est Virtua Fighter ça !".
C'est donc pour ce résultat que nous voulons planter cette graine.

---Et vous n'avez pas eu l'idée de faire un jeu de combat destiné aux plus jeunes ?

Ôsaki : Le plus important est d'avoir connaissance de l'existence de Virtua Fighter. Et pour avoir cette connaissance nous avons choisi un genre dont ils sont coutumiers avec l'action RPG.

---Plutôt que de dire qu'il s'agit d'un soft pour les fans actuels de la série, il s'agit plus d'un jeu se destinant à ceux ne la connaissant pas donc.

Ôsaki : Non, ce n'est pas forcément pour cela, je pense que ceux qui s'investissent déjà dans Virtua Fighter peuvent parfaitement s'y amuser.
Dans les jeux Virtua Fighter, les personnages ne parlent presque pas, ici, ils peuvent évoquer leur enfance, leur raison de se battre avec leur voix. Je pense que les fans de Virtua pourront y prendre du plaisir.
Au final, le plus amusant dans Virtua Fighter, ce n'est pas l'histoire ni les personnages du jeu, mais les vrais joueurs. Comme Bunbun Maru, Ikebukuro Sarah ou encore Shinjuku Jacky (NdT : Des personnes devenues célèbres comme étant de grands joueurs de Virtua Fighter).
Plus que les héros du jeu, ce sont les joueurs qui y jouent pour de vrai qui sont les plus intéressants, ils deviennent célèbres. C'est ce genre de jeu Virtua Fighter.

Cependant, on a les liens père/fille avec Pai et Lau et frère/sœur avec Jacky et Sarah.
On veut raconter ces histoires afin d'élargir le monde du jeu. Et cette fois il s'agit d'une bonne occasion pour le faire.

---Ce monde virtuel qu'est Nexus et celui de Virtua Fighter ont un lien ?

Ôsaki : Oui, cela se passe un peu plus dans le futur que Virtua Fighter. Dans la série il y a les Judgement Six.

---Effectivement, c'est une organisation qui apparaît dans le 2 n'est-ce pas.

Ôsaki : Non, en vrai ils existent depuis le 1, il y avait les illustrations des personnages principaux et tous les détails de prêts.
Il y avait déjà Moon ou encore Devil.
Moon a un rôle important qui lui convient parfaitement dans ce Virtua Quest en tant que Judgement Six.
C'est un conspirationniste qui soutient des terroristes, contrôle les guerres internationales, en fait, les 2 jeux sont complètement reliés.

La raison pour laquelle on fait se battre les personnages dans Virtua Fighter est de permettre à l'organisation Judgement Six de créer une arme bipède, Dural donc, pour qui ils rassemblent les données des combats.
Dans l'histoire de Virtua Quest, en raison d'un événement, les données vont être dispersées, et l'aventure commence par cela.
Ici, ces données se nomment les Virtua Soul. Une fois en notre possession, on peut instantanément les assimiler, nous permettant de détruire les systèmes de sécurité se présentant à nous.
Donc il s'agit d'un monde virtuel dans un futur proche prenant place dans Nexus, facilitant la tâche afin de mettre au centre du jeu ces Virtua Soul.

Il y a une raison pour laquelle il ne s'agit pas d'un personnage de la série qui a la place du héros.
On s'est demandé si on mettait Akira ou Jacky... mais les personnages ont une image très forte. Elle se renforce depuis 10 ans et il n'est pas simple de la casser.

---Si on fait d'un personnage de Virtua (NdT : j'ai toujours l'impression de parler de moi c'est troublant :p) un héros de RPG, aussitôt qu'il effectuera ne serait-ce qu'un mouvement, il y aura forcément des joueurs qui trouveront cela bizarre n'est-ce pas.

Ôsaki : C'est certain. Chaque joueur se fait déjà une image des personnages et forcément ils se dira que Akira doit être comme ci, que Wolf a une personnalité comme ça, etc...
On ne peut absolument pas s'écarter de cela.
Dans ce cas, mieux vaut introduire un tout autre personnage nous donnant bien plus de marge de manœuvre.

---Il n'y a pas que le personnage de nouveau mais aussi les actions comme utiliser le grappin, pouvez-vous nous expliquer pourquoi introduire des éléments autres que les techniques de combats de VF ?

Ôsaki : Exact, les techniques de Virtua Fighter sont trop réalistes pour un action RPG.
Il n'y a pas de vague d'énergie, lorsqu'on frappe un ennemi on ne l'envoie pas valdinguer d'une manière exagérée etc...
En gros, on ne peut faire que les mouvements dont un humain est capable.
Bien qu'on ait introduit dans Virtua Fighter 4 des effets de lumière lors des impacts, rien que cela a fait beaucoup débat au sein de l'équipe, c'est un jeu qui se veut plutôt sérieux.
C'est pour cela qu'en l'état, c'était un peu trop sobre pour se destiner aux jeunes ados.

De plus, VF est un versus fighting, les combats ne se font que vus de côté.
Dans ce Virtua Quest il y a des ennemis partout où il est possible de se déplacer. Et lorsqu'on veut battre des adversaires ailleurs qu'aux endroits accessibles par le saut ou en grimpant, je souhaitais un truc sympa à utiliser.
Et c'est là que le grappin fait son apparition (NdT : En fait il utilise le terme anglais wire action, dans le jeu ça prend la forme d'une sorte de grappin donc).

En s'en servant, toutes sortes de choses deviennent réalisables. Il est aussi possible de le combiner avec des attaques.
Dans le cas des ennemis qui flottent/volent, on peut l'utiliser pour les atteindre ou au contraire, pour les faire venir à nous, de les frapper avec notre enchaînement de 3 coups, et lorsqu'ils rebondissent au sol, on les termine avec une technique de Virtua. Si on ne permet pas des choses de ce genre ça ne peut pas être fun.

---Il semble que vous avez réussi à bien combiner les techniques de Virtua Fighter.

Ôsaki : Si les actions ne sont pas plaisantes ce n'est pas la peine. Surtout que l'ADN du jeu est celui de Virtua Fighter.
Toutefois, même en faisant une chose strictement identique à VF, si on ne la rend pas plus visuelle et si on n'élargit pas l'espace, on aura une sensation de manque.
C'est pour cela qu'en combinant habilement le grappin et les techniques de VF on a pu faire je pense, un soft d'action vraiment fun.

---Et un petit mot concernant le manga ?

Ôsaki : Il est pré-publié dans le magazine Bonbon. Cela peut faire naître un effet conjugué incroyablement positif.
Je pense que le jeu et le manga réussissent parfaitement à ne faire qu'un. On peut y raconter des choses que nous ne pouvions pas mettre dans le jeu comme des détails sur la vie quotidienne du personnage principal.
Et à l'inverse, le jeu nous fait profiter des scènes d'actions que le manga ne peut pas faire ressentir.

---Et avec le mangaka en charge qu'est Hisashi Matsumoto, avez-vous eu beaucoup de rencontres afin d'en parler ?

Ôsaki : Au début oui, mais lorsque j'ai vu les dessins qu'il avait réalisés, j'ai jugé que c'était parfait et qu'on pouvait le lui confier intégralement.
De plus, il aime lui-même Virtua Fighter.
Il y a aussi beaucoup de personnes dans la rédaction de Bonbon qui apprécient VF, j'en suis vraiment reconnaissant, il est extrêmement simple d'avoir des échanges avec eux.
Ils ont aussi inclus une démo avec le magazine, et c'est d'ailleurs une grande première pour ce type de publication que d'offrir un tel supplément.
Comme ce jeu propose des actions vraiment fun, je souhaite par-dessus tout qu'on s'y essaie. Le manga complète l'histoire et la démo a pu faire goûter au plaisir de l'action.

Voici le numéro accompagné de la démo (NdT : je dois vous avouer ne pas avoir retrouvé ma source concernant cette couverture, c'est peut-être Yahoo Auction je ne me souviens plus pardon...)

NdT : Le magazine japonais de prépublications Bonbon a existé de 1981 à 2007.
Il y a beaucoup de licence connues qui ont d'ailleurs eu leurs versions manga dans ce magazine comme Mario, Puyopuyo, Megaman, Gundam, Super Robot Taisen etc etc ...
Virtua Quest y a été pré-publié du numéro d'avril 2004 à février 2005.
Malheureusement, les histoires n'ont pas eu de publication autre que celle dans ce magazine, bref, ne cherchez pas un manga relié puisqu'il n'a jamais vu le jour.

Il existe aussi un guide du jeu, sa couverture est très classe.

---Inclure une démo afin de pouvoir essayer cette partie action est vraiment une bonne chose. Il y a des éléments sur lesquels vous avez particulièrement insisté dans cette partie action justement ?

Ôsaki : Bien entendu. Comme je l'ai dit au début, il s'agit d'un Virtua Fighter très abordable qui a pour but de planter une graine afin de faire éclore la génération future. Et si la partie action d'un Virtua Fighter n'est pas bonne, bah ce n'est pas un Virtua Fighter (NdT : alors justement je... non rien).
Et même si on en fait un jeu très abordable, il n'est absolument pas possible de faire des concessions sur cette partie action.
On a aussi donné de l'importance à l'histoire et aux éléments que nous avons ajoutés, et bien évidemment, les choses d'importance prennent vie sous forme d'action.
Nous avons pour résultat un jeu facile d'accès et pourtant profond, et c'est une chose dont on peut se vanter. Je souhaite donc que vous portiez attention sur les éléments sur lesquels nous avons particulièrement travaillé. C'est ici que c'est le plus fun.

---Vous avez un message pour les fans de la première heure ?

Ôsaki : Les personnages de la série n'ont jusqu'à maintenant jamais parlé d'eux-mêmes, et j'aimerais que vous vous essayez à cette partie. Lorsqu'on récupère les Virtua Soul on peut entendre leurs histoires.
Ils nous parlent de vive voix, dont celle de Shin'ichirô Miki pour Akira, Minami Takayama pour Pai etc...
Une fois le jeu finalisé, je me suis moi-même fait la réflexion : mais c'est excellent !" (rire).
J'espère que vous allez vous donner du mal pour rassembler toutes les Virtua Soul.

Que ce soit l'histoire ou bien le monde de Virtua Fighter, on peut trouver un peu partout des choses qui sont liées.
On a fait en sorte que ceux qui se plongent dedans puissent comprendre, et j'espère que les fans de la série vont profiter de ces éléments.

 

Commentaires

Il m'a fait rêver ce jeu ! Je l'ai attendu , acheté en import à l'époque , joué 10 min et voilà ... faudrait que je le fasse maintenant , en tout cas trop bien cet article !!! Merci
Super traduction comme d'hab, une licence très méconnue que j'ai perso en version Japonais (tombé dessus par hasard dans un hard off en pleine compagne du côté d'Hakone de mémoire). Le jeu est pas foufou mais reste correct de ce que j'ai pu voir, le principal attrait étant le lore du jeu.
Rage, 15 juin 2019 - 4:19
Pareil un jeu qui m'a et me fait toujours rêver même si il ne semble pas du tout à la hauteur des attentes .. Mais bon jamais mis les pattes sur un exemplaire ...
Alors en fait, je voulais en faire le test pour le publier avec l'interview.
Mais ma motivation en prenait un coup stage après stage...
J'en suis au niveau 6 (sur 8 il me semble) et l'ensemble est tellement, mais tellement laborieux:dcd:
Le grappin, la camera, la maniabilité pas du tout adaptée aux endroit exigeant de la précision et j'en passe, gâchent totalement le reste qui pourtant possèdent de bonnes idées.

Une énorme frustration ce jeu.
Je suis allé vers la fin (bloqué dans une série de combats) et puis je me suis lassé avec tant de médiocrité. :mmm:
Rage, 15 juin 2019 - 2:00
Si le jeu est jamais sorti en Europe c'est bien qu'il y avait une raison !!! Dommage !!! Mais bon sang que j'aimerai quand même tester par moi même ...