Test : Persona 4 Golden (Windows)

La stratégie d’Atlus concernant la sortie des Persona est pour le moins étrange : alors que les possesseurs de Switch n’en peuvent plus d’attendre la sortie du cinquième opus, Persona 4 Golden est arrivé par surprise sur Steam, huit ans après sa sortie sur PS Vita.

Mais ce n’est pas si étonnant après tout : si la série a commencé à être un peu connue du grand public à partir de son troisième épisode, c’est bien Persona 4 Golden qui a fait exploser sa popularité, au point de probablement faire vendre quelques PS Vita à lui seul, grâce à son habillage "pop", moins anxiogène que celui du 3è opus.

Notre héros arrive dans la petite ville d’Inaba au début de l’année scolaire (qui débute en avril au Japon). Ses parents étant en voyage d’affaire, il loge chez son oncle, Ryotaro Dojima, et sa cousine, Nanako. Dojima est inspecteur de police, qui va rapidement devoir enquêter sur une série de morts suspectes, et inhabituelles dans cette ville tranquille. Dans le même temps, le protagoniste entend des rumeurs sur un certain “Midnight Channel” : une émission qui apparaît à minuit, les soirs de pluie, même si la télévision est éteinte. Après vérification, il découvre que les victimes des assassinats avaient été aperçues auparavant sur le Midnight Channel. Avec des camarades de classe, il va enquêter sur ces meurtres… mais seulement après les cours !

Métro, Shadows, Dodo

C’est en effet la particularité de la série Persona : le héros est en première, et doit assister aux cours la journée, et peut profiter de son temps libre après les cours et en soirée pour traîner avec ses amis, faire des petits boulots, étudier, et bien sûr parcourir les donjons pour sauver les personnes qui y ont été envoyées. Le schéma est à peu près le même pour chaque donjon : on passe quelques jours sans histoire, une personne apparaît sur le Midnight Channel, et à partir de là, on a quelques jours pour la délivrer : après plusieurs jours de pluie, un épais brouillard apparaît, et si vous n’avez pas délivré la victime avant, c’est le Game Over. Il faut donc garder un œil sur la météo pour s’organiser, et ne pas se retrouver bêtement à mi-chemin d’un donjon le dernier jour de pluie. Pas de panique cependant, le délai pour accomplir notre mission est toujours largement suffisant : en difficulté Normal, le grind n’est que rarement nécessaire, et la plupart des donjons se parcourent en une ou deux sessions.

Ceux qui ont connu la série via son cinquième épisode pourront être décontenancés, car dans P4G, les donjons sont générés de façon procédurale. Leur configuration est basique, et ils ne sont composés que de couloirs, et de quelques pièces contenant des coffres qui octroient des items et parfois des armes ou accessoires. Certains ont une ou deux petites subtilités, mais la majeure partie du temps, on marche simplement en quête de la sortie, en affrontant des Shadows au passage.

La tac-tac-tique du détective

Celles-ci errent dans les couloirs, et nous attaquent dès qu’elles nous voient : on peut cependant les interrompre en les frappant, et les contourner pour avoir l’avantage au combat. Ceux-ci se déroulent au tour par tour, en débutant par le camp qui a pris l’avantage lors de la rencontre. Le système de combat est des plus simples, et se base sur la visée des points faibles des adversaires : en effet, la plupart des ennemis ont des affinités ou des faiblesses envers un ou plusieurs éléments (feu, glace, vent, électricité, lumière, ténèbres), et si vous arrivez à viser leur faiblesse, il seront mis à terre, ce qui vous octroie un coup bonus.

Si vous mettez tous les ennemis à terre, vous avez la possibilité de lancer une attaque groupée dévastatrice, qui a des chances de mettre fin au combat. Évidemment, en plus des sorts d’attaque, vous avez accès à des buffs et débuffs, et autres sorts de soin. Si vos compagnons n’ont qu’une seule Persona, qui possède ses points forts et ses points faibles, le protagoniste pourra en stocker jusqu’à 12, ce qui permet de choisir la plus adaptée aux ennemis du moment.

A la fin de chaque combat, il existe une probabilité d’accéder au Shuffle Time : vous aurez la possibilité de tirer une carte de tarot vous donnant un bonus d’XP ou d’argent, une régénération de vos HP et SP (qui permettent de lancer des sorts), ou une Persona supplémentaire. En échange d’un petit malus d’argent ou d’XP, vous pourrez parfois tirer plusieurs cartes. Si vous réussissez à tirer toutes les cartes d’un Shuffle, vous pourrez en tirer 3 lors du suivant : cela peut donc valoir le coup de sacrifier un peu d’XP pour avoir plus de choix lors du combat suivant.

Dur de loin, mais loin d'être dur

Les donjons ne sont pas très complexes, et la plupart des combats sont assez simples une fois les affinités des ennemis identifiées : cependant, il faut déjà les avoir déjà attaqués une fois pour cela, au risque de se prendre un retour d’attaque, ou même de régénérer l’énergie de l’ennemi. De plus, on n’a aucune indication visuelle sur l’affinité d’un ennemi : il faut l’analyser pour cela, et se rappeler d’un combat à l’autre des faiblesses de chaque type d’ennemi pour éviter de retourner dans le menu. C’est un peu pénible, surtout que d’un donjon à l’autre, les ennemis se ressemblent tous, et ne varient que par leur couleur. On passe donc beaucoup de temps à aller dans le menu d’analyse, là où Persona 5 indiquera directement si notre perso en cours disposait d’une attaque efficace.

Au final, seuls quelques ennemis spécifiques posent vraiment problème, ainsi que les boss, bien sûr. Cependant, en usant intelligemment des buffs et debuffs, et en choisissant bien sa Persona, ils ne sont pas si difficiles, car leur patterns d’attaque ne sont pas très élaborés. L’aspect le plus important lors de la préparation des combats est donc la fusion de Persona : en en combinant deux ou plus, on en obtient de plus puissantes, avec de meilleures magies, ce qui permet de se façonner un deck permettant de parer à toute éventualité.

Globalement, les donjons ne sont pas désagréables à parcourir, mais on ne peut pas dire qu’on s'y éclate non plus, du moins en Normal : si vous voulez du challenge, je vous invite à commencer le jeu en Difficile.

Life is a bitch, and then...

Cependant, ils ne représentent qu’une toute petite partie du jeu. L’essentiel est consacré à la vie scolaire, et surtout à votre vie sociale. En effet, vous serez amené à rencontrer de nombreux habitants d’Inaba, qu’ils soient lycéens comme vous ou pas. Lors de chaque rencontre, vous allez nouer un lien avec ces personnes, que vous devrez cultiver et faire grandir, afin non seulement de mieux les connaître, mais aussi de les aider à mieux se connaître eux-mêmes.

Dans sa psychologie analytique, Carl Jung utilise le terme de persona pour désigner le personnage que chacun d’entre nous incarne pour occuper sa place dans la société. L’individu peut finir par confondre ce “masque” avec son moi profond, et ne plus savoir qui il est vraiment. Les camarades de classe qui nous accompagnent dans nos combats doivent accepter leurs désirs refoulés pour libérer leur Persona, mais c’est seulement le début de leur quête pour découvrir qui ils sont réellement. Chie cache une grande insécurité derrière sa confiance apparente et son fort caractère. Yukiko a du mal à supporter la pression de l’héritage familial. Kanji a des doutes sur son orientation sexuelle à cause de ses préjugés sur la masculinité, etc. Tous les personnages avec qui on interagit se voilent la face sur leurs véritables désirs ou sur leurs insécurités, et ils s’ouvrent peu à peu au fil de nos rencontres.

Il faut donc organiser notre emploi du temps pour passer du temps avec eux. Certains personnages sont disponibles dès le début du jeu ou presque, d’autres nécessitent de prendre un job étudiant pour les rencontrer, ou d’avoir amélioré ses stats sociales, ce qui ne les rend disponibles pour certains qu’assez tard dans le jeu. Puis, lors de chaque rencontre s’engage une conversation, durant laquelle vous devez faire les bons choix pour cumuler le plus de “points d’affinités” possibles.

Grandir ensemble

Tous les personnages n’ont pas forcément subi de grands drames dans leur vie, mais ils possèdent tous une fêlure, plus ou moins profonde, et leur écriture est souvent suffisamment subtile pour les rendre attachants. Même si cela n’octroie pas de bonus significatif pour la plupart d’entre eux, on a envie d’en savoir plus sur les personnes rencontrées, et de les aider à surmonter leurs angoisses. L’écriture de certains est parfois un peu déroutante (on a beaucoup parlé du cas de Kanji, et c’est vrai qu’on n’arrive pas trop à comprendre ce que les auteurs ont voulu faire avec ce personnage), mais ça ne gâche globalement pas le plaisir qu’on a à converser avec eux, de les voir mûrir au fil de l’année, pour enfin les voir accepter leurs sentiments, leurs peurs, et leurs désirs, pour en faire quelque chose de constructif et aller de l’avant.

Évidemment, il est possible de romancer tous les personnages féminins (de notre âge) de notre entourage. Ce n’est pas du tout indispensable, et on peut très bien choisir de rester ami avec toutes (et on peut surtout rater l’opportunité de devenir leur petit ami !), ça n’a aucun impact sur l’évolution de leur Persona. Comme souvent, certaines relations fonctionnent mieux que d'autres, mais personnellement, j'ai trouvé que la plupart des filles avaient bien trop tendance à se pâmer exagérément devant le protagoniste.

Tous les personnages sont bien écrits, et leurs tribulations extra-scolaires sont à la fois charmantes et amusantes. C’est un plaisir de vivre les passages obligés de l’année scolaire, avec le festival de l’école, les voyages scolaires, ou les sorties à la plage. Même nos camarades introduits tardivement ont le temps de briller et de permettre de s’y attacher, ce qui pour le coup est plus réussi que dans Persona 5, où la pauvre Haru avait bien du mal à se faire une place dans un groupe déjà soudé. Ce n’est pas seulement dû à nos interactions au quotidien : tous les personnages ont leur utilité dans les donjons, y compris les derniers venus, ce qui pousse à développer leur lien social au max pour profiter des améliorations qui en découlent.

Un oeil sur le calendrier

Les doubleurs japonais s’en donnent à cœur joie : mention spéciale à celui de Yosuke, qui est sans doute le perso le plus drôle alors qu’il avait un gros potentiel pour être un peu cringe (être aussi obsédé, c’est rigolo à 14 ans, ça l’est un peu moins pour un lycéen de 17 ans). On n’échappe pas à certaines vannes de mauvais goût, mais globalement le ton est plutôt bienveillant.

L’emploi du temps de chaque habitant de la ville est prédéfini. Certains ne seront disponibles que la nuit, lors de certains jours de la semaine, ou uniquement lorsqu’il fait beau. Certains jours de pluie, vous n’aurez rien d’autre à faire que de tuer le temps en pêchant ou en lisant dans votre chambre. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme : en pêchant vous pourrez nourrir les chats du quartier et accomplir quelques quêtes, les petits boulots rapportent de l’argent et boostent certaines stats, tout comme la lecture. Cependant, l’emploi du temps n’est pas toujours bien équilibré, et on se retrouve parfois devant 4 ou 5 opportunités de lien social après les courts, avant d’être un peu démuni en soirée. De plus, on n’a aucune indication sur la disponibilité de tel ou tel perso à moins de se rendre directement à son endroit de prédilection : à la sortie des cours, on commence donc souvent à faire le tour des popotes à la recherche de quelqu’un avec qui passer du temps, parfois en vain. Et on finit par tenter une des nombreuses quêtes Fedex sans intérêt proposées par les PNJ.

En fait, il faut juste accepter qu’on ne pourra pas tout faire lors d’un premier run du moins sans suivre un guide. Il faut attendre le NG+, qui permet de commencer le jeu avec nos stats sociales au max, pour espérer maxxer nos relations avec tout le monde, car on peut alors commencer prendre tous les jobs, et on a assez de charisme, pour parler à tout le monde tôt dans le jeu. Mais ne vous inquiétez pas : en vous débrouillant bien, vous aurez le temps de maxxer vos relations avec vos camarades détectives, ainsi qu’avec les personnages qui permettent d’atteindre la vraie fin du jeu. Sans vous spoiler, je peux vous dire qu’elle permet de passer un gros mois supplémentaire en classe, ajoute un donjon obligatoire inédit, et un donjon secret. Si le temps supplémentaire permet de faire progresser quelques S-Links, il ne se passe vraiment rien pendant ces quelques semaines, qui ne sont pas bien palpitantes. Cependant le dernier donjon non secret, s'il n'est pas passionnant à jouer, aboutit à une très jolie résolution.

Techniquement P4G tient encore bien la route pour un jeu Vita de 2008. Le style SD demande un petit temps d’adaptation (surtout après P5 !), mais il a son charme, les décors sont simples mais propres, et le jeu rend très bien y compris en 4K, en dépit d’un HUD qui n’a pas été adapté et qui est donc ÉNORME. Pas de souci de lecture ici ! Comme P3 et P5, P4G bénéficie de superbes musiques, qui tournent malheureusement un peu en boucle (mais celle du quatrième trimestre est vraiment magnifique). Notez que le jeu a un peu tendance à se lancer en mode fenêtré un peu au pif, et qu’il faut le lancer deux fois pour choisir une résolution supérieure à 720p. Un moindre mal sachant que certains ne peuvent pas du tout lancer le jeu. Si vous l’achetez, lancez-le très vite pour pouvoir vous faire rembourser au cas où.

Attention les anglophobes : contrairement à P5R, P4G n'a pas bénéficié d'une traduction française, et tous les textes sont donc en anglais. Le champ lexical n'est pas particulièrement élaboré, mais le jeu est très riche en dialogues, et si votre niveau d'anglais est un peu juste, vous pourrez être frustrés. Néanmoins, l'adaptation est de qualité, et si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, vous devriez vous régaler.

Persona 4 Golden est vraiment un bon jeu, qui souffre surtout d’une trop grande facilité par défaut, et nécessite de faire quelques réglages pour avoir un peu de challenge. Sa formule même, extrêmement répétitive, pourra en rebuter plus d’un. Mais il souffre surtout de passer, pour une partie des joueurs (dont je fais partie), après Persona 5 et Persona 5 Royal, qui ont apporté des donjons plus élaborés, un confort accru au niveau du gameplay en de nombreux points, et peut-être une thématique plus forte, alors que P4G reste dans le domaine de l’intime. Si on peut parfois trouver le temps un peu long, il mérite cependant d’être essayé pour sa galerie de personnages attachants, et le plaisir de vivre une vie simple dans une petite ville du Japon.

Verdict

8

Points forts

  • Encore correct techniquement
  • Personnages attachants
  • Doublage au top
  • Beaucoup de contenu
  • Système de combats réussi
  • Snowflakes ♥

Points faibles

  • Portage PC aléatoire
  • Certains mécanismes pas très raffinés
  • Musiques répétitives
  • Kanji ??????
  • Passe après Persona 5
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Commentaires

Rage, 15 juin 2019 - 8:31
Superbe jeu que ce Persona 4 !! Une très bonne surprise une telle conversion PC d'autant que les supports sur lequel il était fait que j'aurai jamais pu y jouer un jour. Merci pour ce test aussi :good::good::good: